La Favorite du Roi Soleil

Cette très belle étiquette de la cuvée « La Favorite » du domaine La Bouche du Roi [1], a tout pour raconter de belles histoires. Le domaine, l’originalité du vin, l’hommage à Louise de La Vallière …

Le renouveau d’un vignoble francilien

Déjà, le site. Pauillac, Saint Emilion, Beaune, Aÿ Champagne, Arbois, Chateauneuf du Pape sont mondialement connues grâce à leurs vins. Faudra-t-il bientôt ajouter… Davron à cette liste (non exhaustive) ?

Davron (78810, moins de 300 habitants) est une petite commune rurale et agricole du département des Yvelines située dans la plaine de Versailles, dans le prolongement du parc du château et de son grand canal, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest des deux villes royales, Saint Germain en Laye au nord et Versailles au sud.

En 2017, trois audacieux professionnels du vin ont décidé, après une analyse soigneuse des sols et des expositions, d’y planter leurs propres vignes. Ou plutôt d’en replanter et de renouer avec la tradition viticole locale, puisque des plans du XVIIIe siècle attestent de la présence de vignes à Davron. Comme dans l’ensemble de l’Ile de France, jadis le plus vaste vignoble de France avec 42 000 hectares, producteur de vins réputés. Fragilisées par l’oïdium (1845-52), le mildiou (1870-78), le black-rot (1885), un hiver très rigoureux (1879), achevées par le phylloxéra (1880-90 en Ile de France), les vignes franciliennes n’ont pas été replantées. L’arrivée des vins du sud par le chemin de fer et l’urbanisation ont fait le reste.

Des ilots ont subsisté ou ont été replantés dans de nombreuses communes, le plus souvent gérées par les municipalités ou des associations.  A Argenteuil, Jacques DEFRESNE, issu d’une lignée de vignerons de père en fils depuis le XIVe siècle (1342 !), a été le dernier exploitant professionnel et a cessé son activité en 1996 [2].

Etiquettes de vin d’Argenteuil, avant et après Defresne…

Le domaine de la Bouche du Roi

Dans les Yvelines, même constat, quelques plants souvent francs de pied cultivés par des particuliers, quelques vignes municipales ou associatives [3].  Le projet du domaine de la Bouche du Roi est d’une toute autre ampleur. Le point de départ est la Winerie Parisienne, négoce parisien de vins produits par achat de raisins de la France entière. En 2017, les trois associés de la Winerie, Adrien Pelissié, Julien Bengué et Julien Brustis [4], décident donc de planter à Davron leur propre vigne, avec l’objectif de produire 30 000 bouteilles (et à terme 150 000) de vins de haute qualité. Démarré avec 3 ha de pinot noir, merlot, chardonnay et chenin, le domaine s’est étendu avec 7 ha de syrah et cabernet franc et atteint maintenant 27 ha d’un seul tenant, dont 10 en exploitation, sur une croupe de calcaire ancien à 140 m d’altitude avec une belle exposition. Le creusement d’une quinzaine de fosses a permis l’analyse de sols et déterminé 19 parcelles cultivées en monocépage. Des conditions très favorables, la plaine de Versailles étant un espace naturel classé et les terrains en jachère depuis plus de 20 ans, ont permis de travailler directement en bio (certification obtenue dès la première vendange officielle en 2020). Les vins du domaines ont l’appellation IGP Ile de France.

Le nom du domaine, sa production, et l’importante communication plutôt élististe font référence constante au Château de Versailles et au Roi Soleil. Le service de la Bouche du Roi désignait, sous l’ancien régime, l’ensemble des offices responsables de la table royale. C’était, en termes de personnel, le plus important des départements de la Maison du Roi. Il était dirigé par le premier maître d’hôtel, et se composait de sept offices touchant tous au ravitaillement et à la cuisine pour la table du Roi, parmi lesquels la « cuisine-bouche » au service exclusif du Roi, « le gobelet » préparant la table et constitué entre autres des goûteurs, et « l’échansonnerie-commun » pour les vins.

Trois cuvées des premières vendanges officielle du Domaine de la Bouche du Roi

La cuvée « Le Grand Lever » (Chenin) renvoie à la vie de la Cour à Versailles. La cuvée « Les Louis d’Or » (Chardonnay) est un hommage à Claude de Bullion (1559-1630) surintendant des finances de Louis XIII, inventeur du louis d’or et ancien propriétaire du château de Wideville et des terres de Davron.

L’habillage des bouteilles est aussi soigné que le contenu, les étiquettes, sobres dans les premières années, se sont enrichies d’un joli feston coloré mais gardent toujours au centre l’emblème doré du Roi Soleil.

La Favorite, un rosé d’exception

Pour la première fois, le domaine a commercialisé un vin rosé dans le millésime 2025. Très pâle, presque blanc, mais concentré, fruité, délicieux et d’un prix très abordable par rapport aux autres cuvées [5], La Favorite s’avère une excellente initiative et une belle découverte.

De plus, ce rosé est produit à partir de Pinot Noir mais également de deux cépages hybrides résistants, le Floreal et le Voltis, auxquels nous avons consacré un article [6]. A côté des grands cépages traditionnels, les propriétaires de la Bouche du Roi ont eu l’excellente idée de planter, dans une parcelle « conservatoire » d’1,5 ha, 8000 pieds de 16 cépages différents de toutes origines, des cépages anciens (chambourcin, romorantin) et des hybrides résistants (floreal, vidoc, voltis) [7]. Cette cuvée prouve que l’on peut obtenir un très bon vin à base d’hybrides et c’est donc un double succès, gustatif et innovant. Bravo la Bouche du Roi !

La Favorite

Comme nous l’explique la contre-étiquette, « La Favorite rend hommage à la duchesse Louise de La Vallière, première favorite de Louis XIV et propriétaire de la seigneurie de Davron où est établi aujourd’hui le chai ». Le site de la Bouche du Roi précise que la seigneurie de Davron aurait été offerte par le Roi : « Patrimoine naturel et terrain de chasse des rois de France, la Plaine de Versailles s’étend dans les Yvelines, du château de Versailles à la vallée de la Mauldre. Le village de Davron y occupe une place singulière : c’est ici qu’ont vécu Claude de Bullion, surintendant des Finances de Louis XIII et créateur du Louis d’Or, et la duchesse de La Vallière, favorite de Louis XIV, à qui le Roi-Soleil offrit ces terres. » [1].

Louise-Françoise de la Baume Le Blanc, Mademoiselle de la Vallière, duchesse de Vaujours  par Jean Nocret (1615–1672). Collection du Château de Versailles.

Magnifique ! Mais…. il est fort possible que les auteurs du texte aient fait une petite confusion entre duchesses et un écart d’environ un siècle…

Louise de La Vallière, née Françoise-Louise de La Baume Le Blanc en 1644 à Tours, a effectivement été l’une des favorites du roi Louis XIV de 1661 à 1667. Lorsque sa notice Wikipédia [8] écrit : « Afin de ménager sa mère, Anne d’Autriche, le roi logea sa maîtresse dans un petit château servant de relais de chasse que Louise apprécia particulièrement, et qui était situé non loin de Saint-Germain-en-Laye, dans la forêt du village de Versailles », on parle bien du relais de chasse de Louis XIII dans la forêt de Versailles, avant que Louis XIV ne le transforme en l’incroyable château actuel. Et lorsque [8] « Le roi y fit donner en 1664 une fête splendide, Les Plaisirs de l’île enchantée, lors de laquelle Molière joua La Princesse d’Élide, Les Fâcheux, Tartuffe et Lully composa les ballets. La reine et la reine-mère en furent les dédicataires officielles mais c’était à Louise que la fête était secrètement dédiée. », les témoignages confirment que Versailles et ses jardins où eurent lieu la fête étaient alors en grand chantier [9].

Durant sa période de première favorite, Louise a reçu en cadeau du Roi la terre de Carrières-Saint-Denis (actuelle Carrières-sur-Seine) où elle fit bâtir un château dont les jardins ont été conçus et ordonnés par Le Nôtre. Et c’est juste avant sa disgrâce au profit de la marquise de Montespan [10], que Louise a reçu le château de Vaujours en Anjou et le titre de duchesse de La Vallière et de Vaujours. Pas de trace d’un don royal de château ni de domaine à Davron….

Le Château situé à cheval sur les communes de Davron et Crespières, dont les terres incluent les actuelles vignes du domaine de la Bouche du Roi, s’appelle le château de Wideville.

Reconstruit sur un ancien manoir à la fin du XVIe siècle, le château a été acheté en 1630, comme on l’a déjà vu, par Claude de Bullion (1569-1640), qui a fait redessiner et embellir les jardins, les sculptures et fait réaliser la grotte (classée, elle existe toujours) [11]. A sa mort, le château semble être resté dans la famille de Bullion. On retrouve comme propriétaire au début du XVIIIe siècle le duc d’Uzès (Jean-Charles de Crussol, 1675-1739), époux en 1706 d’Anne Marguerite de Bullion (1684-1760), elle-même arrière-petite-fille de Claude de Bullion [12]. Les propriétaires sont ensuite leur fille Anne-Julie-Françoise de Crussol d’Uzès (1713-1797) qui a épousé en 1732 Louis-César, duc de La Vallière, et leur petite-fille Adrienne Émilie Félicité de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière (1740-1812).

Là encore, pas de trace d’une acquisition du château de Wideville par Louis XIV et d’un don à sa favorite dans la période 1661-1667. Une duchesse de La Vallière a bien été propriétaire du château et de ses terres, mais il s’agit d’Adrienne, descendante lointaine et indirecte de notre favorite, un siècle plus tard [13].

Mais gardons le bénéfice du doute, l’histoire est tellement belle qu’on l’adopte sans barguigner. Vive la Favorite !

Le domaine propose également le Bal du Roi, vins d’IGP Ile de France, provenant de raisins de divers producteurs d’Ile de France partenaires

Liens et références :

  1. Domaine de LA BOUCHE DU ROI, vignoble de la plaine de Versailles. 12 Rue Saint Jacques 78810 Davron. https://www.la-bouche-du-roi.com/
  2. Les vendanges en Ile de France. Reportage de FR3 du 10 octobre 1992. INA. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/pac02027085/les-vendanges-en-idf
  3. Parmi les autres domaines viticoles significatifs dans les Yvelines, citons :  Le domaine des grottes à Saint-Germain en Laye, 2000 pieds de pinot noir plantés en 2000 par la municipalité sous les terrasses du château, certifié bio depuis 2017 ; Le clos du prieuré de Saint Arnoult En Yvelines, 3,6 ha municipaux replantés en 2002, 1260 pieds de chardonnay, vendanges et vinification gérées par l’association « Le Sarment Arnolphien » ; La vigne municipale  d’Auteuil-le-Roi, gérée par l’association  « L’Arpent de Bacchus » qui produit un vin blanc acidulé, le « Clos Saint Sanctin » ; Plus récent, le projet de Vignes à Nézel, « Les côteaux de la Mauldre » qui vise une surface de 12 ha, déjà 2500 pieds de chardonnay et 1000 de pinot noir plantés en 2020, première vendange faite en 2023. La vigne de Bougival, ancienne propriété de Monsieur André Bourdin qui l’a exploitée jusqu’aux années 2010, a été donnée à la municipalité et est maintenant gérée par l’association « les vignes de Bougival ». D’autres vignes sont exploitées à Meulan, Triel, Chanteloup-les-vignes, Conflans Saint Honorine, Monchavet, Crespières, …
  4. Des trois associés co-fondateurs, Adrien Pélissié, le spécialiste en marketing œnologique de l’équipe, semble rester seul aux commandes comme directeur général. Julien Bengué, devenu développeur indépendant en intelligence artificielle, n’apparait plus sur le site du domaine mais reste actionnaire. Julien Brustis, œnologue bordelais, passé par Château l’Angelus puis la Napa Valley, a rejoint en 2023 le château Tour des Termes, à Saint Estèphe, dont il est directeur général.
  5. Acheté en juin 2026 à la boutique de produits régionaux de la biscuiterie Les deux gourmands à Crespières, 14,90 euros la bouteille. Les cuvées traditionnelles en rouge et en blanc se vendent à 29 euros.
  6. Les cépages entrent en résistance. © Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2026/04/23/les-cepages-entrent-en-resistance/
  7. Frédérique Hermine. La Bouche du Roi, le domaine versaillais de la Winerie Parisienne. © Terre de vins, publié le 03/07/2020
    https://www.terredevins.com/actualites/la-bouche-du-roi-le-domaine-versaillais-de-la-winerie-parisienne
  8. Louise de La Vallière. Notice Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_de_La_Valli%C3%A8re
  9. Christian Biet, « Molière et l’affaire Tartuffe (1664-1669) », Histoire de la justice, no 23,‎ 2013, p. 65-79. Extrait cité dans la notice Wikipedia « Fêtes à Versailles ». https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_%C3%A0_Versailles#Biet_2013
  10. Voir notre article : Montespan, le cocu le plus célèbre de France.  © Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2020/04/16/montespan-le-cocu-le-plus-celebre-de-france/
  11. Le couturier Valentino et le château de Wideville. Blog haute décoration.overblog. Publié le 18/09/2011. https://haute-decoration.over-blog.com/article-le-couturier-valentino-et-le-chateau-de-wideville-84581975.html
  12. Claude de Bullion était une des plus grosses fortunes de l’époque, il avait acquis de très nombreuses propriétés. A sa mort, ses héritiers (5 enfants) se sont partagés près de huit millions de livres. Ses seigneuries se répartissaient dans quatre zones géographiques : entre l’Eure et la Seine, en Brie, en Champagne, en Normandie. Son fils aîné, Noël de Bullion (1615-1670) a pris les titres de marquis de Gallardon et seigneur de Bonnelles (Yvelines), qu’il a transmis à son tour à son fils aîné, Charles-Denis de Bullion (1651-1721. Anne Marguerite de Bullion était la 6ème enfant et première fille de Charles-Denis.
  13. Au moins 5 enfants sont nés de l’union de Louise de La Vallière et de Louis XIV, dont 2 ont survécu plus d’un an et ont été légitimés. Son fils est mort à 16 ans, sa fille s’est mariée et a eu une descendance. Après avoir été délaissée par le Roi, Louise de La Vallière est entrée dans les ordres (couvent des carmélites à Paris, vœux définitifs en 1675), confiant l’éducation de ses enfants à la maison d’Orléans. Elle a transmis ses titres de noblesse à un cousin, dont Adrienne est la descendante directe.

© Texte posté le 07/07/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Des chiffres et des lettres

Une nouvelle tendance : des étiquettes de vin arborant bien en évidence des chiffres ou plutôt des nombres, plus ou moins énigmatiques… Rappelons déjà la différence : les chiffres sont aux nombres ce que les lettres sont aux mots.

Bien sûr, dès les origines, les étiquettes de vin ont affiché des nombres, calligraphiés à la plume ou imprimés. On ne parlera pas ici de ces nombres figurant en petits caractères, les millésimes, l’année de fondation de la maison, plus récemment les réglementaires volume et degré alcoolique du contenu, ou encore un numéro de bouteille, un code postal, un numéro de série d’imprimeur, etc… On n’évoquera pas non plus les nombres des étiquettes commémoratives, par exemple de l’an 2000, des 50 ans du débarquement allié / de la libération de villes françaises, ou des bicentenaires de la Révolution française ou de la naissance de Mozart…

Premiers millésimes manuscrits (fac simile), imprimés puis lithographiés sur étiquettes de vins

Nous avons déjà parlé de l’étiquette mystère « MT175 », qui célébrait les 175 ans de la naissance de l’inventeur du cépage Müller Thurgau [1]. D’autres nombres ou chiffres bien en évidence ont des inspirations très diverses.

