La Lanterne de Rochefort

(Dimension de l’étiquette originale :  mm)

La symbolique de la lanterne, le fond rouge vif, le graphisme accrocheur…. Tout laissait penser que cette étiquette était celle d’un Champagne servi à la fin du XIXème siècle dans une maison close de la ville de Rochefort.

Fausse piste… La Lanterne en question, bien qu’également sulfureuse, n’a rien à voir avec la prostitution.

Il s’agit du journal hebdomadaire satirique fondé en mai 1868 par Henri Rochefort (1831-1913). Descendant d’une famille noble ruinée à la révolution, Victor Henri de Rochefort-Luçay a commencé sa carrière comme journaliste (Le Charivarile Figaro) et auteur de vaudevilles, avant de créer ses propres journaux, La Lanterne, La Marseillaise, Le Mot d’ordre, l’Intransigeant.

La Lanterne est donc le premier d’entre eux, créé à la faveur de la nouvelle loi de libéralisation de la presse de 1868. Polémiste acharné, Rochefort y défend des idées politiques radicales, socialistes, très hostiles à l’empire. Le premier numéro [1], publié le 30 mai 1868, est un succès. Tiré à 15 000 exemplaires, il est réédité pour atteindre plus de 100 000 exemplaires. Son format est compact, sa couverture rouge, le graphisme du titre et la lanterne allumée se retrouvent sur notre étiquette. L’introduction de son éditorial est resté célèbre : « La France contient, dit l’Almanach impérial, trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement.» 

Résultat rapide : A partir d’août 1868 ( et le n° 11) La Lanterne est interdite et Rochefort emprisonné !

Couverture de La Lanterne et fac-similé du début de l’éditorial du premier numéro

Libéré, Rochefort s’exile en Belgique ou il est hébergé par un autre opposant célèbre à Napoléon III, Victor Hugo. La Lanterne poursuit ses parutions depuis la Belgique et se vend clandestinement en France, toujours avec succès.

Rochefort revient en France, est élu député d’extrême-gauche de Paris en 1869. Il arrête La Lanterne pour fonder La Marseillaise. Bien que n’ayant pas directement participé à la Commune de Paris, son opposition au gouvernement de Thiers provoque son emprisonnement puis sa déportation le 8 août 1873, avec Louise Michel, au bagne de Nouméa, dont il réussit à s’évader. En 1874 il se réfugié à Londres et y recrée temporairement La Lanterne, dont la deuxième série paraîtra de 1874 à 1876.

A son retour en France il abandonne définitivement La Lanterne et fonde L’intransigeant, dans lequel il continue, par ses talents de polémiste et son opiniâtreté, à récolter duels, procès et condamnations. 

Il finit assez mal, bascule progressivement de l’extrême gauche au boulangisme, puis à l’ultra-nationalisme et l’antisémitisme, en particulier lors de l’affaire Dreyfus.

Le titre La Lanterne est repris en 1877 pour recréer un quotidien se revendiquant «journal républicain anti-clérical», édité jusqu’en 1938 [2].

Etonnamment, le nom d’Henri Rochefort et son triste parcours final sont réapparus lors de l’écriture de ces lignes, dans un éditorial de Jean-François Kahn pour le journal Marianne [3], en écho à l’évolution jugée « droitière » des positions du philosophe Michel Onfray, et la création par ce dernier de la revue dite «souverainiste» Front Populaire, dont le tirage des premiers numéros égala, en passant, celui du premier numéro de La Lanterne. Rapprochement de parcours récusé par l’intéressé et ses soutiens…

Pour en revenir à l’étiquette, elle a très probablement été imprimée entre 1868 et 1876, années de parution de La Lanterne et période d’activité de l’imprimeur bordelais Louis-Antoine Tanet, né en 1823, qui a obtenu en 1854 le brevet l’autorisant à exercer comme imprimeur-lithographe [4].

Liens et références :

1.  Archives de La Lanterne, sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. texte de 3 numéros de la première série, du 30 mai 1868 (n° 1), du 18 octobre 1868, et du 20 novembre 1869 (n°77), https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32805103j/date&rk=21459;2

2. Archives du quotidien La Lanterne, 1877 à 1928, sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328051026/date

3. Jean-François Kahn. L’heure de vérité. Editorial, Marianne, numéro 1211 du 29 mai 2020. https://www.marianne.net/debattons/editos/heure-de-verite

4. Élisabeth Parinet, Corinne Bouquin. Ecole des Chartes et bibliothèque nationale de France. Dictionnaire des imprimeurs lithographes du XIXè siècle. http://elec.enc.sorbonne.fr/imprimeurs/node/24700

Affiche d’Eugène Ogé pour le quotidien La Lanterne (1902). 

