les Sexe-Symboles !

En 2007, la société de négoce bordelaise Omnivins a lancé, à grand renfort de marketing, une gamme de vins de pays baptisée « Soif de Cœur » [1], couplée à un site de rencontres sur Internet. Chaque vin était décliné en deux présentations : étiquette rose pour les femmes, étiquette bleue pour les hommes. La contre-étiquette donnait toutes les informations pour se rendre sur le site de rencontres. Un code d’accès apparaissait au dos de la contre-étiquette lorsque la bouteille était vide, et permettait à l’acheteur ou l’acheteuse d’avoir un contact avec un autre amateur de Soif de cœur !

A l’achat, les seuls repères dont disposait le consommateur pour différencier une bouteille « masculine » d’une bouteille « féminine » étaient la couleur dominante bleue ou rose de l’étiquette et de la capsule, ainsi que les symboles de sexe ou de genre, bien visibles en blanc sur fond coloré : le rond surmonté d’une flèche pour les hommes, le rond surplombant une croix pour les femmes.

Ces deux « symboles sexuels » sont universels et reconnus par tous, du moins dans les pays occidentaux. Mais qui connaît leur provenance ? Evocation d’un spermatozoïde et de sa « cible » ? Symbolique de l’action (la flèche) pour les hommes et de l’ancrage dans la terre, du foyer et de la maternité pour les femmes ? … Pas du tout.

Ces symboles viennent de la Grèce antique, qui avait établi des liens entre les astres, le travail des métaux, et le genre des humains… C’est ainsi que, par rapport à l’or, métal le plus précieux associé au soleil, le fer qui se travaille dans la force et le bruit était associé à Thouros (la planète Mars) et à la masculinité, tandis que le cuivre, plus doux, l’était à Phosphoros (la planète Venus) et à la féminité. Vénus avait d’ailleurs deux noms, un pour l’astre du matin et un autre pour l’astre du soir, jusque à ce que les anciens comprennent qu’il s’agissait de la même planète. Phosphoros, littéralement « qui apporte la lumière », qualifiait la Vénus visible à l’aube, annonciatrice du lever du soleil. Elle a donné plus tard son étymologie au phosphore, élément chimique qui brille à la lumière.

Le schéma ci-dessous montre comment les lettres grecques utilisées dans Thouros, le theta et le rho, ainsi que que le phi de Phosphoros, ont formé progressivement par contraction les symboles que nous connaissons aujourd’hui [2].

Ces « sexes-symboles » confirment l’adage selon lequel « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus »…

Mais pas de confusion, on parle bien des planètes et non des dieux : la déesse de l’amour, Vénus latine, se nommait Aphrodite chez les Grecs, et Mars le dieu de la guerre, Adès.

A propos de la déesse de l’amour, voici une autre représentation de nos deux « sexe-symboles» en version plus érotique  …

Liens et références :

1. « Soif de coeur » est une marque déposée de la société Hausmann Famille. https://marques.expert/haussmann-famille/soif-de-coeur-3456531.html

2. G D Schott. Sex symbols ancient and modern: their origins and iconography on the pedigree. British Medical Journal 2005; vol 331:p1509-10. doi:10.1136/bmj.331.7531.1509 https://www.bmj.com/content/331/7531/1509

© Texte posté le 30/06/2020

Sang et or des barres catalanes

De nombreuses étiquettes de vins du Roussillon et de Catalogne arborent les bandes rouges et jaunes, historiquement « Sang et Or », symboles de la Catalogne.

Ce n’est pas le moindre mérite du producteur de cette cuvée « Sang et Or, pure légende » d’AOC Côtes du Roussillon, que de nous conter l’origine des « Quatre Barres » ou « Barres Catalanes ». Ainsi désigne-t-on le signe héraldique qui constitue l’écu Catalan, à l’origine d’un des drapeaux actuels les plus anciens d’Europe. Citons le texte de la contre étiquette :