Le temps qui passe

Sur notre étiquette de « tête » d’article, une cuvée de la maison de champagne Boquet, figure en évidence le nombre 365, le nombre de jours d’une année (non bissextile), entouré des 12 mois de l’année. 365 a été choisi pour la cuvée millésimée du domaine, produite au terme d’une seule année de production et de longues années de vieillissement en cave. Elle est issues de vignes en 1er cru à Vrigny, et composée de 1/3 de Chardonnay, 1/3 de Pinot noir et 1/3 de Pinot Meunier [2]. Cette jolie étiquette fait également référence au cycle de la vigne, au temps qui file inexorablement, comme le font les cadrans solaires…

Un repère géographique universel…

La cuvée Parallèle 45 de la maison Paul Jaboulet Aîné est une référence à la célèbre latitude de 45° nord, à laquelle, selon la maison : « naissent les grands vins du monde entier.  Il (le 45e P) traverse la France et passe par les caves de la Maison Paul Jaboulet Aîné. ».
D’accord, Bordeaux et son vignoble sont sur le 45è parallèle Nord, ou presque, ainsi que les Côtes du Rhône autour de Valence. Tain l’Hermitage, où a été fondée la maison en 1834, est située précisément à la latitude de 45° 04′ 18″ ! Si on continue le 45e parallèle à l’est, on tombe, comme le montre l’étiquette, sur des régions viticoles d’Italie (Piémont, Lombardie, Vénétie), de Croatie, de Roumanie, de Géorgie, de Chine, du Japon. Au-delà du Pacifique on arrive au niveau de l’État américain d’Oregon, qui produit certes du vin mais moins réputé que celui de Californie… Seraient donc exclus « des grands vins du monde entier » les vins de Bourgogne, de Loire, d’Alsace, de Champagne, les vins du Rhin, d’Autriche, de Toscane ou de l’Italie du Sud, d’Espagne et… de Californie, qui ne sont pas vraiment sur le 45è parallèle ? 
Il serait peut-être plus prudent et moins « chauvin » de remarquer qu’effectivement, dans l’hémisphère nord, les conditions climatiques et géographiques régnant autour du 45è parallèle sont propices à la culture de la vigne. Dans l’hémisphère sud, le 45e parallèle passe au-dessus des océans (95% de son trajet) mais croise les vignobles de Nouvelle Zélande et une partie de ceux d’Argentine. Il faut remonter un peu, entre les 20e et le 40e parallèles sud pour croiser ceux d’Afrique du Sud, d’Australie ou du Chili, qui produisent aussi « des grands vins du monde » ….

Une altitude…

L’étiquette de la cuvée 1050 de ce vin rouge des Canaries facilite le décryptage : « ALTITUDO 1050 metros ». Il s’agit d’un vin rouge issu de vignes d’altitude, le record pour le domaine Agala étant la cuvée 1380 issue de vignes perchées à 1380 m (mais je n’ai pas encore l’étiquette !). C’est haut pour la vigne, mais cela n’en fait pas le vin le plus haut du monde, et peut être pas le vin le plus haut d’Europe, titre discuté qui pourrait faire l’objet d’un article spécial…

Un second vin…

Dans les années 1980, la commercialisation des seconds vins des grands domaines de Bordeaux s’est généralisée. La pratique était assez ancienne pour les Carruades de Lafite, anciennement Moulin des Carruades, mais c’était initialement un domaine distinct dont l’histoire débute au XVIIIe siècle. La plupart des châteaux ont trouvé un joli nom attaché au cru principal pour désigner leur second vin : Le Petit Mouton, La dame de Montrose, la Sirène de Lynch Bages, le Clarence de Haut Brion, Le Pavillon rouge de Château Margaux, les Fiefs de Lagrange, Fleur de Pédescaux, etc….

Le château Lafon-Rochet, grand cru classé de Saint-Estèphe avait choisi la simplicité et la transparence : « Numéro 2 de Chateau Lafon-Rochet ». Mais cela n’a pas duré, puisque le second vin du château s’appelle désormais « Les Pèlerins de Lafon-Rochet » et parfois aussi « Chapelle de Lafon-Rochet ».

Une parcelle préphylloxérique

La cuvée B418 est un vin de Corbières issu d’une parcelle bien particulière (B418 est le nom de la parcelle cadastrale) puisqu’elle abrite des ceps de carignan greffés âgés de plus de 130 ans, qui ont survécu au phylloxéra.  Le vigneron qui exploite cette parcelle est Michel Raynaud, à Boutenac dans l’Aude. Le vin est disponible en Bibs de 3 litres, commercialisé par la société BiBoViNo. Ecoutez Bruno Quenioux, élu caviste de l’année 2017 par Gault et Millau, en parler dans cette vidéo [3].

Un numéro d’assemblage

Collection 242, 243, 244, 245…. Depuis quelques années, la maison de champagne Louis Roederer égrène des numéros de collection sur ses étiquettes, les autres indications figurant sur les contre-étiquettes. Comme tout champagne non millésimé, ces cuvées collections sont des assemblages. Le site de la Louis Roederer nous indique que les différentes cuvées collection sont créées à partir de vins d’une réserve perpétuelle (débutée avec le millésime 2012) et de vins de réserve vieillis sous bois, complétés par « les meilleurs jus de la vendange la plus récente ».  La cuvée Collection 242 représente le 242ème assemblage de la Maison depuis sa création, et ainsi de suite…. Collection 246 correspond à l’assemblage de la vendange 2021 (55%) associée à la réserve perpétuelle (35%) et aux vins de réserve (10%).

Une date historique

La Cuvée 1582 du Domaine Verchant, situé à Castelnau-le-Lez (34170) tire son nom de la date de l’achat du domaine, alors propriété de l’abbaye de Maguelon, par le sieur Pierre Verchant, bourgeois de Montpelier, à l’évêque de Montpellier. La famille Verchant en a été propriétaire jusqu’en 1762.  Les 16 hectares de vignes du domaine sont plantés dans l’ancien lit du Rhône, en grès de Montpellier, autour d’une magnifique maison de maitre entouré d’un parc. La cuvée 1582 est un vin de pays d’Oc IGP vinifié en blanc demi-sec. Le premier millésime a été mis en bouteille en 2002 lors d’un rachat du domaine par Pierre et Chantal Mestre [4].

Une position !

La Cuvée 96 de Seppi Landmann, truculent et sublime vigneron de la Vallée Noble à Soultzmatt (Alsace) est une invitation polissonne : en 1996, renversez-vous ! Certes, la contorsion proposée en 1996 est plus acrobatique qu’en 1969…

Nous n’en rajoutons pas, afin d’éviter que le site hébergeur, basé dans les très prudes états unis d’Amérique, nous censure cette étiquette suggestive.

Un rapport parfait

Sans lien avec le paragraphe précédent, voici l’étiquette de la « Cuvée Rare LX » de Bandol.

LX pour 60 en chiffres romains… Pourquoi ce nombre ? Il a un rapport avec le diamant rond, dit « brillant », représenté en bas de l’étiquette, mais l’explication n’est pas triviale.

Ce Bandol d’exception est présenté comme un vrai « diamant rosé ». Le nombre 60 renvoie à un type de taille de diamant rond, appelée 60/60… Pendant des années, la taille 60/60 (combinaison d’un diamètre de table de 60 % et d’une profondeur totale de 60 %) a été considérée comme la taille idéale pour révéler tout l’éclat d’un diamant. La cuvée LX 60 Rosé se veut ainsi « un hommage à l’équilibre parfait entre le climat, les cépages et le sol de Bandol, qui permet de créer le Rosé le plus lumineux ». Jusqu’où nous mène le marketing débridé… ?

Une œuvre d’art

Pour conclure, citons cette étonnante étiquette illustrée par une pyramide de chiffres, cette fois.

Il s’agit d’une étiquette du millésime 1988 du Château Grand Puy Lacoste, grand cru classé de Pauillac, très différente de l’habillage classique du château.

L’étiquette rend hommage au peintre franco-polonais Roman OPALKA (1931-1971). A partir de 1965, ce peintre conceptuel a développé un projet poursuivi jusqu’à sa mort : ne peindre que des nombres (des entiers naturels nous précise Claire Lommé dans son très beau site mathématique « Pierre Carrée » [5]), l’un suivant l’autre dans l’ordre croissant, en commençant par 1 jusqu’à l’infini. Cela explique le titre de l’œuvre inscrite en noir en haut de l’étiquette : OPALKA 1965 / 1 – ∞ (symbole de l’infini). Le concept renvoie, comme pour notre première étiquette mais de façon plus complexe, au défilement du temps et à la mort. L’artiste conceptuel s’en explique dans plusieurs interviews [6], [7]. Initialement, les nombres successifs étaient peints en blanc sur fond noir sur des tableaux verticaux de format identique (195 x 135 cm). A partir de 1972, Opalka a décidé d’éclaircir progressivement le fond pour aboutir à une quasi-monochromie de nombres blancs sur fond blanc (légèrement différent). En parallèle, il s’est photographié tous les ans de face dans un format identique. Le dernier nombre peint par Opalka l’année de sa mort est 5607249.

Pour cette étiquette, l’œuvre choisie n’est pas un nombre, mais une composition mathématique des 8 premiers « entiers naturels », disposés en pyramide, leur nombre égalant leur valeur. Les chiffres sont en noir sur fond gris très clair. La seconde mention dans la partie supérieure de l’étiquette, en allemand, indique que Roman Opalka a été le lauréat 1993 du prix « Kaiserring », attribué par la ville allemande de Goslar à des artistes contemporains [8]. Il est possible que cet étiquetage spécial du château Grand Puy Lacoste ait été commandé à l’occasion de la remise du prix à l’artiste. On remarque que la même année, en 1993, Opalka a offert une composition identique, au feutre sur carton, au médecin organisateur d’un colloque « Art/Fantasme/Cerveau » à Mouans Sartoux [9]  ]. Cette œuvre a été vendue aux enchères à Cannes en novembre 2020 [10] (illustration ci-dessous).

Liens et références :

  1. MT175 : Les 175 ans d’Hermann Müller. Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2025/12/06/les-175-ans-de-hermann-muller/
  2. Site du champagne Boquet. Cuvée 365. https://www.champagne-boquet.fr/champagnes/champagne-cuvee-365.html
  3. Corbières B418 2012. Vidéo du site Bibovino. https://www.youtube.com/watch?v=DaGaj-454Gc
  4. Domaine Verchant. Cuvée 1582. https://www.domainedeverchant.com/fr/nos-vins
  5. Opalka 1965 / 1 – infini. Pierre Carrée, blog de Claire Lommé. https://clairelommeblog.wordpress.com/2014/01/03/opalka-19651-infini/
  6. Roman Opalka, les nombres et la mort. Radio France. Emission La pièce jointe, Interview du jeudi 6 janvier 2022. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-piece-jointe/roman-opalka-les-nombres-et-la-mort-3842341
  7. Opalka- Fondu au blanc. Video INA. https://www.youtube.com/watch?v=p5I0rDF_xpQ
  8. Prix Goslarer Kaiserring, Wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Goslarer_Kaiserring
  9. Association Art Science Pensée/ Colloques. https://art-science-pensee.org/category/colloques/
  10. La gazette de drouot en ligne. https://www.gazette-drouot.com/article/roman-opalka-ou-l-obsession-des-chiffres/18491

© Texte posté le 21/06/2026

En hommage et remerciement au Professeur Damien Metz, pour les belles découvertes de la production champenoise et son sens du partage.

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Les cépages entrent en résistance

Cette cuvée Libération de la maison de négoce de François Dauvergne et Jean-François Ranvier (D & R) est issue du cépage « Floréal« . Floréal, nom charmant qui pourrait renvoyer au 8ème mois du calendrier républicain utilisé durant la Révolution française (20-21 avril ~ 19-20 mai – période de l’épanouissement des fleurs). Mais ici, Floreal signe une autre révolution, en cours celle-ci. Celle de la commercialisation dans la grande distribution de vins issus de nouveaux cépages hybrides dits « résistants ».

Depuis toujours, les chercheurs, pépiniéristes et vignerons ont cherché des nouveaux cépages permettant de lutter contre les maladies de la vigne, les plus connues étant liées à des champignons, l’oïdium, le mildiou, la pourriture noire (ou black rot) ou grise (botrytis cinerea), ou d’origine bactérienne, comme la flavescence dorée.

Des recherches menées depuis 50 ans en Allemagne, Italie, Suisse et en France par l’INRAE ont abouti, au terme de travaux colossaux de croisements et sélections, à la mise à disposition de nombreux cépages hybrides plus résistants aux attaques de ces maladies, mais aussi aux variations climatiques [1]. En Allemagne, ils sont appelés « PIWI ». Sur les plus de 300 cépages répertoriés par l’observatoire des cépages résistants [2], seuls quelques-uns permettent d’obtenir des raisins de qualité suffisante pour en faire du vin, voire du bon vin. En France et en 2025, 3 017 ha étaient plantés en variétés résistantes, dont une cinquantaine était inscrite au catalogue officiel des variétés de vigne. Les plus récentes créations françaises ont pour nom, en blanc : Floreal (2018), Voltis (2018), Coutia (2021), Selenor (2021), Opalor (2022), Exelys (2024), Artys (2024); Et en rouge :  Artaban (2018), Vidoc (2018), Rebelia (2020), Coliris (2021), Lilaro (2021), Sirano (2021), Luminan (2021), Calys (2024).

Floreal, le plus répandu des hybrides résistants français

Le Floreal (sans accent sur le e) est l’un des plus cultivé en France (937 ha en 2025). C’est un cépage de cuve blanc inventé par l’INRA, inscrit depuis 2018. Pour les spécialistes, c’est un « hybride interspécifique issu d’un croisement entre le Villaris et un descendant de Muscadinia rotundifolia » [3]. Son succès est lié à ses nombreuses qualités, rappelées ainsi en 2022 par Mme A. Rocque, directrice du centre de sélection vigne à l’Institut Français du Vin [4] : « Au niveau aromatique, le Floreal ressemble au sauvignon. Ses rendements sont stables d’une année à l’autre et supérieurs à la moyenne. Il est plutôt vigoureux et doté d’une certaine résilience et son initiation florale est assez importante. Il est moyennement précoce et en cas de gel, il peut repartir. Côté maladie, il a une bonne résistance au mildiou et à l’oïdium, mais il reste sensible au black-rot ». En France, le Floreal est maintenant intégré dans de nombreuses aires d’indication géographique protégée (IGP). Dans le rapport de suivi de l’observatoire national du déploiement des cépages résistants (OSCAR) [5] , le Floreal est le plus répandu dans les principales régions vinicoles françaises (Figure) :

L’autre cépage le plus planté en France, presqu’à égalité avec le Floreal, est le Souvignier gris (1004 ha en 2025). Créé en Allemagne en 1983, il produit des vins blancs et rosés. Propice aux zones humides, il craint la sécheresse. Il s’épanouit en Wallonie, pays jadis parsemé de vignes, mais on en trouve aussi par exemple sur l’île de Ré (Domaine Pelletier à La Couarde, avec une belle huppe fasciée sur l’étiquette).

Vin blanc de l’Ile de Ré issu de Souvignier gris

 Toujours en blanc, la troisième variété en nombre de plants vendus est le Soreli, d’origine italienne. Lui aussi est apprécié car proche du sauvignon, avec un bon rendement, une résistance élevé au mildiou, un peu moins à l’oïdium et une faible sensibilité à la flavescence dorée. En Suisse, 7 autres variétés résistantes viennent de recevoir leur agrément par Agriscope, équivalent suisse de l’INRAE, avec lequel il collabore. Le principal cépage résistant planté en Suisse est le Divico [6].

Les premiers cépages résistants à vin rouge français (Artaban, Vidoc) ont eu plus de difficultés à convaincre. Les production plus récentes sont source d’espoir, mais il faut attendre encore un peu.

Signalons que la version rouge de la cuvée Libération de la maison Dauvergne et Ranvier est issue du cépage Monarch, créé en Allemagne en 1988 et agréé en France en 2017.

Cuvée Libération rouge à base de Monarch, de la maison Dauvergne et Ranvier

Les vins issus de cépages hybrides résistants sont surtout vendus comme « vin de France », mais de plus en plus avec une IGP. En revanche, pour l’instant, pas de Floreal ni d’autre variété résistante dans les appellations contrôlées, même à titre probatoire ou de test. En effet, la réglementation européenne actuelle précise que les vins d’AOP (appellation d’origine protégée) sont issus exclusivement de variétés de l’espèce Vitis Vinifera. Et les cépages résistants sont des hybrides de Vinifera européennes et d’autres variétés américaines ou asiatiques, vitis mais pas vinifera.