Photo d’Henri Rochefort

© Texte posté le 27/08/2020

Un des premiers trains espagnols

(Dimension de l’étiquette originale : 121 x 70 mm)

Cette belle étiquette de Champagne du XIXè siècle due à l’imprimeur lithographe Eugène Bruaux d’Epernay, associe une maison de Champagne, un hôtel et un évènement ferroviaire illustré par une antique locomotive à vapeur.

Le Champagne, un Sillery Mousseux, a été produit par la maison Bouché Fils et Cie, fondée à Mareuil sur Aÿ en 1821. Cette prestigieuse maison, qui fournissait les cours d’Italie, de Belgique, d’Espagne et du Portugal, était propriétaire du célèbre vignoble « des Goisses », devenu le « Clos des Goisses » depuis son acquisition en 1935 par la maison de Champagne Philipponnat, également installée à Mareuil sur Aÿ [1].

Nous ne savons rien d’Henry Richard, l’hôtelier qui a probablement commandé cette cuvée spéciale, ou du moins l’étiquette commémorative, ni de son « Hôtel Français ». Aucune trace de cet hôtel, à Murcie, à Carthagène, voire à Madrid n’a été retrouvée.

L’évènement ferroviaire commémoré est l’inauguration de la ligne de chemin de fer entre le port de Cartagena (Carthagène) et Murcia (Murcie), en Espagne. Il s’agit d’un tout petit tronçon de 35 km de la future ligne qui allait relier Madrid-Alicante à Albacete, au sud-est de l’Espagne (voir carte). La construction de cette ligne avait été concédée à la Compagnie des chemins de fer de Madrid à Zaragoza (Saragosse) et Alicante (MZA), qui représentait les intérêts de la famille Rothschild dans l’investissement ferroviaire espagnol, en traditionnelle concurrence avec d’autres français, la société des frères Péreire, qui avaient obtenu des concessions au nord [2].

Il est facile de dater cette étiquette car elle est vraisemblablement contemporaine de l’inauguration de la ligne, le 24 octobre 1862. Cette inauguration s’est faite en grand pompe en présence de la reine Isabel II, qui revenait avec mari et enfants d’un voyage à en Andalousie et dont le bateau avait accosté à Carthagène [3]. La ligne n’était pas tout à fait achevée. A Murcie comme à Carthagène, aucune gare n’était encore construite. Mais l’occasion était trop belle ! Le chroniqueur officiel du voyage royal rapporte que plus de 15 000 personnes rassemblées à Murcie pour recevoir la reine ont poussé un « cri unanime d’enthousiasme » à l’apparition de la locomotive et de son panache de fumée :

Les premiers à descendre du wagon furent les enfants; plus tard, le confesseur de la Reine, l’archevêque Antonio María Claret; le roi, qui portait l’uniforme de capitaine général; et enfin, la Reine, qui « portait une élégante robe rose, avec des ornements cramoisis capricieux, un châle blanc et un riche diadème en or, parsemé d’émeraudes et de rubis ». Isabel II a marché sur «un tapis de fleurs qui avait été renversé à cette fin».

Une photo d’époque de Manuel Dorda (grand notable de Carthagène passionné de photographie) montrant le train en gare en 1862 est reproduite dans l’ouvrage Fotografía en la región de Murcia [4]. Elle est légendée « Llegada del tren. Cartagena 1862 » ce qui signifie « l’arrivée du train. Carthagène 1862 ». Il n’est pas du tout certain qu’elle corresponde au jour de l’inauguration de la ligne, puisque le train n’est pas arrivé à mais parti de Carthagène, et que la maigre assistance contraste un peu avec la foule en délire décrite à Murcie… 

La ligne de chemin de fer n’est entrée en service que 6 mois plus tard, le 1er février 1863. La ligne complète de 240 km a été officiellement achevée le 27 Avril 1865.

Manuel Dorda. Llegada del tren. Cartagena 1862. © Archives Roca-Dorda.