Une exception, le Voltis en Champagne

La seule aire d’appellation d’origine contrôlée dont l’organisme de défense et de gestion (ODG) a accepté un cépage résistant est la Champagne. Le cépage Voltis, moins aromatique que le Floreal mais résistant au mildiou et à l’oïdium, s’avère intéressant pour les vins effervescents. Il a été intégré en 2023 dans le cahier des charges de l’appellation Champagne comme VIFA (variété d’intérêt à fin d’adaptation). Pour ses propriétés œnologiques, mais surtout pour résoudre une difficulté environnementale. Les vignerons ont interdiction de traiter les vignes à proximité des zones habitées. Aussi, L’ODG conseille d’en planter quelques rangs en bordure des habitations, ne serait-ce que pour limiter les traitements dans ces parcelles et réduire les risques pour les riverains.

La famille Ducourt, propriétaire dans le Bordelais, s’intéresse aux cépages hybrides résistants. Elle commercialise la cuvée Métissage, en rouge et en blanc sec ou moelleux. Mais aucune indication des cépages utilisés, hélas.

De la résistance aux variétés résistantes ?

Adopter des nouveaux cépages, fussent-ils résistants, n’est pas évident pour un(e) vigneron(ne) pour qui l’expérience, la tradition, les habitudes locales d’encépagement et les contraintes des AOC/AOP sont des valeurs fortes. D’où certaines résistances du monde viti-vinicole à leur usage. Quelques jeunes vignerons courageux (mais tous les vignerons ne le sont-ils pas ?), pionniers des cépages hybrides, commencent à rapporter leur expérience de ces variétés, leurs espoirs et déceptions. Tous soulignent qu’en matière de cépages hybrides résistants, la première étape est d’abandonner certains préjugés.

Au domaine de l’Isle Saint Pierre, en Camargue, Julien Henry a planté une quinzaine de cépages résistants dans les années 2010. Dix ans plus tard [7], Il se disait très déçu par le Vidoc ou l’Artaban, incapables de faire des bons vins rouges sur son domaine. Il était en revanche satisfait de la résistance aux maladies et des vins obtenus à partir de Soreli, de Fleurtai ou de Souvignier gris en blanc et du Merlot korus en rouge. En 2022, il a produit 600 hl de résistants, dont 200 de Soreli, embouteillé en monocépage avec l’IGP Pays des Bouches du Rhône Terre de Camargue.

Deux cuvées rouges à base d’Artaban, à gauche : Domaine de Revel , à droite : IGP Pays d’Oc du Groupement la Vicomté

Mickaël Raynal, du Domaine de Revel à Vaïssac (Tarn-et-Garonne), dont nous avions déjà parlé dans un article précédent [8], n’est pas mécontent de l’Artaban, dont il vinifie une cuvée Grain de Rebel Artaban (85% Artaban et 15% Caladoc, photo). Dès son installation, il a planté du Muscaris, du Souvignier gris et du Solaris, et secondairement du Vidoc, du cabernet cortis et l’Artaban. Trois de ses cuvées sont en monocépage (Muscaris, Souvignier gris et Solaris), les autres associent 85 % d’un cépage résistant et 15 % d’un cépage oublié. Lui aussi souligne, dans un article qui lui est consacré dans le site Vitisphère [9], les difficultés à faire adopter les vins issus d’hybrides résistants : « Au départ, j’ai gardé des cépages classiques pour que les consommateurs puissent se raccrocher à quelque chose de connu et qu’ils acceptent de goûter mes vins. Il fallait beaucoup expliquer les cépages résistants. C’est moins le cas à présent. Ils commencent à être plus connus, mais il reste encore un gros travail de pédagogie ».

Valentin Morel, qui a repris en 2014 le domaine familial « Les pieds sur terre » à Poligny dans le Jura , est un autre spécialiste des cépages hybrides, auxquels il a été initié en Allemagne en 2013. A côté des cépages traditionnels du Jura (Poulsard, Pinot noir, Savagnin, Chardonnay), il vinifie des cuvées 100% hybrides rouges (Chambourcin, Plantet) et blancs (Seyval, Rayon dordor, Morelle rose, Sauvignac). Il innove aussi, par exemple avec cette infusion de pellicules d’hybrides sur chardonnay, ce qui permet de profiter des levures naturelles des hybrides et obtenir une fermentation spontanée de haute qualité de ses chardonnays (c’est la cuvée Broken hearts are for assholes, en hommage au guitariste Franck Zappa !).

Etiquette de la cuvée « Broken hearts are for assholes » de Valentin Morel, Poligny dans le Jura

Valentin Morel est auteur d’un livre (« Un autre vin », comment penser la vigne face à la crise écologique, Editions Flammarion, 2023 [10]), dans lequel il partage ses expériences de jeune vigneron face à l’adversité climatique, bactérienne et fongique, et plaide en faveur des cépages hybrides résistants : production préservée sans traitement même face au gel de printemps, réduction du travail dans les vignes, en particulier en bio, relative sérénité pour le vigneron vis-à-vis des aléas climatiques.  En 2024, il déclarait au Figaro [11]. « D’abord, pour tous les vignerons, qu’ils soient en bio ou pas, les cépages résistants, c’est la garantie d’avoir une production suffisante les années où les conditions sont les plus difficiles et où les fragilités de la vitis vinifera mettent à mal la récolte. Quand j’écris dans mon livre que nous pourrions aborder les temps à venir plus sereinement si nous avions tous 30 % de notre surface viticole plantée avec des hybrides, c’est d’abord pour garantir aux vignerons de pouvoir chaque année vivre de leur travail. Au-delà de la garantie en termes de rendements, les cépages hybrides, c’est aussi un moindre coût en termes de labeur et surtout en termes de soins. C’est des vignes que nous n’avons pas à traiter contre les maladies fongiques, car elles y résistent naturellement. ». Pour découvrir ce vigneron particulièrement érudit et attachant et sa production, on peut écouter le reportage que France 3 Bourgogne lui a consacré en janvier 2026 [12].

Autre habillage assez « Rock and Roll » pour une cuvée à base de cépages hybrides résistants de Valentin Morel, à Poligny en Jura.

Les rapports annuels de l’observatoire OSCAR le confirment régulièrement depuis 2017 : les cépages hybrides permettent une diminution de 90 à 95% des pesticides [13].

Une quinzaine de vignerons « hybridophiles » se regroupent annuellement, en marge des salons bio, au salon VINEA, dont la 3ème édition s’est tenue en janvier 2026 au domaine La Clausade, à Mauguio (Hérault). Ce domaine propose d’ailleurs 3 cuvées issues d’hybrides résistants, dont l’Irrésistible en blanc (Muscaris, Floreal, Souvignier Gris) et l’Affranchi en rosé (Artaban et Muscaris).

Et pour les œnographiles, les habillages « résistants » vont s’enrichir de quelques logos nouveaux !

Liens et références :

  1. Le projet InnoVitiPlant (Innovation variétale des plants de vigne) de l’INRAE a pour objectif de « proposer des innovations en mesure de réduire drastiquement et durablement les traitements phytosanitaires pour contrôler le développement du mildiou et de l’oïdium de la vigne, mais également d’assurer la pérennité du vignoble dans un contexte de changement climatique. » https://svqv.colmar.hub.inrae.fr/content/download/4565/47005?version=4
  2. Observatoire des cépages résistants. https://observatoire-cepages-resistants.fr/varietes-resistantes/
  3. INRAE et IFV. Catalogue des vignes cultivées en France (PlantGrape), Cépage Floreal. https://www.plantgrape.fr/fr/search?search=floreal
  4. Citation dans : Christelle Stef. Les cépages blancs résistants au mildiou et à l’oïdium font leur trou. ©Vitisphère, publié le 3 octobre 2022.
     https://www.vitisphere.com/actualite-97664–les-cepages-blancs-resistants-au-mildiou-et-a-loidium-font-leur-trou.html#:~:text=Mat%C3%A9riel%20v%C3%A9g%C3%A9tal,la%20deuxi%C3%A8me%20g%C3%A9n%C3%A9ration%20de%20Resdur
  5. Note technique OSCAR 2026. https://observatoire-cepages-resistants.fr/wp-content/uploads/2026/02/2026_Note_technique_OSCAR_vf.pdf
  6. Agroscope dévoile sept nouveaux cépages résistants. 27 janvier 2026.
    https://www.agroscope.admin.ch/agroscope/fr/home/actualite/newsroom/2026/01-29_resistente-rebsorten.html
  7. Marion Bazireau. Le bilan de 10 ans d’essais vignerons de cépages résistants. © Vitisphère, Publié le 11 octobre 2022. https://www.vitisphere.com/actualite-97732-le-bilan-de-10-ans-dessais-vignerons-de-cepages-resistants.html
  8. Histoires d’étiquettes. Un cépage rare, l’Egiodola. https://histoiresdetiquettes.com/2025/11/05/un-cepage-rare-legiodola/
  9. Florence Guilhem. Cépages résistants, ce n’est pas vendeur. Pour commercialiser les vins qui en sont issus, mieux vaut parler de leur goût et d’écologie. © Vitisphère, Publié le 13 février 2026. https://www.vitisphere.com/actualite-106014–cepages-resistants-ce-nest-pas-vendeur-pour-vendre-les-vins-qui-en-sont-issus-mieux-vaut-parler-de-leur-gout-et-decologie.html
  10. Valentin Morel. Un autre vin. Editions Flammarion, 2023. Disponible en librairie ou, entre autres, sur le site de la FNAC
  11. Agathe Pigneux. Pourquoi les cépages hybrides sont-ils un sujet de discorde ? Le vigneron Valentin Morel a choisi son camp, il s’explique. © Le Figaro. Publié le 27 juin. https://avis-vin.lefigaro.fr/domaines-et-vignerons/o157375-valentin-morel-vigneron-du-domaine-les-pieds-sur-terre-je-ne-suis-pas-un-propagandiste-des-hybrides-mais-je-suis-convaincu-qu-ils-peuvent-exprimer-la-singularite-d-un-lieu
  12. « Chez les vignerons, vous ne trouverez pas de climatosceptique » : le portrait de Valentin Morel. France 3 Bourgogne-Franche-Comté. 16 janvier 2026 https://www.youtube.com/watch?v=oC-M8afmWZI
  13. Observatoire national du déploiement des cépages résistants. Bilans annuels. https://observatoire-cepages-resistants.fr/bilans-annuels/

© Texte posté le 4 Floréal de l’an CCXXXIV de la République ! (23/04/2026)

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Sur les hauteurs de Fronsac… Puy Guilhem

Trois étiquettes, un même domaine [1], mais trois versions pour le nom du château (Peyguillem, Puy Guilhem, Puy Guillem) et deux AOC différentes (Fronsac et Côtes de Fronsac). Même l’orthographe de la propriétaire fluctue. Il n’y a pas qu’en Bourgogne que les orthographes des noms de vignobles varient.

Le nom du Château

En fait, c’est le même. Pey ou Puy signifient « hauteur, promontoire », l’un en Occitan, l’autre en Français. De très nombreuses localités ou lieux-dits commencent par Pey- ou Puy- ou leurs dérivés (Pui, Pi, Puech), qui qualifient des lieux situés en altitude, aux sommets de collines ou de tertres, voire les sommets eux-mêmes (la chaîne des Puys en Auvergne). Guilhem ou Guillem sont des variantes catalanes et occitanes du nom d’origine germanique « Willahelm » ou « Willehelm », qui a aussi donné Guillaume en France ou William en Angleterre. Dans tous les cas, le nom du château signifierait « Hauteur de Guillaume ». Mais pas de trace d’un Guillem ou Guilhem parmi les notables locaux au Moyen Âge, ou après. Les seigneurs de Saillans, la famille de Carle, avaient leur propre château, voisin de Puy Guilhem, le Château de Carle [2] (ou Château de Carles selon l’orthographe actuelle).  Et Fronsac était érigé en Duché [3].

A Puy Guilhem, le joli château qui domine la propriété vinicole est de style Empire mais construit en 1868. Lui est constant sur les différentes étiquettes. Il est effectivement établi sur le point culminant  du plateau de Saillans, surplombant la vallée de l’Isle.

Fronsac (où Charlemagne aurait érigé un château en 769) et Canon sont eux aussi situés sur des hauteurs ou tertres rocheux, respectivement à 76 et 61 mètres d’altitude, avec vues magnifiques sur les vallées de la Dordogne et de l’Isle et les vignobles voisins de Pomerol et Saint Emilion.

L’appellation d’origine contrôlée (AOC)

Il ne s’agit pas de deux appellations différentes, mais de l’évolution d’une même appellation. Dans les décrets de 1937 et 1939 qui ont créé les deux AOC du Fronsadais, les dénominations officielles étaient « Côtes de Fronsac » et « Côtes de Canon-Fronsac » [4]. Les noms des deux AOC ont été simplifiés en « Fronsac » et « Canon-Fronsac » par décret en 1976 et 1964 [5, 6]. La quasi-totalité des étiquettes portant les AOC « Côtes de Fronsac » et « Côtes de Canon-Fronsac » sont donc antérieures à 1976, rien d’anormal à cela.

Exemples d’étiquettes portant les anciennes appellations « Côtes de » Fronsac ou Canon-Fronsac

Les propriétaires

La propriété de Peyguillem ou Puy Guilhem existerait depuis 1780, elle n’est pas citée, ni ses propriétaires de l’époque, dans les premières éditions du « Bordeaux et ses vins » de Cocks et Féret. Sur les 3 étiquettes du domaine entre 1966 et 1989, la propriétaire est Madame Janine MOTHES (avec un s), également propriétaire à l’époque du Château Puy Saint Vincent à Fronsac.

Etiquettes de Château Puy Saint Vincent, AOC Fronsac, avant et après 1995

Il n’est hélas pas possible de lui demander pourquoi elle a modifié plusieurs fois le nom du château, surtout entre 1966 et 1979, et finalement préféré le nom français au nom occitan [7] car elle est décédée à Saillans en 2017, à 91 ans.

Etiquette de Château Puy Guilhem de 2003, propriété de la famille Enixon.

En 1995, le château Puy Guilhem, dont l’orthographe ne changera plus sur les étiquettes, a été vendu, ainsi que Château Puy Saint Vincent, à Annie et Jean-François Enixon, qui en ont transmis l’exploitation à leur fils l’œnologue Jean-Marc Enixon en 2004.

En 2014, Château Puy Guilhem devient la propriété de Monsieur Gen-Xiong Li, riche investisseur sino-canadien [8] qui possède trois autres domaines, dont le château Plaisance à Capian. Depuis 2016, les vins de Château Puy Guilhem en Fronsac et Canon Guilhem en Canon Fronsac ont bénéficié avec succès de l’expertise de l’agronome Claude Bourguignon pour les sols et de l’œnologue Stéphane Derenoncourt pour la vinification.  Puy Guilhem et Canon Guilhem sont régulièrement cités dans le Guide Hachette des vins, avec des commentaires élogieux. Particularité, la propriété conserve des plants presque centenaires de Malbec, le cépage prédominant du Fronsadais au XIXe siècle, qui intervient encore pour 7 à 10% de l’assemblage des vins actuels, avec le Merlot (90%) et un peu de Cabernet Franc.

Visitez Fronsac et sa région magnifique et vous aurez certainement un coup de cœur pour ses excellents vins, d’un rapport qualité/prix très attractif !

Liens et références :

  1. Site du Château Puy Guilhem. https://www.chateaupuyguilhem.com/
  2. Histoire de Saillans. Site de la commune de Saillans. https://mairiedesaillans.jimdofree.com/vie-communale/la-commune/histoire/
  3. Les Ducs de Fronsac étaient également Ducs de Richelieu, de la famille du cardinal. Un des plus célèbre, Louis-François Armand Vignerot du Plessis (1696-1788), Maréchal Duc de Richelieu, arrière-petit-neveu du Cardinal, était Duc de Fronsac dans sa jeunesse, propriétaire d’un relais de chasse à Moulis (l’actuel Château Duplessis), gouverneur militaire de la Guyenne, grand buveur et jouisseur devant l’Éternel. C’est lui qui a promu le vin de Bordeaux à la cour de Louis XV, la « Tisane de Richelieu », que nous avons évoquée dans un autre article. Le Château Richelieu de Fronsac, toujours en activité vinicole et dont le propriétaire actuel est également chinois, perpétue par son nom le souvenir de l’illustre famille.
  4. Décret du 4 mars 1937 définissant l’appellation contrôlée « Côtes de Fronsac ». Décret modifié du 1er juillet 1939 définissant l’appellation contrôlée « Côtes Canon-Fronsac ».
  5. Décret du 28 juillet 1964 concernant l’appellation contrôlée « Canon Fronsac ».
  6. Décret du 21 septembre 1976. Modification du nom d’appellation d’origine « Côtes de Fronsac » qui Devient « Fronsac » https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000688281?init=true&page=1&query=21+septembre+1976+fronsac&searchField=ALL&tab_selection=all
  7. L’adresse du siège social de la société créée le 1er janv. 1979 par Madame Janine MOTHES était bien « CHATEAU PEYGUILLEM, 33141 SAILLANS »
  8. Brasseur Béatrice. Heureux comme un Chinois à Fronsac. ©Les Echos. Publié le 2 sept. 2019. https://www.lesechos.fr/weekend/gastronomie-vins/heureux-comme-un-chinois-a-fronsac-1212703

© Texte posté le 28/03/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Ces deux étiquettes anciennes mentionnent le nom de Fronsac mais leur châteaux ne sont pas dans l’aire d’appellation définie en 1937 et 1939. Le Château de Brague produit toujours du vin en AOC Bordeaux Supérieur. Le Domaine de La Rousserie semble avoir cessé toute activité vinicole et a été transformé en un lieu de réception et mariages…

Frédéric, Prince de Anhalt

Pour une fois, ce n’est pas une étiquette qui raconte une histoire, mais presque…  L’objet en question est une matrice d’imprimerie qui a servi à la fabrication d’étiquettes de vin. Celle-ci est constituée de deux plaques en laiton gravées et provient de la région d’Epernay en Champagne. La grande plaque, produisant l’étiquette principale, fait 110 mm sur 97 mm et pèse 569 grammes. Il y est gravé, en Français et à l’envers : « Frédéric Prince de Anhalt » et en bas « Prince impérial ». La petite mesure 55 mm sur 38 mm et pèse 101 grammes. Y figure un blason surmonté d’une couronne de type royal ou princier. Pas d’indication d’un vin, de Champagne ou d’ailleurs …

Initialement, n’ayant pas de connaissance particulière en imprimerie, j’ai pensé que cette matrice datait de la fin du XIXe ou début du XXe siècle, ainsi que les étiquettes qu’elle avait produites. L’étiquette aurait pu rendre hommage ou être commandée par des descendants de la lignée des ducs et princes d’Anhalt [1], dynastie ancienne et célèbre en Allemagne comme on va le voir.

Le vrai-faux Frédéric Prince de Anhalt

Mais lorsqu’on tape « Frédéric Prince de Anhalt » sur un moteur de recherche, on tombe tout de suite sur plusieurs articles relatant la vie rocambolesque d’un citoyen américain, né allemand en 1943 et toujours vivant en 2026, qui se fait appeler « Frédéric Prinz von Anhalt » [2 , 3].

En fait, ce n’est nullement son nom de naissance, mais un nom hérité de son adoption en 1980 par une dame de 82 ans (il avait alors 37 ans et des vrais parents biologiques). Cette vieille dame, décédée peu de temps après l’adoption, était la princesse Marie-Auguste d’Anhalt (1898-1983), fille et sœur des deux derniers ducs régnant d’Anhalt (respectivement Edouard et Joachim-Ernest). Elle était aussi la veuve du prince Joachim von Hohenzollern (fils du Kaiser Guillaume II) et à ce titre a été altesse impériale et royale, princesse de Prusse. Leur unique enfant, mort au Chili, aurait été un ami proche du nouveau « Frédéric d’Anhalt ».

La princesse Marie-Auguste d’Anhalt

L’adoption a permis à notre homme de prendre en toute légalité, et moyennant le versement d’une rente, le nom de sa mère adoptive. Il en a profité pour changer son prénom pour Frédéric, de façon tout aussi légale. Muni officiellement ce patronyme prestigieux, il est parti aux USA et y a fait fortune dans des activités de jeu, casino, boites de nuit, affaires diverses. Pour ne pas faire plus de publicité à ce personnage douteux, très trumpien (dont il est d’ailleurs fervent supporter), je laisse le lecteur découvrir son parcours, son mariage avec une actrice célèbre qui lui a ouvert les portes d’Hollywood, ses candidatures ratées au gouvernorat de Californie.

Il a continué à s’enrichir par la vente, à son tour, de son nom prestigieux, ce qui a provoqué la fureur et consternation des authentiques descendants des Anhalt qui s’estiment seuls légitimes à porter ce nom [3]. Car la vraie lignée des « von Anhalt », ce n’est pas rien dans le monde germanique …

La principauté d’Anhalt, ses « vrais » princes et ducs

La maison d’Anhalt est l’une des plus anciennes familles princières de l’Allemagne, une branche de la célèbre maison d’Ascanie, issue de Henri Ier d’Anhalt qui reçut la principauté d’Anhalt à la suite du décès de son père le duc Bernard III de Saxe en 1212.

A gauche : Le blason de la Principauté d’Anhalt (XIIIe siècle). (Source Wikimedia Commons). A droite, détail de la petite matrice (vue inversée) reproduisant le blason [4] surmonté de la couronne princière.
Carte des 16 länders allemands après la réunification de 1990

Initialement inclus dans la Saxe, Anhalt s’en est détachée et a été un état autonome pendant 7 siècles, sous la forme d’une principauté sur laquelle ont régné les princes (et ducs) d’Anhalt  [1] jusqu’à l’extinction de la lignée régnante en 1918. L’État libre d’Anhalt, né en 1918, a fusionné avec la Saxe prussienne pour devenir le Land de Saxe-Anhalt en 1946. C’est toujours un des 16 länder de la république fédérale d’Allemagne (carte).

Si on veut un autre exemple de la puissance de cette lignée, rappelons que la grande Catherine II qui régna sur l’empire Russe de 1763 à 1796 était aussi de la famille, née Sophie d’Anhalt-Zerbst !

Les Frédéric d’Anhalt aux XIXe et XXe siècles

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, on compte trois princes successif portant le nom de Frédéric d’Anhalt :

  • Frédéric Ier (1831 – 1904), qui a régné de 1871 à 1904. Il a participé à la guerre de 1870 contre la France et était présent à la Galerie de Glaces du château de Versailles pour la signature de la capitulation de la France.
  • Frédéric II (1856 – 1918), deuxième fils du précédent, il lui a succédé à sa mort et a régné de 1904 à 1918. Il est mort sans descendance.
  • Frédéric III (Leopold Friedrich, 1938 – 1963).  C’est le fils du dernier prince régnant d’Anhalt, Joachim-Ernest, prince jusqu’en 1918 et mort prisonnier de l’URSS au camp NKVD n°2 (ex Buchenwald) en 1947. Léopold Frédéric a été à la tête de la maison ducale jusqu’à son décès prématuré à Munich d’un accident de voiture. Il n’a jamais régné puisqu’après 1918, le duché d’Anhalt est devenu une république sous le nom d’État libre d’Anhalt puis a été intégré dans le Land de Saxe Anhalt. C’est aussi, accessoirement, le neveu de la princesse Marie-Auguste d’Anhalt, la vieille dame du début de l’histoire….

L’enquête rebondit

Difficile jusque-là de rattacher à l’un ou l’autre des Anhalt, vrais ou vrai-faux, les étiquettes produites avec ces matrices. Deux éléments ont permis d’avancer dans l’enquête.

Le premier a été de retrouver dans ma collection, totalement par hasard [5], une étiquette de Champagne très vraisemblablement produite par ces deux matrices ! La voici :

Les inscriptions et éléments décoratifs dorés en relief de l’étiquette et leurs dimensions sont identiques à celles des matrices. Mais cette étiquette ne date pas de la fin du XIXe-début du XXe siècle. Le nom de ce champagne est une marque auxiliaire (ou marque d’acheteur) de la seconde moitié du XXe siècle. En effet, l’obligation de reporter sur les étiquettes de champagne le numéro d’immatriculation donné par le comité interprofessionnel des vins de Champagne (ici MA 1.397.119) date d’un décret de 1952 [6]. Le type de numérotation ayant été modifiée en 1985, cette étiquette a donc été produite entre 1952 et 1985 !

L’autre élément a été, au terme d’une longue enquête, l’identification de l’imprimerie d’où proviennent les matrices. Il s’agit de l’ancienne imprimerie Edouard Plantet à Aÿ. L’ancien chef de production au moment de la fermeture de l’imprimerie en 2008 [7] m’a confirmé que ce type de matrices métalliques plates étaient utilisées dans les années 1960, avant le passage à des matrices souples pour rotatives dans les années 1970. Elles ont été utilisées pour les impresssion dorées en relief que l’on identifie bien sur l’étiquette et la collerette.

Nous avons donc affaire à des matrices et une étiquette de champagne des années 1960. Aucune chance que l’étiquette ait été commandée par le « vrai-faux » Frederich Prinz von Anhalt » né en 1943, qui n’a obtenu le droit de porter ce nom qu’en 1980.

L’étiquette et ses matrices auraient-elles été créées pour Léopold Frédéric (III), seul du nom vivant dans les années 1960 ? Est-ce une cuvée créée par sa famille pour lui rendre hommage, puisqu’il est décédé accidentellement à 25 ans en 1963 ? Je n’ai pas retrouvé de trace de cette marque de champagne et il n’a pas été possible de consulter les archives du CIVC pour identifier le demandeur de l’enregistrement de cette marque auxiliaire. Certains détails restent troublants : le vrai prénom de Frédéric III d’Anhalt était Leopold Friedrich et non « Frédéric » à la française. La mention purement commerciale de « Prince Impérial », sur matrice principale de l’étiquette et la collerette, serait surprenante venant d’un héritier de la haute noblesse allemande, pour qui les titres ne s’improvisent pas. Une part de mystère subsiste…

Liens et références :

  1. Liste des souverains d’Anhalt, source Wikipédia en Français. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_souverains_d%27Anhalt
  2. Guy Adams. Frédéric Von Anhalt. Prince sans rire. © Courrier International. Publié le 17 février 2010, mis à jour le 10 juin 2022. https://www.courrierinternational.com/article/2010/02/18/prince-sans-rire
  3. François Beautemps. Le vrai-faux prince von Anhalt bouleverse l’arbre généalogique de la célèbre maison princière. © Revue Dynasties, 20 février 2022. https://revuedynastie.fr/le-vrai-faux-prince-von-anhalt-bouleverse-larbre-genealogique-de-la-celebre-maison-princiere/
  4. Le blason des Anhalt est ainsi décrit : « Mi-parti d’argent, à l’aigle de gueules, membrée, becquée et languée d’or (de Brandebourg) et burelé de dix pièces de sable et d’or (de Ballenstedt) au crancelin de sinople, brochant en bande sur le tout (de Saxe) ». Le « crancelin de sinople » est bien visible dans la moitié droite de la matrice, le burelé (les 10 bandes horizontales de 2 couleurs différentes) n’apparait pas car son impression en couleur à plat n’utilise pas la matrice.
  5. C’est en recherchant des étiquettes anciennes de champagne « blanc de blanc » pour un ami collectionneur spécialiste du sujet, que je suis tombé sur l’étiquette d’Anhalt, classée parmi les inclassables, faute de lieu de production et de nom de producteur.
  6. Le Décret du 1er juillet 1952 concernant l’appellation d’origine contrôlée « champagne » définit un certain nombre d’obligations pour l’étiquetage du champagne, dont celle pour les étiquettes et tous documents commerciaux de « comporter les immatriculations prescrites par le comité interprofessionnel du vin de Champagne en matière de réglementation des cartes professionnelles. » . Consultable sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15648231/f36.item. Nous remercions le Comité Champagne (CIVC) pour son aide.
  7. Florian LAVAL a aujourd’hui quitté les métiers de l’imprimerie et a repris avec sa sœur Aurore le domaine familial, le Champagne Michel Laval, à Boursault (51480). https://champagne-laval.fr/

© Texte posté le 10/03/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Stari Most, le Vieux Pont de Mostar

Cette étiquette de vin blanc de cépage Žilavka représente le Vieux Pont ottoman de MOSTAR , emblème de cette ville de Bosnie-Herzégovine (Stari Most signifie « Vieux Pont »). L’étiquette date de la fin des années 1970, la Bosnie-Herzégovine était alors un des états composant la fédération de Yougoslavie, de régime communiste indépendant de l’URSS. C’était aussi un temps où les nombreuses communautés yougoslaves, Serbes orthodoxes, Croates et Slovènes catholiques, Bosniaques musulmans et bien d’autres (Albanais, Kosovars, Macédoniens…) vivaient en paix, ou du moins ensemble.

Ce superbe pont, joyau de l’architecture ottomane, symbole du multiculturalisme balkanique, a eu un destin tragique.

Mostar est la capitale de la région d’Herzégovine, située au sud de la Bosnie, à 125 km au sud de Sarajevo et à 50 km de la côte adriatique, qui reste croate.

La date de 1353 indiquée sur la collerette de l’étiquette n’est pas celle de la construction du pont, mais celle de la première mention de ce vin dans une charte de Stefan Tvrtko Ier (1338-1391), roi de Bosnie, qui concernait Čitluk, une petite ville jouxtant Mostar, où est située la « vinarija » productrice.

Recto verso de la notice appendue au col de la bouteille de Žilavka Mostar, expliquant en trois langues l’historique du vin.

Malgré les mentions en français et en allemand, cette bouteille richement habillée ne semblait pas destinée à l’exportation. L’étiquette a été décollée d’une bouteille récupérée à Mostar, dans les casiers à verre d’un restaurant. L’organisme producteur du vin, HEPOK, était une entreprise d’état (conglomérat agricole herzégovien) créée en 1956 sur une base beaucoup plus ancienne, 1886 selon le site de la marque. L’entreprise a été privatisée en 2007 et produit toujours des vins de qualité, mais sans référence au pont de Mostar sur les étiquettes contemporaines [1].

Autre étiquette de Žilavka produit par HEPOK à Mostar en 1978, avec une illustration différente du Vieux Pont. Comme cela se faisait souvent dans les ex-pays de l’Est, même si le vin n’était pas millésimé, l’étiquette l’était sous la forme d’un tampon-date ou de petites encoches en face du mois et de l’année de production.

Le pont de Mostar, lui, aurait été construit entre 1557 et 1566 [2] [3] sur ordre du sultan ottoman Soliman le Magnifique, qui régnait sur toute la région des Balkans depuis la fin du XIVe siècle. C’est l’œuvre de Mimar Hayruddin, disciple du célèbre architecte Sinan. Ouvrage unique pour l’époque, constitué d’une seule arche en dos-d’âne de 27 m de portée, 4 m de largeur et 29 m de longueur, il surplombait la rivière Neretva de plus de 20 mètres. Ses accès étaient gardés par deux tours fortifiées du XVIIe siècle.

Le pont de Mostar à la fin du XIXe siècle. Photographie de Mor (Maurice) de Déchy (1851-1917), alpiniste, écrivain et photographe hongrois. Don à la société de géographie (Paris) le 8 janvier 1892. (Source et Copyright Gallica)

Le pont reliait les deux quartiers de la ville, un quartier à majorité croate chrétienne à l’ouest et un quartier à majorité bosniaque musulmane à l’est. D’une solidité à (presque) toute épreuve, il avait même supporté le passage de tanks allemands lors de la seconde guerre mondiale. Il n’a en revanche pas résisté à la folie destructrice des hommes du XXe siècle.