La suite…

Plusieurs mois après mise en ligne de ce texte, surprise ! Je découvre que cette étiquette a une grande sœur, conservée par le département Patrimoine de la médiathèque de la ville d’Epernay, et reproduite dans le livre « L’image du Champagne, de la belle époque aux années folles » de Marie Thérèse Nolleau et Pierre Guy [5]. Elle commémore la création de la ligne ferroviaire entre Chalons Sur Marne (maintenant Chalons en Champagne) et Paris, mise en service en novembre 1849. La composition de l’étiquette est voisine, la locomotive est identique, seul son nom change «California» au lieu de «Cartagena» ! La frise végétale est légèrement différente, et le commanditaire est la maison de Champagne E Armand, de Chalons sur Marne. Le vin est, lui aussi, un Sillery Mousseux.

© Médiathèques d’Epernay

Pour boucler la boucle, signalons que le site de la Médiathèque d’Epernay permet la consultation de très beaux documents numérisés sur le Champagne et de catalogues d’étiquettes lithographiées du XIXème siècle, dont une série complète de la Maison Bouché [6].

Liens et références :

1. Site de la maison de Champagne Philipponnat

2. Compañía de los ferrocarriles de Madrid a Zaragoza y Alicante. https://fr.wikipedia.org/wiki/Compa%C3%B1%C3%ADa_de_los_ferrocarriles_de_Madrid_a_Zaragoza_y_Alicante

3. Pedro SOLER. La real inauguración del ferrocarril Cartagena-Murcia. La verdad de Murcia 2012.  https://www.laverdad.es/murcia/v/20121024/murcia/real-inauguracion-ferrocarril-cartagena-20121024.html

4. Manuel Dorda. Llegada del tren. Cartagena 1862. Archives Roca-Dorda. In : Juan Manuel Díaz Burgos; Murcia Cultural.; Sala de Exposiciones Casa Díaz Cassou. Fotografía en la región de Murcia. Ediciones Tres Fronteras, 2003

5. MT Nolleau, P Guy. L’image du Champagne de la belle époque aux années folles. © Editions Dominique Guéniot, Reims, 2015.

6. Médiathèque d’Epernay. Section patrimoine. Fond patrimonial numérisé consultable en ligne.

© Texte publié le 10/05/2020, mis à jour le 20/09/2020

Dernière cuite avant raison?

Etiquette sobre, texte court : ultima gueula lignea

Le texte, extra brut, signifie « ultime gueule de bois » en latin de cuisine. Si ultima (dernière, ultime) et lignea (féminin de ligneus, de bois) existent effectivement, pas de trace de gueula en latin. Même si Georges Feydeau s’en amuse dans les premières scènes de La dame de chez Maxim et légitime gueula lignea comme traduction latine de gueule de bois. Extrait (Acte 1, Scène 1) :

« (…)

Mongicourt, avec une tape amicale sur l’épaule.

À ce point ? Oh ! la la, mais tu es flappi, mon pauvre vieux !

Petypon.

À qui le dis-tu ! Oh ! ces lendemains de noce !… ce réveil !… Ah ! la tête, là !… et puis la bouche… mniam… mniam, mniam…

Mongicourt, d’un air renseigné.

Je connais ça !

Petypon.

Ce que nous pourrions appeler en terme médical…

Mongicourt.

La gueule de bois.

Petypon, d’une voix éteinte, en passant devant Mongicourt.

Oui.

Mongicourt.

En latin « gueula lignea ». (…)»

Le graphisme et la bichromie noir/blanc de l’étiquette évoquent plus un faire-part de décès qu’une étiquette de vin mousseux. Ce n’est pas un hasard : cette étiquette du début du XXè siècle a été conçue pour habiller une bouteille dédiée à un enterrement de vie de garçon !

D’où l’aspect funèbre de sa présentation, qui contraste avec l’invitation à la beuverie, traditionnelle dans ce rituel de passage de la vie de célibataire à la vie rangée de bon mari. Longtemps réservée aux seuls hommes, cette coutume remonterait au XVIIIème siècle. Le témoin du marié organisait avec ses amis proches un dîner fortement arrosé, souvent suivi par une soirée dans une maison close. Peut-être pour que le futur marié ne soit pas trop emprunté la nuit de ses noces à une époque où il n’y avait ni cours d’éducation sexuelle ni internet.