Entre 1991 et 1995, lors de la guerre de l’ex-Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine, sa capitale Sarajevo, ainsi que la ville de Mostar ont beaucoup souffert. D’abord alliés des bosniaques face à l’attaque serbe, les croates se sont retournés en 1993 contre leurs anciens alliés musulmans dans l’espoir de créer une entité croate « pure » en Bosnie (République d’Herceg Bosna). Comme l’ont fait les serbes, l’armée du conseil de défense croate (HVO) a massacré, violé, déporté, terrorisé les populations civiles bosniaques non croates [3]. Mostar a ainsi été l’épicentre de combats entre les deux armées pendant presque un an. Citons un extrait du remarquable texte d’Etienne Madranges, avocat et ancien magistrat [4] :

« L’une de ses six républiques nées à la suite de la dissolution de la Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine, proclame son indépendance en 1992. Sa population est diversifiée : Serbes orthodoxes, Bosniaques musulmans, Croates catholiques. Les nationalismes y sont exacerbés. Elle va subir une guerre qui fera environ 100 000 morts. Les forces serbes et croates lancent en effet une offensive contre les musulmans dans ce qu’il est convenu d’appeler « le nettoyage ethnique ».

Mostar est le théâtre d’un siège impitoyable en 1993. D’innombrables habitants des quartiers non croates sont arrêtés et exterminés. Les mosquées et les édifices emblématiques sont systématiquement détruits. Des crimes abominables sont commis. L’un des enjeux du conflit est le Vieux Pont de Mostar, symbole du multiculturalisme balkanique. »

Destruction du Stari Most par un char croate de l’HVO le 8 novembre 1993. Image extraite du film de l’UNESCO [5]

Le pont est finalement détruit par les forces du conseil de défense croate (HVO) le 9 novembre 1993, dans le but d’interrompre les passages bosniaques et empêcher le ravitaillement en vivres et munitions de l’enclave musulmane isolée. L’émotion internationale est vive :

« Un chef d’œuvre coule. Une part d’humanité s’écroule. » [4] 

Les enregistrements vidéo de cette catastrophe sont consultables en ligne dans le film que l’UNESCO a consacré au pont de Mostar, sa destruction et sa reconstruction [5].

Car le pont a été reconstruit, presqu’à l’identique, sous l’égide de l’UNESCO, avec le soutien financier de la banque mondiale, des autorités locales, de l’Italie, les Pays Bas, la Croatie et du conseil de l’Europe. Les travaux ont commencé en juin 2001, utilisant les techniques originelles et des équipes mixtes, bosniaques et croates [6]. Le « nouveau vieux pont » a été inauguré le 22 juillet 2004 et classé au patrimoine mondial l’UNESCO en 2005.

En 2013, six membres du commandement de l’HVO croate ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité par le Tribunal Pénal International de l’ex-Yougoslavie (TPIY), pour les exactions commises sur les civils bosniaques musulmans. La destruction du pont de Mostar était également à l’ordre du jour du procès. En première instance, les juges du TPIY ont estimé que sa destruction « était disproportionnée aux gains militaires obtenus. Il s’agit donc d’un acte illégal et, en l’espèce, d’un crime de guerre ainsi que d’un crime contre l’humanité, s’agissant « d’un acte sous-jacent de persécutions pour des motivations politiques, raciales ou religieuses » » [7]. Ce jugement a été annulé en appel, la destruction du Vieux Pont a été finalement considérée comme un objectif militaire, ne justifiant en soi aucune sanction pénale [4] [7].

Photographie du quartier du « Nouveau vieux pont » de la vieille ville de Mostar en 2011. Photo et Copyright : © Silvan Rehfeld   whc.unesco.org/fr/documents/120230

Symbole de la réconciliation entre bosniaques et croates, le pont reconstruit n’a pas effacé toute défiance, rancœur, ou hostilité entre les deux communautés qui, bien qu’à nouveau physiquement réunies de part et d’autre de la rivière, ne se mélangent ni ne fraternisent [2]. Les tensions se retrouvent au niveau de l’état bosniaque, l’équilibre intercommunautaire y est fragile malgré une co-présidence tripartite (un serbe, un croate et un bosniaque).

Comme les bouddhas de Bâmiyân détruits à l’explosif par les talibans afghans, les mausolées de Tombouctou détruits à l’explosif par les djihadistes du Sahel, les temples de Palmyre partiellement détruits à l’explosif par daesh, n’oublions pas le pont de Mostar.

Pierre commémorative sur le pont reconstruit. Source et  Copyright : [2]

Liens et références :

  1. Site de la société HEPOK. https://hepok-mostar.ba/en/home-2/ ).
  2. Site Monuments du monde. Histoire du pont de Mostar. https://www.merveilles-du-monde.com/Pont-de-Mostar/Histoire-du-pont-de-Mostar.php).
  3. Aline Cateux. Mostar : la guerre de 1992 n’a pas eu lieu. Invisibilisations et conséquences. Revue Historique des Armées 2022/1, N° 304, p 41-52. https://shs.cairn.info/revue-historique-des-armees-2022-1-page-41?lang=fr
  4. Etienne Madranges. La destruction du pont de Mostar : crime contre l’humanité ou simple acte de guerre ? Journal Spécial des Sociétés, Chronique n°266, 10 août 2025. https://jss.fr/post/La_destruction_du_pont_de_Mostar_:_crime_contre_l-humanite_ou_simple_acte_de_guerre_-6098. Extraits reproduits avec l’aimable autorisation de l’auteur et de M. Cyrille de Montis, rédacteur en chef.
  5. Le Vieux Pont de Mostar: un Symbole d’Espoir. Film UNESCO publié sur Youtube le 24 avril 2018 (https://www.youtube.com/watch?v=oXeLn5ZQVSw)
  6. La reconstruction a été réalisée sous la supervision d’un français, le Pr Léon Pressouyre (1935-2009), historien spécialiste de l’art médiéval, ancien maître de recherches au CNRS et ancien vice-président de la Sorbonne. https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Pressouyre
  7. Pierre Hazan. La destruction du Vieux Pont de Mostar est-elle un crime de guerre ? Justiceinfo.net. Publié le 10/12/2017. https://www.justiceinfo.net/fr/35704-la-destruction-du-vieux-pont-de-mostar-est-elle-un-crime-de-guerre.html
Timbres-poste montrant les différentes époques du Vieux Pont de Mostar. 1. 1452, avant la construction du pont, simple passerelle en bois ; 2. Timbre de 1906, la Bosnie Herzégovine fait partie de l’empire austro-hongrois ; 3. 1966, timbre de l’époque yougoslave commémorant les 500 ans de la construction du pont ; 4 :2006, le pont reconstruit. Noter que le timbre commémoratif (cinquantenaire de la première édition Europa-CETP en 1956) provient de la république serbe de Bosnie Herzégovine !

© Texte posté le 03/01/2026

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Les 175 ans de Hermann Müller

Une étiquette sobrissime, un nom énigmatique :  175 M-T. Il ne s’agit pas de célébrer la sortie d’un nouveau canon de 175 mm [1] ni d’une moto trial de 175 cm3.

Mais de célébrer, en cette fin d’année 2025, le 175è anniversaire de la naissance de Hermann Müller, l’inventeur du cépage Müller-Thurgau (M-T) [2]. Peu connu en France, le Müller-Thurgau est un cépage très répandu en Allemagne (environ 11 000 hectares, soit 10,6 % de la superficie totale du vignoble), en Suisse alémanique, en Autriche et au Luxembourg. On le cultive aussi en Belgique, Italie (Haut Adige, Dolomites), Hongrie, Slovénie, Croatie, Nouvelle Zélande, … et en France dans l’AOC Moselle.

Hermann Müller (1856-1927)

Hermann Müller est né le 21 octobre 1850 à Tägerwilen, village allemand proche de Constance, dans une famille de boulangers et de vignerons.

Professeur de sciences, il a ensuite dirigé la station expérimentale de physiologie végétale de l’Institut de recherche de Geisenheim, près de Mayence, de 1876 à 1890. En 1882, il crée un nouveau cépage à partir du croisement de ce qu’il pensait être du Riesling et du Silvaner.

C’est de cette confusion que provient le nom de Rivaner souvent donné à ce cépage (en Suisse ou au Luxembourg) ou de noms plus ou moins dérivés : Rivana en Autriche, Riesling-Sylvaner ou Riesling-Silvaner en Suisse et Nouvelle Zélande, Rizlingszilváni en Hongrie, Rizvanac en Croatie, Rizvanec en Slovénie [3] [4].

Etiquette de Rivaner de la Moselle Luxembourgeoise des années 1970-80, avec l’indication du croisement de cépages erroné

En réalité, le Müller-Thurgau est un croisement entre le Riesling et la Madeleine Royale, cépage rare lui-même issu d’un croisement naturel entre le Pinot Noir et le Frankenthal (raisin noir de table ou de cuve qui prend aussi les noms de Trollinger en Allemagne, Vernatsch au Tyrol du Sud, Schiava grossa en Italie, Chasselas de Jérusalem, Gros bleu, prince Albert en France…). Vous suivez ?

Au royaume des cépages, les noms sont aussi un voyage … [5]

Le Müller-Thurgau B est donc un cépage à raisins blancs issu d’un croisement Blanc x Noir. Au départ, il n’eut aucun succès. Aussi, quand on proposa en 1891 à Hermann Müller de fonder un institut de recherche en Suisse, à Wädenswil dans le canton de Zurich, il emporta ses nouveaux cépages, sans plus de succès. A sa mort en 1927, toujours pas de débouché ni d’exploitation pour ce qui ne s’appelait pas encore le Müller-Thurgau.

Ce serait finalement grâce à un de ses employés que le succès est arrivé. Selon certaines sources, dont le site du producteur suisse de notre étiquette M-T 175 [2], cet employé a rapporté en 1913 des plants en Allemagne, à l’Institut de recherche de Geisenheim, et a baptisé le cépage « Müller-Thurgau » en hommage à son créateur, Hermann Müller, et au canton suisse de Thurgovie (Thurgau en allemand), qui borde le lac de Constance.

D’autres sources font état d’un retour illégal du cépage Müller-Thurgau en Allemagne en juillet 1925, à Immenstaad sur la rive du Lac de Constance, à la suite d’un trafic de contrebande opéré par un certain Jean-Baptiste Röhrenbach à l’aide de pêcheurs du lac [6] [7].

Dans tous les cas, des expérimentations ont été menées en Allemagne et en Suisse de part et d’autre du lac de Constance, aboutissant à une exploitation commerciale dans les années 1950 et un succès grandissant dans les années 1970.

Deux pays, deux noms pour le même cépage

La raison du succès ? Le Müller-Thurgau est facile à cultiver, offre des rendements élevés, et s’adapte facilement aux zones septentrionales ou froides en raison de son cycle court. A la dégustation, il produit un vin harmonieux, facile à boire, avec un fruit frais et une acidité équilibrée. C’est ce qui en a fait un vin de prédilection des vignerons depuis le milieu des années 1970, supplantant des cépages plus exigeants comme le Riesling ou le Silvaner.

Mais après l’apogée des années 1960 à 1990, pendant lesquelles il était le cépage le plus cultivé en Allemagne, le Müller-Thurgau connait un déclin. Pour les raisons inverses à celles qui ont fait son succès : diminution de la consommation globale de vin, effondrement de la consommation de vins de qualités intermédiaire ou inférieure, augmentation des importations de l’étranger de vins courants et peut-être une sensibilité aux maladies qui le rend vulnérable en bio, bien que plusieurs domaines fassent du vin bio 100% Müller-Thurgau. En France, 20 hectares étaient plantés en Müller-Thurgau en 2018 (moins de 10 hectares en 2000) [3]. Il fait partie, avec l’auxerrois, le pinot gris et le pinot noir, des 4 cépages principaux de l’AOC Moselle, créée en 2011 et dont 60% de la production est en bio [8].

Hermann Müller a également contribué à de nombreuses avancées dans la recherche viticole. Il a étudié la biologie florale de la vigne, le métabolisme des plantes, les maladies comme le mildiou et les mécanismes de fermentation alcoolique. Il est également considéré comme un précurseur de l’industrie moderne des jus de fruits. Plusieurs expositions et manifestations lui ont rendu hommage en 2025, en particulier autour du lac de Constance [6] et du lac de Zurich [9].

Liens et références :

  1. Un canon de 175 mm a bien existé.  Le canon autoporté M107 de 175 mm (6.9 inches) a été utilisé par l’armée américaine des années 1960 à la fin des années 1970, et par d’autres armées jusqu’en 2024.
  2. Site du domaine viticole suisse 8247, producteur de la cuvée M-T 175 de notre étiquette. https://www.8247.ch/2025/06/12/jubilaeumswein-zum-175-geburtstag-von-hermann-mueller-thurgau/
  3. Catalogue des vignes cultivées en France. Site PlantGrape du centre INRAE de Montpellier. https://www.plantgrape.fr/fr/varietes/varietes-a-fruits/179
  4. Site « Les cépages » dirigé par Raymond Groeninger. Site internet :  http://www.lescepages.fr . Sur Twitter : https://twitter.com/comagri_france. http://lescepages.free.fr/muller_thurgau.html
  5. Dix-sept Syllabes / C’est bien mais insuffisant / Pour un vrai Haiku !
  6. Anniversaire du vin 2025 – 100 ans de Müller-Thurgau sur le lac de Constance. https://www.bodensee.eu/de/was-erleben/genuss/weinregion-bodensee/mts100
  7. Gabrielle Meton. Le müller-thurgau, ce cépage de contrebande devenu un vin de renommée internationale. L’Alsace, publié le 17 août 2025. https://www.lalsace.fr/magazine-cuisine-et-vins/2025/08/17/le-muller-thurgau-de-cepage-de-contrebande-a-vin-de-renommee-internationale
  8. Site de l’Organisme de Défense et de Gestion de l’AOC Moselle. https://www.vins-aocmoselle.fr/fr/le-vignoble.html
  9. Musée de la viticulture sur le lac de Zurich. Exposition spéciale : « Müller-Thurgau ». https://weinbaumuseum.ch/blogpost/sonderausstellung/?fbclid=IwY2xjawNGGaZleHRuA2FlbQIxMAABHuaJ-IZWId0rwsY19sxzzjTNQKIl6lkG-VMSQAWX3an1VUb0TI-4w2iiizmS_aem_u2KgAeFhzUL9mOx1ivOQKw

© Texte posté le 06/12/2025

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Clos du Chapitre, vins de chanoines

Cette étiquette de « Clos du Chapitre de Gevrey Chambertin, ancienne propriété des Evêques-Ducs de Langres« , est une véritable machine à remonter le temps. Et source de quelques interrogations. Elle va nous faire voyager dans le passé, nous éloigner un peu du monde du vin et de ses étiquettes, mais on y reviendra à la fin..

Langres au Moyen Âge, son évêque, son chapitre

Transportons-nous à Langres à la fin du Moyen Age, disons aux XIIIe – XIVe siècles. Langres, actuelle sous-préfecture de Haute Marne, belle ville fortifiée dont les remparts médiévaux enserrent de nombreux et anciens bâtiments ecclésiastiques, avait à cette époque un rayonnement tout particulier.

Vue de Langres au XVIIe siècle. Au premier plan, la Marne. Gravure de Johan Peeters Delin (vers 1660)

Langres est présentée par les historiens du Moyen Âge comme un modèle de seigneurie ecclésiastique. La puissance de l’église est alors très importante. Celle de l’évêque de Langres encore plus. Langres est un tous premiers évêchés primitifs de la Gaule gallo-romaine, fondé au IIème siècle, position éminente héritée de l’ancienne capitale des Lingons : Andematunum. Et c’est l’un des plus vastes. Il s’étendait sur une partie de la Champagne, de la Franche Comté et de la Bourgogne, alors duché indépendant rallié au Saint Empire germanique. Dijon, pourtant capitale des ducs de Bourgogne et résidence des évêques de Langres pendant plusieurs siècles, a dû attendre 1731 pour avoir son propre évêché. Dans une bulle de l’année 1439, le concile de Bâle soulignait l’importance du diocèse de Langres, qualifié, qualifié « d’insigne et de fameuse parmi les autres églises du royaume de France » [1].

Les seigneurs-évêques de Langres avaient aussi un pouvoir temporel fort. Issus de la haute noblesse, ils étaient proches du pouvoir royal, avaient acquis les titres de pairs de France (1216) et de ducs (1354) [2], comme le rappelle fort justement notre étiquette. L’évêque de Langres participait au sacre du roi de France à Reims avec une fonction protocolaire élevée.

Cependant, malgré ce haut rang, les évêques de Langres (comme la plupart des autres évêques d’ailleurs) ont de tout temps été confrontés à un contre-pouvoir local presque aussi puissant que le leur : le chapitre de « leur » cathédrale. A Langres, le chapitre de la cathédrale Saint Mammès [3].

Pilier gravé de la cathédrale Saint Mammès de Langres (© histoiresdetiquettes.com)

Les chanoines et leur chapitre

De nos jours, on a un peu oublié ce qu’étaient les chanoines, leurs fonctions, leur pouvoir, cette catégorie de religieux ayant été supprimée par la Révolution française [4]. Les chanoines étaient des membres du clergé (clercs) voués à la vie séculière le plus souvent, ce qui les différenciaient des moines [5]. Ils étaient rattachés à une cathédrale ou à une collégiale. Réunis en chapitre, ils avaient pour mission première d’assurer la liturgie, les prières et les chants lors de tous les offices. Au siège d’un évêché, ils avaient aussi la charge de toute l’intendance de la cathédrale et du diocèse : réparations des bâtiments, gestion des biens de l’évêché, conservation des manuscrits. Ils étaient également responsables des écoles (la totalité de l’enseignement était religieux) et des soins aux malades et indigents. A Langres, c’est le chapitre de la cathédrale St Mammès qui a créé le premier hôpital de la ville en 1201.

Les bâtiments et biens qui leur étaient dédiés, souvent leur propriété [6], étaient dits canoniaux par opposition aux bien épiscopaux de l’évêque. A cette époque, les chanoines de Langres étaient souvent (mais pas toujours) ordonnés prêtres et avaient quasiment toujours des sacrements majeurs (diacres, archidiacres). Et ils étaient le plus souvent (mais pas toujours) issus de la noblesse.

Le pouvoir du chapitre de Langres et de ses chanoines était immense. Comme le résume Hubert Flammarion [7]: « Durant le haut Moyen Âge, la situation (de Langres) est celle d’une polarité religieuse double, avec la cathédrale Saint-Mammès à Langres, et l’évêque en résidence à Dijon. (…) Le pouvoir sur la ville est partagé en deux, c’est une « co-seigneurie ecclésiastique ». Mais l’influence canoniale est prépondérante (…). Le chapitre domine la cathédrale et la ville. »

Le chapitre cathédral de St Mammès était, selon le même auteur, « une institution nombreuse, riche et puissante ». Au XIIIe siècle, il se composait de 48 chanoines (à peu près autant qu’à Paris), parmi lesquels 9 dignitaires : le Doyen, leur chef, élu par ses pairs, un chantre (normal, vu leur fonction première), un trésorier, 6 archidiacres en charge des paroisses des 6 territoires du diocèse, et les chanoines ordinaires. Le chapitre de Langres jouissait de privilèges particuliers, par exemple l’exemption de la juridiction épiscopale, temporelle et spirituelle, ainsi que celui d’élire l’évêque de Langres ! Ce privilège autoproclamé, jamais confirmé par le Pape, acquis par l’usage et l’accord tacite du Roi, a fonctionné pendant deux siècles (jusqu’en 1516) [6], hormis quelques exceptions.

Langres, évêché frontière

Par sa localisation géographique à la frontière entre le royaume de France, le duché de Bourgogne et l’empire germanique, Langres était à cette époque une ville stratégique, un évêché-frontière [7, 8].

En 1200, le roi de France est Philippe Auguste. A son accession au trône de France, le royaume de France n’est presque rien en comparaison des possessions de ses voisins-ennemis anglais ou germaniques. A la fin de son règne, la France que nous connaissons commence à se dessiner. Les deux cartes d’après Léon Mirot l’illustrent parfaitement (le domaine royal est en bleu, les domaines plutôt favorables à la couronne en vert foncé).

Sur les deux cartes, les possessions ecclésiastiques sont en jaune. On voit que l’une des plus étendue après le Comtat Venaissin, possession papale, est le fief du duc-évêque de Langres (flèche rouge à droite), juste avant ceux de l’archevêque de Reims et des évêques de Chalons, Laon, et Beauvais. Bien que proche du pouvoir royal, le fief de l’évêque de Langres était continuellement menacé d’être grignoté par ses voisins de l’« intérieur », les comtes de Champagne au nord, les ducs de Bar à l’ouest, qui étaient pourtant, comme les ducs de Bourgogne au sud, en partie ses vassaux. 

Les chanoines de Langres ont, eux aussi, toujours témoigné un soutien indéfectible au Roi de France. Cela s’est traduit en retour par « les bonnes grâces royales », selon Michel Legrand [1]« Il est remarquable que tous les rois de France depuis Philippe le Bel jusqu’à Louis XII aient exprimés par des « lettres gardiennes » la sauvegarde spéciale en laquelle ils entendent maintenir les chanoines de Langres ». Le chapitre de Langres a toujours bénéficié d’un fort soutien du pape, avec qui il avait des liens directs, court-circuitant souvent la hiérarchie ecclésiastique (évêque, archevêque de Lyon), surtout pendant les graves conflits qui ont l’ont opposé le chapitre à « son » évêque.

Les conflits entre évêque et chapitre de Langres

Comme le souligne Michel Legrand, le chapitre de Langres « n’échappe pas non plus à cette loi commune qui veut que les évêques soient en conflit perpétuel avec les chapitres de leurs cathédrales ; mais à Langres, cette animosité a pris des proportions singulières, notamment au xive siècle, sous l’épiscopat de Louis de Poitiers. » [1]

Troisième d’une série d’évêques imposés par le pape, Louis de Poitiers devient évêque de Langres en 1318, sans l’accord du chapitre. Son passage à Langres est décrit comme apocalyptique par l’abbé Mathieu : « Cet homme turbulent et emporté, plus propre à commander une troupe de brigands qu’à régir un diocèse, se porte à des violences inouïes envers son chapitre qui lui avait refusé les clefs de ses caves et de ses greniers. Outré de ce refus, il en fait rompre les portes, s’empare de force des vins, du froment et des provisions des chanoines, dont deux, Jean de Talant et Jean de La Chaume, expirent par suite des mauvais traitements qu’ils éprouvent. (…) Par un attentat inouï, cet homme furibond fait briser les portes de la Basilique, et dans l’excès d’une rage impie et sacrilège, il la pollue lui-même, puis il fait sonner les cloches et célébrer les redoutables mystères par des prêtres étrangers et indignes, qu’il avait fait venir à cette fin, sans qu’elle eût été auparavant réconciliée. Il jette dans les prisons tous les chanoines que ses sbires peuvent trouver, ordonne d’abattre les cloîtres, et de leurs débris fait reconstruire les murailles de la ville, à l’orient. (…) Les chanoines consternés se réfugient à Dijon et ont recours au roi, qui envoie des commissaires pour les réintégrer dans leur église et arrêter le mal. ».

Il faut les interventions conjointes d’autres chapitres cathédraux appelés au secours, du roi de France, d’un jugement du parlement de Paris pour que Louis de Poitiers soit condamné à réparation, et enfin du pape Jean XXII pour que le chapitre soit mis sous la juridiction directe du Saint Siège et que l’évêque de Langres soit transféré à Metz en 1325.

Ambiance … On remarquera que le vin est en partie à l’origine du conflit, le chapitre refusant de donner accès à ses caves et greniers à l’évêque et ses hommes. Deux chanoines en meurent, les autres emprisonnés. Il faut dire que, toujours selon Michel Le Grand, depuis « la fin du XIIe siècle – en 1179 exactement- a lieu à Langres un partage des biens entre l’évêque et le chapitre, qui équivaut à une séparation définitive des menses épiscopales et canoniales et à la création d’un domaine capitulaire particulier. Dès lors le chapitre va avoir une vie propre » [6]. Les prétentions de l’évêque à se servir dans les caves et greniers des chanoines étaient totalement illégales.

Vins, clos et domaines viticoles ecclésiastiques

Le vin est essentiel aux sacrements de l’église catholique. La culture de la vigne, la production de vins de qualité étaient consubstantielles de toutes les organisations religieuses et étaient inscrites dans la règle de St Benoit.  Chaque partie du pouvoir ecclésiastique possédait des vignes, la haute hiérarchie (du pape à l’évêque), les chapitres qui avaient le pouvoir financier et assuraient la logistique des diocèses, et les monastères. La Bourgogne était particulièrement riche en ordres monastiques (Cluny, Cîteaux) qui ont essaimé en Europe puis dans le monde entier avec leur savoir-faire viticole. Langres était un foyer cistercien (de Cîteaux).

En Bourgogne, les vignobles qui sont devenus ensuite les climats les plus célèbres ont été l’œuvre des moines ou des moniales [9, 10].  L’actuel clos de Vougeot, cité pour la première fois en 1212, a été patiemment constitué par l’abbaye de Cîteaux. Le clos de Tart, à Morey, est issu de la vente en 1141 d’un domaine viticole par les hospitaliers de Brochon à la jeune abbaye Notre-Dame de Tart, première maison féminine de l’ordre cistercien. Le clos Saint Vivant (actuel grand cru Romanée-Saint-Vivant) doit son nom au prieuré clunisien de Saint-Vivant de Vergy, fondé entre 894 et 918 qui avait des vignes à Vosne. Le clos de Bèze, à Gevrey Chambertin, doit son nom à l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Bèze, fondée en 630 à 30 km au Nord-Est de Dijon.

La première mention d’un clos à Gevrey appartenant à l’abbaye de Bèze figure dans un acte de 1219 par lequel les moines en grande difficulté financière cèdent leur clos aux chanoines de la cathédrale de Langres. Le Pr Jean-Pierre Garcia, de l’Université de Bourgogne, complète : « Par quelques autres achats de terres contigües, ils (les chanoines) parviennent à se rendre propriétaires d’un clos homogène d’environ 50 journaux qu’ils mettent en fermage à différentes associations de vignerons de Gevrey. » [10]. Ainsi, le chapitre de la cathédrale Saint Mammès de Langres a été propriétaire de l’actuel Chambertin Clos de Bèze de 1219 jusqu’à sa vente à un particulier en 1626, que le chapitre a bien regretté par la suite.

Au moyen âge, à coté de ses célèbres monastères et abbayes, la Bourgogne comptait 3 diocèses : Autun, cité romaine majeure et autre évêché bourguignon très ancien et puissant [5], Langres et plus tard Chalon sur Saône. Chaque évêque et chapitre cathédral possédait des vignes dans les meilleurs climats bourguignons voisins. Leurs zones d’influence étaient héritées de celles des anciennes tribus gauloises. Citons Jacques Bazin, historien local [11] :

« Le pouvoir, la richesse se trouve à Autun et à Langres, métropoles des Eduens et des Lingons. Jusqu’à la Révolution, les diocèses, les circonscriptions administratives et politiques, les zones d’influence économiques maintiennent les vieilles frontières celtes, situées entre Eduens et Lingons, entre Nuits et Gevrey. ».

Ou encore Henri Magnien [11]

« Il faut préciser que la paroisse de Gevrey se trouvait la dernière en place du diocèse de Langres en tirant vers la Sud, au pied de la Côte surplombant les vignobles puis la plaine en direction de l’Est vers la Saône. Le village de Morey St-Denis situé à 4 km au Sud dépendait du diocèse d’Autun, jusqu’en 1731, date de création du diocèse de Dijon. Cette démarcation reprenait exactement les limites des anciennes tribus gauloises Eduens et Lingons. »   

La répartition des vignes était donc schématiquement : pour Autun, la côte de Beaune et le sud de l’actuelle côte de Nuits ; pour Langres, le nord de l’actuelle côte de Nuits en remontant jusqu’à Dijon, alors plus grand domaine viticole de Bourgogne ; pour Chalon, la côte Chalonnaise et une partie du Mâconais.

Mais il y avait bien entendu des exceptions. Par exemple, le Chapitre d’Autun possédait des vignes à Chenôve, tout près de Dijon [5]. Inversement, le domaine de Blagny, contigu à Meursault au cœur de la Côte de Beaune, était la propriété du chapitre cathédral de Langres, qui en a fait don à l’abbaye cistercienne de Maizières en 1184. Le site du domaine actuel nous précise que « La grange alors installée par l’abbaye deviendra au cours du XIIIe siècle une de ses plus importantes ressources en vin. » [12].  Gevrey (qui deviendra Gevrey-Chambertin en 1847) a été du XIIIe siècle jusqu’à la Révolution sous la double autorité des abbés de Cluny (abbaye bien plus éloignée que celle de Cîteaux), seigneurs du territoire de Gevrey, et de Langres (évêque et chapitre), la paroisse de Gevrey relevant du diocèse de Langres [11].

Le Clos des Langres (qui aurait pu s’appeler clos du chapitre de Langres), actuel monopole du Domaine d’Ardhuy, a été planté par les moines de Cluny mais tient son nom « de l’inscription de la propriété au chapitre de la Cathédrale de la ville de Langres à partir du Xe siècle » [13]. Cet excellent vin d’AOC/AOP Côtes de Nuits villages est situé à Corgolin, bien au sud de la frontière entre les diocèses de Langres et Autun, sur la zone d’influence d’un autre chapitre, celui de la collégiale de Saint Denis de Vergy. A côté des chapitres cathédraux, il y avait localement deux chapitres collégiaux importants, par exemple ceux de la collégiale de Beaune et de la collégiale Saint Denis de Vergy au diocèse d’Autun (voir carte ). Ces deux cartes issues des travaux de Jean-Pierre Garcia, Guillaume Grillon et Thomas Labbé [14], de l’université de Bourgogne, illustrent la complexité et l’intrication des possessions de clos et celliers ecclésiastiques en Bourgogne au Moyen Âge.

Source : JP Garcia, G Grillon, T Labbé. Terroirs, climats … ou le vin et le lieu en Bourgogne. Terroirs et climats [14]. Reproduit avec l’aimable autorisation de Jean-Pierre Garcia.

On connait assez bien les propriétés du chapitre cathédral d’Autun au Moyen Âge, car elles ont fait l’objet d’un recensement détaillé établi en 1219 par le doyen du chapitre, Clérembaud de Châteauneuf. Dans son histoire des chanoines du chapitre cathédral d’Autun du XIe à la fin du XIVe siècle [5], l’historien Jacques Madignier nous transmet de précieuses informations issues de ce recensement.

En ce qui concerne les vignes du chapitre, « On distinguait quatre grands foyers : le premier était centré sur Chenôve, au sud de Dijon ; le second était localisé au nord de Beaune, à Aloxe, Echevonne ; le troisième s’étalait au sud de Beaune, à Volnay, Monthélie, Meursault, Meloisey ; le dernier occupait les abords de la basse valée de la Dheune, à Perreuil, Sampigny, Dezize-lès-Maranges et au-delà à Saint-Aubin et Baubigny. » (carte ci-contre et [15]) . La surface estimée des vignes directement contrôlées par le chapitre était de « 700 ouvrées, soit une trentaine d’hectares », et la production annuelle de « sept cent cinquante à huit cents muids de vin, soit plus de 1800 hectolitres » (un muid de vin équivalait à 228 litres) [5]

Source : Pr Jacques Madignier. Les chanoines du chapitre cathédral d’Autun du XIe siècle à la fin du XIVe siècle. Editions Dominique Gueniot / Liralest. (reproduit avec autorisation)

Les clos du Chapitre actuels

Résumons : les chapitres et leurs chanoines étaient riches, localement puissants, ils avaient la haute main sur toutes les aspects matériels du diocèse, bâtiments, propriétés foncières, enseignement, soins hospitaliers, et avaient des liens étroits, en particulier financiers, avec les paroisses et les monastères du diocèse. A ce titre, ils exerçaient un contre-pouvoir à celui de l’évêque, avec qui les rapports étaient souvent tendus voire conflictuels. De plus, les biens de l’évêque et du chapitre étaient indépendants depuis le XIIe siècle.