Chez les garçons, l’enterrement de vie de célibataire a évolué vers l’organisation d’activités sportives collectives, randonnée, saut à l’élastique, baptême de parachute, ou des sorties déguisées avec gages que doit honorer le futur marié. L’alcool reste au rendez-vous.

Les enterrements de vie de jeune fille, organisés uniquement entre filles sur le même modèle, ont débuté dans les années 1970. Ces fêtes sont maintenant parfois mixtes.

Les sociétés commerciales et les sites proposant d’organiser des enterrements de vie de célibataires ont fleuri. Certains d’entre eux, surtout destinés aux filles, voudraient supprimer le nom d’ « enterrement de vie de jeune fille » et proposent à la place EVJF (ce qui change effectivement tout), prétextant le caractère trop triste du mot enterrement pour un tel événement festif !

A l’opposé du caractère funéraire assumé de cette étiquette ancienne, correspondant à une époque où la soirée pouvait comporter un véritable simulacre d’enterrement, avec mise en terre d’un cercueil rempli par le futur marié de ses souvenirs de célibataire.

Texte publié le 02/05/2020

la guerre du Champagne

(Dimension de l’étiquette originale : 120 x 80 mm)

En Champagne, le XXème siècle a débuté par de graves conflits [1] occasionnés par la délimitation de la zone d’appellation « Champagne ». Un premier conflit, violent, oppose en 1910 les vignerons de la Marne aux négociants, qui importent à bas prix des vins d’autres régions qu’ils « champagnisent » et vendent sous étiquette authentique. Des maisons de négociants sont saccagées, des barricades s’érigent, l’armée intervient. Les vignerons marnais obtiennent une délimitation des vignobles, mais qui va entraîner par ricochet une autre révolte, celle des vignerons aubois… Dès décembre 1908, un décret de délimitation exclut l’Aube des zones d’appellation Champagne. Il est complété par une loi de finance votée le 06 février 1911, qui interdit aux vignerons aubois de vendre leur raisin à la Marne pour la fabrication du champagne !

Cette loi ruine les vignerons aubois qui avaient enfin reconstitué leur vignoble après la crise phylloxérique, sortaient d’une très mauvaise récolte 1910, d’un hiver froid, et étaient confrontés à une mévente du vin de consommation courante. Elle provoque dans la région la fameuse révolte des vignerons [2] dirigée par Gaston Cheq [3]. En mars 1911, de gigantesques manifestations, fleuries de drapeaux rouges, ont lieu à Bar sur Aube et à Troyes (20 000 manifestants). 125 conseillers municipaux démissionnent. Le 10 avril, le Sénat demande la suppression de la délimitation mais faute d’une confirmation, les troubles s’aggravent. Le gouvernement envoie l’armée (plus de 3000 hommes) à Bar sur Seine le 3 mai, puis dans les villages environnants pour contrer la fureur des vignerons. 

Le 7 juin 1911, le gouvernement crée par décret une appellation de « Champagne deuxième zone » pour l’Aube. L’agitation se poursuit car les Aubois veulent l’intégration pure et simple. Arrive la guerre, qui détruit nombre de villages viticoles de la Marne, puis l’armistice. 

Après des années de pression, la loi du 22 juillet 1927 réintègre toutes les communes auboises dans la zone appellation «Champagne ».

Cette étiquette de  » Champagne  deuxième zone  » aubois, vendue par un négociant d’Epernay, date donc de la période comprise entre 1911 et 1927. L’étoile rouge fait peut être écho à la révolution bolchevique russe de 1917, ou bien renvoie à la couleur rouge des manifestations de la ligue de défense des vignerons aubois ?… Rouge des drapeaux et des macarons arborés par les manifestants, sur lesquels était inscrite cette devise :

Champenois nous fûmes

Champenois nous sommes

Champenois nous resterons

Et ce sera comme ça !

Troyes, 9 avril 1911. Manifestation des vignerons champenois de l’Aube

Autres exemples d’étiquette de Champagne première et deuxième zone de négociants d’Epernay

Liens et références :

1. François Bonal. Encyclopédie du Champagne. La révolution vigneronne. Site des Grandes Marques de Champagne.

2. Dominique Fradet, « 1911 en Champagne. Chronique d’une révolution« . Éditions Fradet, Reims, 2011.

3. Site du Champagne Gaston Cheq (coopérative des Coteaux du Landion, 10200 Meurville).

Texte publié initialement le  21/04/2020 sur le site https://des-etiq-racontent.monsite-orange.fr/

Les quatre sergents de La Rochelle

(Dimension de l’étiquette originale : 118 x 77 mm)

Nous sommes en 1821, la monarchie est restaurée en France après presque 20 années de Révolution et d’Empire. Les ultra-royalistes règnent en maîtres, la presse est bâillonnée. Les partis d’opposition privés de représentation parlementaire se tournent vers l’action clandestine. 