Pour en revenir à notre étiquette de Gevrey-Chambertin, il parait difficile dans ce contexte d’imaginer qu’une vigne dénommée Clos du Chapitre eût été la propriété de l’évêque et non du chapitre lui-même. A moins qu’à une période antérieure à 1179, l’évêque ait donné des terres au Chapitre de sa cathédrale, ou encore que les biens ecclésiastiques aient été répartis entre le chapitre et l’évêque dans le cadre de la co-seigneurie, comme cela a été bien documenté dans le cas de Saint Malo [16]. Ventes, dons ou transferts divers (en particulier depuis la réforme grégorienne) de propriétés agricoles et donc de vignes entre seigneurs, évêques, chapitres, monastères, prieurés ont été continus durant plusieurs siècles.

Carte postale ancienne de l’église et du clos du chapitre de Gevrey-Chambertin

Le Clos du Chapitre de Gevrey-Chambertin est aujourd’hui classé en 1er cru. Etonnamment, ce clos n’est pas cité parmi les climats de Gevrey par le Dr Jules Lavalle dans son Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’Or (1855) [17].

Il subsiste quelques autres Clos du Chapitre en Bourgogne et en Beaujolais, témoins d’anciennes possessions viticoles de chapitres cathédraux, collégiaux ou abbatiaux.

S’il ne cite pas celui de Gevrey, Jules Lavalle cite deux vignes à Chenôve-les-Dijon, Le Chapitre et le bas chapitre, visibles sur cette carte de 1891. Comme on l’a vu, ils ont été la propriété du chapitre de la cathédrale Saint Lazare d’Autun pendant plus de mille ans, entre 653 (donation de l’évêque d’Autun au chapitre) et 1789 (saisie comme bien national).

Carte de Chenôve de 1861, Le clos « Le chapitre » et les anciens bâtiments du chapitre sont bien identifiés, pas loin du Montrecul (merveilleux Bourguignons qui font voisiner un clos millénaire d’austères chanoines et une parcelle au nom rabelaisien, dont la pente ouvrait quelques perspectives intéressantes, mais ancienne propriété des ducs de Bourgogne quand même ! Voir aussi notre article sur la pucelle et la putain)

Une petite parcelle de 8 hectares a survécu à l’urbanisation de cette commune, dont le passé viticole a été important avant le XIXe siècle [18] et qui est maintenant « conurbée » avec Dijon. Le clos millénaire jouxte les HLM des années 1960.

Vendanges au clos du Chapitre de Chenôve, octobre 1978

Les vins sont commercialisés sous le nom de Bourgogne clos du chapitre ou Bourgogne Le chapitre, cette parcelle de Chenôve étant la seule, avec le célèbre Montrecul voisin, a pouvoir indiquer son nom à côté de l’appellation Bourgogne. Depuis 2019, les vins de Chenôve peuvent aussi être aussi vendus sous l’appellation Marsannay, on trouve donc du Marsannay Clos du Chapitre (ex. domaine Sylvain Pataille) issu de la même parcelle.

Le Clos du Chapitre d’Aloxe Corton, actuel 1er cru, a été une autre propriété viticole majeure du chapitre cathédral d’Autun, comme le rappelle sans ambiguïté cette étiquette de la maison Louis Latour. La date de 1550 reste énigmatique, les documents anciens attestent la donation au chapitre d’Autun d’un domaine viticole situé à Aloxe avant l’an 858 [5, 19].  

Pas d’ambiguïté non plus pour le Clos du Chapitre de Fixin, également 1er cru.  Si la Perrière était cistercienne, le Chapitre et les Arvelets appartenaient au chapitre de Langres [20, 21].

Pas de chanoines en revanche pour ce Clos du Chapitre de l’appellation Viré-Clessé dans le Mâconnais, dont l’étiquette nous apprend qu’il était propriété des moines de Cluny.  A côté de Cîteaux, dont les vignobles s’étendaient plutôt dans l’actuelle cote de Nuits, Cluny était l’autre pôle monastique majeur du Xe au XIIIe siècle. Son vignoble s’étendait du beaujolais à la côte de Beaune (mais comme on l’a déjà vu, à la suite de donations, l’abbé de Cluny était devenu seigneur de Gevrey [11, 22], rien n’est simple en Bourgogne…). Ce Clos du Chapitre n’appartenait pas à un collectif de chanoines cathédraux comme les précédents, mais à un monastère. Ceux-ci avaient aussi leurs chapitres, qui désignaient dans ce cas les « assemblées générales » que les moines organisaient périodiquement au sein de leur communauté. Ainsi, le chapitre général de Cîteaux réunissait annuellement plusieurs centaines d’abbés venant de toute l’Europe (l’ordre comptait environ 600 abbayes au début du XIIIème siècle), ce qui n’était pas sans créer des difficultés logistiques d’acheminement et d’hébergement, ainsi que financières [23]. Les moines réservaient peut-être leur meilleure production ou parcelles pour célébrer ces importants chapitres ?

On trouve d’autres Clos du Chapitre pour les appellations Mercurey et Rully en côte chalonnaise et Saint Amour en Beaujolais (ancienne propriété du chapitre de la cathédrale Saint Vincent de Mâcon) .

Une mention spéciale pour Mercurey qui perpétue le souvenir de la dualité évêque/chapitre cathédral en accueillant à la fois un Clos l’Evêque, ancienne propriété de l’évêque de Chalon (au XVIe siècle) et un Clos du Chapitre, probablement une ancienne propriété des chanoines de la cathédrale Saint Vincent de Chalon sur Saône.

Notes, liens et références :

  1. Michel Le Grand. Le chapitre cathédral de Langres de la fin du XIIe siècle au concordat de 1516. Revue d’histoire de l’Église de France, année 1930, 73 pp. 502-532 https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1930_num_16_73_2558
  2. Parcours Langres et son pays. https://langres.fr/wp-content/uploads/2023/06/PARCOURS-LANGRES-BD.pdf
  3. Mammès était un martyr grec dont les reliques ont été déposées dans la cathédrale de Langres au VIIIe siècle
  4. De nos jours, le titre de chanoine est honorifique, conféré par l’évêque à titre de retraite ou de récompense à des prêtres au parcours particulièrement méritant. Un des plus connus est le chanoine Felix Kir (1876-1968), prêtre bourguignon, ancien résistant, homme politique, ancien député et maire de Dijon, qui a popularisé le blanc-cassis qui porte son nom. Un autre titre de chanoine laïc, moins connu bien que traditionnel, est dévolu au président de la République française, « premier et unique chanoine d’honneur » de la Basilique de Saint Jean de Latran, dans la continuité des rois de France depuis Henri IV.
  5. Jacques Madignier. Les chanoines du chapitre cathédral d’Autun du XIe siècle à la fin du XIVe siècle. Éditions Dominique Guéniot, Langres, 2011. Et https://journals.openedition.org/cem/1500 (résumé).
  6. Michel Le Grand. Le chapitre cathédral de Langres. Son organisation et son fonctionnement, de la fin du XIIe siècle au concordat de 1516. Revue d’histoire de l’Église de France. Année 1929, 69, pp. 431-488. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1929_num_15_69_2522
  7. Hubert Flammarion. Les chanoines, l’évêque, la ville : l’exemple de langres du XIe au XIIIe siècle.https://crulh.univ-lorraine.fr/sites/default/files/users/user921/Flammarion.pdf
  8. Aux origines d’une seigneurie ecclésiastique. Langres et ses évêques VIIIe-XIe siècles ». Société historique et archéologique de Langres. Actes du colloque Langres-Ellwangen, Langres, 28 juin 1985.
  9. Jean-Pierre Garcia. Climats des vignobles de bourgogne comme patrimoine mondial de l’humanité. Édition Presses Universitaires de Dijon, Dijon 2011.
  10. Guillaume Grillon, Jean-Pierre Garcia, avec contribution de Charlotte L’Hermitte. La construction historique du site des Climats. Les parcours thématiques des climats, Parcours historique Nord Sud. Site des vins de Bourgogne. https://www.vins-bourgogne.fr/visites-en-bourgogne/les-incontournables/les-parcours-thematiques-des-climats/gallery_files/site/2962/2963/41223.pdf
  11. Gilles Martin. Histoire de Gevrey en ‘parcelles’ Site Monocépages. https://monocepage.com/histoire-de-gevrey-en-parcelles/ . Les citations de Jacques Bazin, Histoire de Gevrey-Chambertin (1961) et d’Henri Magnien (1926-2016) en sont extraites.
  12. Site du Domaine Chapelle de Blagny, Hameau de Blagny, 21190 Puligny-Montrachet. https://www.chapelledeblagny.vin/fr/notre-domaine.html
  13. Site du domaine d’Ardhuy, 21700 Corgoloin. Clos des Langres monopole. https://www.ardhuy.com/vins/le-clos-des-langres-monopole-rouge
  14. Jean-Pierre Garcia, Guillaume Grillon, Thomas Labbé. Terroirs, climats … ou le vin et le lieu en Bourgogne. Terroirs et climats, pp.42-48, 2017, halshs-01574896. Association Pontus de Tyard et HAL-SHS (Archive Ouverte du CNRS des sciences humaines et sociales). https://shs.hal.science/halshs-01574896v1
  15. Jacques Madignier, Sampigny-lès-Maranges, Histoire millénaire d’un village viticole bourguignon,édition Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, 2026
  16. Henri G. Gaignard. Connaître Saint Malo. Editions Fernand Lanore, Paris 1973. Citation : « Les revenus seigneuriaux étaient répartis entre le chapitre et l’évêque, ainsi qu’en avait décidé Jean de Châtillon lorsqu’en 1152 il avait institué la Co-seigneurie ou Seigneurie commune, en même temps que l’Insigne Chapitre. »
  17. Jules Lavalle, Joseph Garnier, Emile Delarue. Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’Or. Dusacq, Paris, 1855.
  18. Henri Marc. Histoire de Chenôve près Dijon. Darantière, Dijon, 1893. Réédition Laffitte reprints, Marseille, 1980. Chenôve abrite toujours les pressoirs des ducs de Bourgogne, deux anciens pressoirs construits en 1236, les plus grands et les plus anciens « treulx » de la région avec ceux du Clos Vougeot. https://chenove.fr/les-pressoirs-des-ducs-de-bourgogne
  19. « Le premier acte signalant la présence des chanoines autunois à Aloxe date de 858, dans une donation de l’évêque Jonas au profit de l’Église d’Autun, plus précisément au profit des chanoines et clercs de la cathédrale Saint-Nazaire. L’acte de donation concernait le legs des biens et droits de la villa de Sampigny, ainsi que des biens à Marcheseuil aux marges de l’Auxois. Le même acte confirmait la donation effectuée antérieurement à Aloxe. (Voir A. de Charmasse, Cartulaire de l’Eglise d’Autun, vol. 1, pp. 32-34.). Le second document date de 1289. Il est extrait de la vaste enquête entreprise par le doyen du chapitre cathédral Clérembaud de Châteauneuf concernant tous les biens et redevances que le chapitre possédait à cette date (AD21, G 748). Plusieurs feuillets sont consacrés au domaine capitulaire d’Aloxe » (Communication personnelle du Pr Jacques Madignier)
  20. Site de l’INAO. https://www.inao.gouv.fr/node/33921/printable/print
  21. Site du domaine Pierre Gelin, 21220 Fixin. https://www.domaine-pierregelin.fr/vin-fixin-gevrey-chambertin/vin-fixin-terroir.html
  22. Site de la ville de Gevrey-Chambertin. Histoire du château de Gevrey. https://ville-gevrey-chambertin.fr/un-peu-dhistoire/#:~:text=Le%20Ch%C3%A2teau%20de%20Gevrey%2DChambertin&text=En%201257%2C%20l’abb%C3%A9%20de,se%20poursuivra%20jusqu’en%201275.
  23. François Poillotte. Garnier II de Rochefort, évêque de Langres : Société archéologique et historique du Châtillonnais – Archéologie et histoire à Chatillon sur Seine. http://sahc21.org/garnier-ii-de-rochefort-eveque-de-langres/

© Texte posté le 23/11/2025

Pour Yves et Isabelle Naizot, très affectueusement

Remerciements au Pr Jean-Pierre Garcia et au Pr Jacques Madignier, de l’université de Bourgogne, pour les informations complémentaires et l’accord pour reproduction de leurs cartes.

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours une application d’intelligence artificielle générative.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Un cépage rare, l’Egiodola

Rien, en apparence, ne fait apparaitre l’originalité de cette étiquette de cuvée Les Quartz du château de la Mercredière, domaine ancien et renommé du Pallet en Loire Atlantique (44330).

L’originalité est cachée dans le cépage de ce vin de France rouge, produit dans la zone du Muscadet de Sèvre et Maine [1]. Lors de l’achat de la bouteille, j’ai demandé par curiosité au vendeur quel en était le cépage, il m’a répondu « Egiodola » … Egio quoi ? EGIODOLA ! Mais quel est donc ce cépage ?

Bien que son nom évoque une origine ibérique, ce cépage rare dit « métis », est d’origine française. Il a été créé avec beaucoup d’autres par Pierre Marcel Durquety, d’origine basque, chercheur en agronomie à Bordeaux .

Agorra,… Arinarnoa, … Arriloba, … Ederena, … Egiodola, … Ekigaïna, … Liliorila, … Odola, … Perdea, … Semebat.

Pour chaque nouveau cépage, P.M. Durquety a inventé un nom original, souvent par néologisme de forme construit à partir de mots de langue basque qui ne s’assemblent pas habituellement dans l’écriture courante, mais qui une fois associés prennent un nouveau sens.

L’Egiodola, sang pur ou pur-sang ?

Ainsi, Egiodola signifie « le sang pur » ou « le sang véritable », d’egi « la vérité ou la pureté » et odola « le sang » en langue basque. C’est un cépage de cuve noir créé en 1954, homologué en 1978 (numéro de clone 600), issu du croisement des cépages Abouriou, originaire du Lot et Garonne, et Tinta da Madeira, venant comme son nom l’indique de l’ile de Madère.

Agorra est un cépage blanc dont le nom signifierait« épuisé ». Arinarnoa signifie le « vin léger », Arin étant la « légèreté, une chose agréable ou versatile » et arnoa « le vin ».  Arriloba signifierait « le neveu de pierre » (Harri « pierre » et loba « neveu »).

Ederena signifie « le plus beau » et Ekigaïna « soleil haut », même origine que mot basque Ekaina pour le mois de juin.  Liliorila signifie probablement « la fleur jaune », de lili horiaLili « fleur » et horia la couleur « jaune ».

Perdea (comme Odola et Agorra) n’est pas un nom composé, c’est une des formes de Basque désignant la couleur verte. Semebat signifie « un fils », de Seme « fils » et de bat correspondant au chiffre « un » [2].

Pierre-Marcel Durquety

Pierre Marcel Durquety (1923-2016) est un ingénieur agronome issu de l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie (aujourd’hui institut agronomique) de Montpellier. Chercheur à l’INRA de Bordeaux , à la station du Sud-Ouest basée dans le domaine de la Grande Ferrade [3], il a fait de nombreuses recherches sur les maladies de la vigne et sur la création de nouveaux cépages. Entre 1950 et 1980, il a testé de multiples croisements intraspécifiques (c’est-à-dire deux variétés d’une plante d’une même espèce, en l’occurrence vitis vinifera). Parmi eux, l’Egiodola créé en 1954 et les cépages aux noms « basques », détaillés dans le tableau suivant.

Pierre-Marcel Durquety
reproduit avec autorisation © Jean Durquety.

Le but était de trouver des cépages productifs, qualitatifs pour le vin, et résistants aux maladies pour remplacer les cépages peu qualitatifs qui avaient été plantés dans les suites de la crise du phylloxéra.  Sept variétés, 4 rouges et 3 blancs, ont été inscrites officiellement au catalogue des cépages [2]. La plupart s’avèrent assez résistants et adaptés aux changements climatiques récents. En 2020, deux des créations de P.M. Durquety, l’Arinarnoa en rouge et le Liliorila en blanc, ont fait partie des 6 nouveaux cépages autorisés par l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) pour un test à grande échelle dans le Bordelais (4500 vignerons des appellations Bordeaux et Bordeaux supérieur) à des fins d’adaptation du vignoble [4].

A la découverte de l’Egiodola

L’Egiodola est autorisé en France pour faire du vin dans les départements de l’Ardèche, Aude, Aveyron, Corse, Gers, Gironde, Hérault, Landes, Loire-Atlantique, Lot, Lot-et-Garonne, Maine-et-Loire, Nièvre, Pyrénées Atlantiques, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne et Var. Sa surface de production est très réduite, 300 hectares en 2004. L’Egiodola donne un vin coloré et très aromatique, assez charpenté, généreux, tannique, avec des notes poivrées et épicées. Il se prête bien aux vins de primeur ou aux vins rosés.

L’Egiodola est souvent utilisé en coupage mais on trouve des cuvées 100% Egiodola rouge ou rosé en Loire Atlantique (au moins 7 producteurs), dans le sud-ouest (au moins 3 producteurs) et dans le Languedoc Roussillon. Les surfaces sont réduites, par exemple 1 ha pour la cuvée Les Quartz du château de la Mercredière qui a motivé cet article [1], entre 0,5 et 1,1 ha pour les autres domaines cités plus loin.  Il s’agit donc de cuvées très confidentielles. L’Egiodola est également cultivé au Brésil [5, 6] et en Suisse [7].

Cuvées d’Egiodola du Brésil (à gauche) et de Suisse (à droite)

Si vous voulez découvrir d’autres vins français 100% Egiodola, vous pourrez en trouver chez les producteurs suivants (liste non exhaustive) :

En Loire Atlantique, Domaine de la Noë, vignobles Drouard à Château-Thébaud  (44690, IGP Val de Loire, uniquement en rosé) ; Domaine de la Chevrue de Yannick Leblé à Vertou (44120, 1,1 ha d’Egiodola décliné en 4 vins rosé, rosé demi sec, rouge et pétillant) ; Domaine Les Hautes Noëlles à Saint Léger les Vignes (44170, 2000 bouteilles d’une cuvée Pléroma, IGP Val de Loire Rouge) ; Domaine Nicolas Suteau à la Remaudière (44430, 0,5 ha d’Egiodola proposé en rosé sec ou en rouge cuvée Le Rouge, et aussi une cuvée Caelia d’Egiodola/Pinot noir) ; La ferme des confluences, de Thomas Foubert, à Saint-Fiacre-sur-Maine (44690, rosé Egiodola IGP Val de Loire)  ; Domaine Bouchaud, Pierre-Luc et Valérie, également à Saint-Fiacre-sur-Maine (cuvée l’Egérie rosé) ;

Cuvées d’Egiodola de Loire Atlantique

En région Occitanie, Domaine de Revel à Vaïssac (82800, zone d’appellation Coteaux du Quercy, cuvée Revel’ation 100% Egiodola, IGP Comté Tolosan) ; Domaine Philémon à Villeneuve-Sur-Vère  (81130, zone d’appellation Gaillac, cuvée Egiodola produite en primeur) ; Cave des vignerons de Tursan / Cave des vignerons des Landes à Geaune (40320, cuvée rouge Exception 100% Egiodola, IGP Coteaux de Chalosse) ; Chateau de Brau à Villemoustaussou dans l’Aude (Cuvée Pure Egiodola, IGP Aude).

Cuvées d’Egiodola d’Occitanie

Il en existe probablement d’autres encore mieux cachés… Attention, les cuvées d’Egiodola citées, même si elles existent ou ont existé, ne se retrouvent pas toujours sur les sites internet des producteurs, il est donc préférable de les contacter directement.

Liens et références :

  1. Site du château de la Mercredière. Cuvée Les Quartz rouge ou rosé, 100% Egiodola  https://www.lamercrediere.com/nos-vins
  2. Pour chacun des cépages crées par P.M. Durquety, voir le site de l’ENTAV-INRA https://selections.entav-inra.fr/fr  et les sites wikipédia.fr correspondants.
  3. En 1921, à la création de l’INRA, La station du Sud Ouest a été constituée au domaine viticole de la Grande Ferrade, actuellement en AOP Pessac-Léognan. https://uevb.bordeaux-aquitaine.hub.inrae.fr/l-unite3/historique
  4. Laurence Lemaire (avec contribution d’ Olivier Yobregat, de l’Institut de la Vigne pôle Sud-Ouest). Le vignoble de Bordeaux va enfin planter de nouveaux cépages. L’hebdo le vin et la chine. https://www.hebdovinchine.com/vignoble-bordeaux-va-enfin-planter-nouveaux-cepages/
  5. L’Egiodola est cultivé à 100-700 m d’altitude dans les vignobles de la Serra Gaúcha, sud du Brésil. Domaines Pizzato vinhos, https://loja.pizzato.net/produto/vinhos-tintos/vinho-seco/pizzato-egiodola-reserva-1?srsltid=AfmBOootdliKz2za_52sjNQRU5R59RcBdaY7y2_B7TYP-9XItrp-fAzf   ;  
  6. Cave de Pedra, vignobles de la Serra Gaúcha, sud du Brésil https://loja.cavedepedra.com.br/vinhos-tintos/cave-de-pedra-reserva-egiodola-750ml
  7. Vins Badan, Didier et Annick Badan, Aigle, Suisse. Cuvée Sensation. https://badanvins.ch/produit/egiodola/

© Texte posté le 05/11/2025

Remerciements : un grand merci à monsieur Jean Durquety pour sa disponibilité, son aide documentaire et pour avoir fourni la photographie de P.M. Durquety

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

L’autre petit chaperon rouge

Deux étiquettes contemporaines pour un même vin, un « Deutscher Sekt » ou mousseux allemand, qui porte le même nom : Rotkäppchen, « petit chaperon rouge » en français. Mais deux sociétés et deux villes d’Allemagne différentes, Freyburg sur Unstrut d’un côté, Rüdeshelim sur Rhin de l’autre.

Deux étiquettes des années 1950-60, qu’un mur séparait….

Le petit chaperon rouge au XIXe siècle

Tout commence en 1856, dans la ville de Freybourg sur Unstrut, en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne. Deux frères, Moritz et Julius Kloss et un ami, Carl Foerster, s’associent pour créer la cave Kloss & Foerster et une fabrique de « champagne », dont la production augmente rapidement. Leur logo, une bouteille ailée de vin pétillant, avec la date de fondation, 1856. En 1861, ils présentent leur production de vin mousseux à l’Exposition commerciale de Thuringe à Weimar sous les noms de « Monopol », « Crémant Rosé », « Lemartin Frères » et même « Sillery Grand Mousseux » ! Les appellations d’origine protégée n’existaient pas encore.

Etiquette de 1866 (source : https://www.rotkaeppchen.de/marke/geschichte/)

C’est en 1895 qu’est déposée la marque Rotkäppchen, à la suite d’un procès gagné par la maison de Champagne Heidsieck & C° de Reims, propriétaire de la marque Heidsieck-Monopole qui interdit à Kloss & Foerster d’utiliser le nom de marque « Monopol ». 

Le choix de du nom  Rotkäppchen / petit chaperon rouge est lié à la couleur rouge vif de la coiffe et de la collerette des bouteilles, donnant une identité visuelle très réussie aux bouteilles de Sekt de la maison. Une des premières images publicitaires fait également le lien avec le personnage du conte de Charles Perrault (1628 – 1703), repris par les frères Grimm au XIXe siècle.

Estampe publicitaire de 1895, année de dépôt de la marque Rotkäppchen. Source : https://www.rotkaeppchen.de/marke/geschichte/

Pendant les première et seconde guerres mondiales, la société Koss & Foerster est confrontée à de grandes difficultés, mais elle survit.

Carte postale publicitaire du Rotkäppchen de Koss & Foerster postée le 23 septembre 1915

Le Rotkäppchen en RDA communisteet en RFA

Après la seconde guerre mondiale, la société Kloss & Foerster de Freyburg est mise sous tutelle de l’administration militaire soviétique, puis nationalisée sous le nom de « VEB Rotkäppchen-Sektkellerei Freyburg/Unstrut ». C’est à partir de là que le petit chaperon rouge a désigné à la fois le produit phare de la société, le vin mousseux coiffé de rouge, et la société productrice elle-même.

Mais simultanément, Gunther Kloss, un petit fils des fondateurs, se réfugie en Allemagne de l’ouest où il recrée en 1952 une nouvelle société Kloss & Foerster à Rüdesheim am Rhein. Il y produit naturellement aussi du Rotkäppchen. On peut donc trouver du sekt Rotkäppchen des deux côtés du mur. C’est ce dont témoignent nos deux étiquettes : celle de l’Allemagne de l’est à gauche, au site d’origine à Freyburg, arborant toutes les médailles obtenues dans divers salons vinicoles du bloc soviétique ; et celle de l’Allemagne de l’ouest à droite, expatriée à Rüdesheim / Rhein mais qui a gardé le logo de la maison d’origine et des droits sur la marque.

La période communiste a été favorable au Rotkäppchen. « C’était le seul sekt disponible en RDA », précise l’ancien directeur du centre de documentation sur la culture quotidienne de la RDA (à Eisenhüttenstadt) : « On n’en trouvait pas partout, mais les gens le buvaient pour les occasions comme les anniversaires ou mariages. Les Allemands de l’Est faisaient la queue devant les magasins lorsqu’un stock était mis en vente. Et les dirigeants est-allemands trinquaient à l’amitié entre les peuples avec du Rotkäppchen. » [1, 2].

L’état a développé une politique coordonnée d’amélioration de la production et, en 1975, le département de recherche et développement de la VEB Rotkäppchen-Sektkellerei a été désigné comme le centre de recherche central de l’industrie du vin et des vins mousseux en RDA. Un témoignage insolite des innovations proposées à l’époque : un mousseux pour diabétiques (diabetikersekt), vinifié en sec, dans lequel le saccharose aurait été remplacé par du fructose [3], mais aussi par du sorbitol, comme l’indique cette étiquette.

Vin mousseux sec pour diabétiques produit en demi-bouteille en RDA dans les années 1970.
Les mentions de l’étiquette précisent le nombre de KiloJoules et de sorbitol contenues dans 100 ml, les précautions médicales d’une consommation quotidienne de plus de 30 g de sorbitol. KHE est une unité de contenance glucidique des aliments correspondant à 10 g de glucides. Le terme Zyklomat est plus obscur s’agissant de diabète, il s’agit actuellement d’une marque de filtres industriels !…

Le Rotkäppchen après la réunification de l’Allemagne

A la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, l’entreprise est leader du marché en RDA. Mais après la réunification allemande, les ventes s’effondrent, passant de 15 à moins de 2 millions de bouteilles en 1991. Transformée par l’agence du trésor de l’Etat en société à responsabilité limitée (GmBH), les effectifs sont réduits de 350 à 60 salariés, un contrat est signé avec Michael Kloss pour la ré-acquisition de la marque en 1991.

Mais ce qui sauve la Rotkäppchen Sektkellerei GmbH , c’est son rachat en 1993 par 5 cadres de l’entreprise, qui vont lui donner un second souffle, aidés d’un investisseur ouest-allemand.

Et, surprise, les « Wessi », Allemands de l’ouest souvent méprisants à l’égard des produits de l’ex-RDA, découvrent, apprécient et adoptent rapidement ce « champagne communiste » tout habillé de rouge. Il faut dire que Rotkäppchen a aussi la bonne idée de proposer tous ses mousseux, doux ou secs, blancs ou rosés, à un prix unique (moins de 5 euros la bouteille). Simple, pas cher, soutenu par un marketing et une promotion efficaces [4], il devient à la mode et les ventes explosent.

La gamme des Rotkäppchen mousseux en 2021. Le rouge vermillon de la coiffe vire au carmin.

Donnée pour morte, la Rotkäppchen Sektkellerei renait et connait une croissance exponentielle. En 2002, à la suite du rachat à Seagram des marques Mumm (sauf le Champagne), MM Extra et Jules Mumm (voir notre article  « Un Mumm pour une diva » ), la société devient Rotkäppchen-Mumm Sektkellereien. La politique d’acquisitions se poursuit (mousseux Geldermann en 2003, marques allemandes et internationales de vins tranquilles). La marque propose actuellement des produits très diversifiés, des vins mousseux ou tranquilles, des cocktails variés et des vins sans alcool.

Etiquette de mousseux allemand de la maison Deutz-Geldermann, dont les fondateurs ont également créé la maison de champagne Deutz à Reims en 1838.

Un article très complet de Frédéric Therin pour Les Echos sur l’évolution récente de la société Rotkäppchen-Mumm Sektkellereien fournit des chiffres impressionnants : « En 2013, Rotkäppchen a vendu 168,5 millions de bouteilles de vin pétillant, 43,9 millions bouteilles de spiritueux et 21,6 millions de bouteilles de vin tranquille ». Le directeur marketing du groupe ajoute : « Avec une part de marché national de 52%, nous sommes le plus important producteur de Sekt. Le nombre d’employés est passé de 60 à 575 depuis 1991. » [5]

Ainsi, le Rotkäppchen est l’un des rares produits de RDA à avoir conquis l’ensemble de l’Allemagne et sa société productrice une des rares de l’ex-RDA à devenir un des leaders mondiaux de son secteur, celui des vins pétillants.

La revanche du petit chaperon rouge sur les grands méchants loups du monde globalisé des vins mousseux, diront certains. Revanche également économique pour la région de Saxe-Anhalt, l’une des plus sinistrées de l’ex-RDA.

Cependant, le Rotkäppchen, bien que produit dans une jolie petite ville entourée de collines et de vignes, n’a plus rien d’un vin Allemand local. L’article des Echos, déjà cité [5], nous apprend que la seconde fermentation, qui produit l’effervescence, ne s’opère pas en bouteilles comme pour le champagne ou d’autres vins effervescents, mais « dans de gigantesques cuves de douze mètres de haut contenant 160 000 litres chacune. A Freyburg, les hangars de Rotkäppchen abritent 330 immenses réservoirs dans lesquels la levure est brassée par des hélices. Une bouteille contient en moyenne une trentaine de vins différents récoltés en Italie, en Espagne, en Autriche, en Allemagne et en France. A 3,99 euros (en 2015) la bouteille, on peut difficilement s’attendre à boire un cru exceptionnel… »

Pour « boucler la boucle » signalons qu’à côté du maintenant célèbre Rotkäppchen, un Sekt est à nouveau commercialisé dans la même gamme de prix par la Rotkäppchen Sektkellerei  de Freyburb sous le nom de « Kloss & Foerster », comme au début de l’histoire. Pas de coiffe rouge, ni logo d’origine, mais l’étiquette mentionne tout de même l’ancienneté de la maison « Tradition du mousseux depuis 1856 »

Prosit !

Etiquette de Rotkäppchen demi-doux de la période Allemagne de l’est, « cuvée spéciale 1856 » , qui célébrait peut-être le centenaire de la maison ?

Liens et références :

  1. Rotkäppchen Sektkellerei. Site Wikipedia en Allemand. https://de.wikipedia.org/wiki/Rotk%C3%A4ppchen_Sektkellerei
  2. Rédaction de la rdvf.com. La belle histoire de « Petit chaperon rouge », le vin mousseux qui a séduit l’Allemagne. La revue du vin de France. https://www.larvf.com/,vin-mousseux-rotkappchen-petit-chaperon-rouge-rda-sekt-freybourg-champagne,10341,4025027.asp
  3. Site de la société Rotkäppchen . Historique de la marque. https://www.rotkaeppchen.de/marke/geschichte/
  4. Charles Gautier. Vins pétillants : Rotkäppchen, l’allemand leader mondial. Le Figaro. Publié le 9 janvier 2012. https://avis-vin.lefigaro.fr/magazine-vin/o26293-vins-petillants-rotkappchen-l-allemand-leader-mondial
  5. Frédéric Therin. L’histoire pétillante du « petit chaperon rouge » de l’ex-RDA. Les Echos, publié le 5 mars 2015. https://www.lesechos.fr/2015/03/lhistoire-petillante-du-petit-chaperon-rouge-de-lex-rda-245572

Même la plaque de muselet du Rotkäppchen est rouge !

© Texte posté le 25/09/2025, modifié le 19/06/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Cuvée Petit Chaperon Rouge du domaine La Fontaine des Loups, à Malviès dans l’Aude (11300)