La « charbonnerie », société secrète issue des carbonari italiens, vise à renverser la monarchie restaurée. Elle comporte des membres célèbres, comme le marquis de La Fayette, des savants et d’autres plus modestes, des étudiants et de nombreux militaires des armées napoléoniennes hostiles à la restauration monarchique imposée par l’ennemi. Ceux du 45e régiment de ligne se font remarquer en refusant de crier «Vive le Roi !». Le régiment basé au quartier latin à Paris, foyer de contestation des étudiants, est transféré à La Rochelle en janvier 1822.

Le « Grand soir » de la charbonnerie est fixé au 29 décembre 1821. Des coups de force éclatent à Saumur, Thouars, Belfort, mais La Fayette ayant refusé de s’engager, les opérations échouent. La police chargée de retrouver les comploteurs arrête sur dénonciation quatre jeunes sergents du 45e régiment de La Rochelle, membres de la charbonnerie : François Boriès, 26 ans, Jean Pommier, 25 ans, Charles Raoulx, 24 ans et Charles Goubin, 20 ans.

Ils sont jugés à Paris le 22 août 1822. Fidèles à leur engagement, et malgré les menaces, les pressions et les promesses de grâce, ils refusent de dénoncer les responsables de leur organisation. Les quatre sous-officiers sont condamnés à mort et guillotinés publiquement en place de Grève le 21 septembre 1822.

« Vive la liberté ! » crièrent chacun des quatre condamnés en grimpant sur l’échafaud. « Rappelez-vous que c’est le sang de vos fils qu’on fait couler aujourd’hui ! » ajouta François Boriès. Accusés sans preuve et n’ayant participé à aucune rébellion, ils sont rapidement considérés comme des « martyrs de la liberté ». Leur sacrifice est exploité par l’opposition républicaine, bonapartiste et orléaniste contre le gouvernement de la Restauration.

Leur destin tragique émeut la France entière. Gravures, chansons, pamphlets, œuvres littéraires (Balzac) en font de véritables héros populaires. A La Rochelle, la Tour de la Lanterne où ils ont été emprisonnés porte maintenant leur nom. Par solidarité, plusieurs cabarets se sont rebaptisés “ Aux Quatre Sergents de la Rochelle ”. Les corps des 4 martyrs ont été inhumés à Paris au cimetière du Montparnasse où un monument perpétue leur souvenir.

Cette étiquette de « Royal Champagne des quatre sergents de La Rochelle » n’est pas contemporaine des événements, son style la rapproche des étiquettes lithographiées du début du XXème siècle. Elle a pu être éditée pour le centenaire de leur mort, en 1922, ou signer une cuvée réservée d’un des nombreux restaurant portant leur nom. 

Dans tous les cas, la mention « Royal Champagne » est pour le moins malheureuse, pour une cuvée commémorant quatre martyrs républicains, morts pour la seule raison d’avoir milité contre la monarchie !

Tour des 4 sergents, port de La Rochelle

Liens et références

  • L’histoire des quatre carbonari, bientôt bicentenaire, a fait l’objet d’un essai publié le 3 mars 2021. L’auteur, Jacques-Olivier Boudon, est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris IV la Sorbonne, spécialiste de la Révolution et de l’Empire.
  • Jacques-Olivier Boudon. Les quatre sergents de la La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie. Editions Passés Composés, 2021, ISBN 2379332568

Texte publié initialement le 15/04/2020, modifié le 15/05/2021

Le drapeau brésilien

(Dimension de l’étiquette originale : 117 x 75 mm)

Coupe du monde de football en 2014, Jeux Olympiques de Rio en 2016, mais aussi drame de la déforestation amazonienne, rétablissement d’un pouvoir autoritaire en 2018… Les occasions, heureuses ou non, de voir flotter le drapeau du Brésil n’ont pas manqué. Cette étiquette de Champagne « Drapeau Brésilien » nous en rappelle l’origine et les valeurs que ses créateurs ont voulu transmettre.

Le 15 novembre 1889, la toute nouvelle République des États-Unis du Brésil remplace l’ancien régime impérial. L’étiquette lithographiée date probablement de 1891, année où le célèbre drapeau a été adopté par le gouvernement provisoire de la république sous l’influence du général Benjamin Constant Botelho de Magalhães [1]. A cette époque, l’actuelle maison de champagne Henri Abelé s’appelait du nom de son fondateur flamand, Van der Veken [2].

L’idée du drapeau vient du professeur R. Teixeira Mendes, de son assistant M. Lemos et du professeur Pereira Reis, professeur d’astronomie. Il a été dessiné par le peintre Décio Vilares.

Les principales couleurs du drapeau symboliseraient les richesses du Brésil. Le fond vert représenterait ses forêts luxuriantes, le losange jaune ses richesses aurifères, tandis que le bleu profond de la sphère centrale serait celui de la couleur du ciel tropical. Autre version : le vert et le jaune étaient les couleurs respectives des Bragança et des Habsbourg, dont étaient issus le premier empereur du Brésil Pedro I et son épouse Léopoldine, à l’origine de l’indépendance du pays en 1822.

Dans le bleu du ciel, des étoiles… Elles symbolisent le district fédéral et les états fédérés du pays. Sur cette étiquette du XIXème siècle il y a 21 étoiles, comme sur la première version du drapeau brésilien entre 1889 et 1960. Puis le drapeau a évolué, comme celui des Etats Unis d’Amérique : à chaque fois qu’un territoire a été élevé au rang d’état, une étoile a été ajoutée au drapeau. Le drapeau brésilien actuel comporte 27 étoiles représentant le district fédéral (et sa capitale Brasilia) et les 26 états.

La disposition des étoiles correspond à l’aspect du ciel de Rio de Janeiro le 15 novembre 1889 à 8h30 ! Enfin, pas tout à fait selon les astronomes qui parlent de vue « cosmique » de la position des étoiles et des constellations ce jour-là. La représentation des étoiles du drapeau respecte presque parfaitement la disposition des constellations autour de la Croix du Sud. (Petit Chien, Grand Chien, Hydre femelle, Carène, Octant, Vierge, Triangle austral, Scorpion).

La date du 15 novembre 1889, inscrite sur la collerette de l’étiquette, est celle de la proclamation de la République. C’est aussi pour les astronomes une date exceptionnelle qui correspond à l’alignement parfait du grand axe de la très symbolique Croix du Sud avec le méridien passant par Rio de Janeiro.

Le bandeau central porte l’inscription « Ordem e Progresso » (ordre et progrès). L’expression est inspirée de la maxime positiviste [3] du philosophe français Auguste Comte dont Benjamin Constant et le professeur Texeira Mendes, entre autres républicains, étaient disciples : «L’amour pour principe, l’ordre pour base, le progrès pour but». Le positivisme était une philosophie qui s’appuyait sur les sciences dites positives, aujourd’hui appelées exactes ou dures, pour définir des lois d’organisation sociale. Introduit par des médecins, le positivisme a eu une grande influence en Amérique latine à la fin du XIXème siècle, à travers les mouvements révolutionnaires qui se sont produits au Brésil, en Argentine, en Uruguay.

La présence de la devise Ordem e Progresso sur le drapeau brésilien témoigne toujours de l’influence qu’a eue ce mouvement sur l’histoire politique du continent sud-américain.

A l’heure ou sont écrites ces lignes (2020), l’ordre règne au Brésil, mais le progrès ?….

Liens et références :

1. Benjamin Constant. https://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Constant_Botelho_de_Magalh%C3%A3es

2. Site de la maison de Champagne Henri Abelé. https://maisons-champagne.com/fr/maisons/patrimoine/reims-et-ses-alentours/article/maison-henri-abele-le-sourire-de-reims

3. Monica Ribeiro. Ordre et progrès. Site de la Bibliothèque de France. https://heritage.bnf.fr/france-bresil/fr/ordre-et-progres (NB ce texte n’est plus accessible en ligne au 05/06/2023)

Texte publié initialement le 13/04/2020 sur le site https://des-etiq-racontent.monsite-orange.fr/ ; Mis à jour le 05/06/2023