« La légende confère à ce blason glorieux le qualificatif de « sang et or » : le comte de Barcelone, Guifred « El Pilos » était venu au secours du roi de France, Charles le Chauve (823-877), attaqué par les Normands. Les agresseurs furent repoussés, mais Guifred, qui s’était couvert de gloire, avait été grièvement blessé dans les combats. Le roi vint lui rendre visite et lui jetant les bras autour du cou lui dit : « Que puis-je faire pour vous, noble et vaillant guerrier ? ». Alors Guifred pria le roi de lui donner un blason pour son écu. Le champ à fond d’or était absolument nu. « Devise qui avec le sang s’acquiert, avec le sang doit être écrite » prononça le roi et approchant sa main droite de la blessure d’où le sang coulait en abondance, il y trempa ses doigts moins le pouce, puis les passa de haut en bas sur la face dorée de l’écu. L’écu fut aussitôt présenté au noble guerrier et le roi Charles lui dit : « voilà quelles sont vos armes ». »

Selon une notice de l’ancien site de l’office de tourisme de Perpignan, également consultable sur le site officiel du tourisme catalan [1], le premier témoignage de l’existence de l’écu catalan serait un sceau du Comte Ramon Berenguer IV de Barcelone, descendant de Guifred el Pelut (version catalane de Guifred el Pilos ou Wilfrid « le Velu » !), sur un document provençal datant de 1150. C’est ainsi que les armoiries personnelles du Comte seraient devenues les armoiries de la dynastie catalane puis le drapeau catalan.

Ce site nous rappelle comment ce drapeau, nommé Senyera par les Catalans, fut étroitement associé au combat toujours actuel de la Catalogne pour son indépendance [2], mais aussi à la démocratie face aux dictatures espagnoles:

« L’Union des Peuples Catalans fit des Quatre Barres son emblème officiel. Pendant la dictature du Général Primo de Rivera (1923-1930) puis pendant la période franquiste (1939-1975), le drapeau catalan fut interdit, mais son usage clandestin de disparut jamais. Les Diades Nacionals (fêtes nationales) de 1976, 1977 et 1978 furent marquées par le déploiement de milliers de drapeaux catalans qui flottaient partout en Catalogne. Le Statut d’autonomie de 1979 a repris le texte républicain de 1933 de L’Estatut Interior de Catalunya (Le Statut Intérieur de la Catalogne) : « Le drapeau de Catalogne est le drapeau traditionnel, à quatre barres rouges sur fond jaune ». 

Photo illustrant l’article de Sud-Ouest en ligne [2], légendée : « Un an après le référendum du 1er octobre 2017, le 11 septembre 2018, près d’un million d’indépendantistes ont de nouveau défilé dans les rues du centre de Barcelone, à l’occasion de la fête nationale catalane, la « Diada ». © Crédit photo : LLUIS GENE / AFP »

Liens et références :

1. Le drapeau catalan. Catalunya Experience, site officiel du tourisme catalan. https://www.catalunyaexperience.fr/non-classe/le-drapeau-catalan#:~:text=La%20Generalitat%20de%20Catalogne%20le,barres%20rouges%20sur%20fond%2

2. Cathy Lafon, Indépendance de la Catalogne : la longue histoire d’un vieux rêve. Journal Sud-Ouest. Publié le 01/10/2017, mis à jour le 19/10/2019. https://www.sudouest.fr/2017/10/01/referendum-en-catalogne-la-longue-histoire-d-un-vieux-reve-d-independance-3818929-6109.php

© Texte posté le 13/06/2020

Une Yquem dans la tourmente

(Collection particulière)

Voici une étiquette allemande de Château Yquem assez énigmatique, surtout pour les non germanophones.

Sous le nom « Chat. de Yquem », de formulation déjà un peu étrange, l’appellation BORDEAUX. On s’attendrait plutôt à Sauternes… ou à rien, tellement la mention Yquem est connue et se suffit à elle-même en des temps où l’étiquette n’était pas le réceptacle obligé de multiples mentions légales.

La mention en petit caractères en dessous de BORDEAUX intrigue d’avantage. Elle se traduit en Français par « ou avec toute autre impression», on va voir pourquoi.

Suit un nom de société  familiale, Gebrüder (frères) Jllert, située dans la ville de Klein-Auheim-Hanau, dans l’état de Hesse. On pourrait penser qu’il s’agit du négociant ayant importé et mis en bouteilles le vin. En fait, il s’agit d’un imprimeur, comme le désigne la mention lithographische Kunstanstalt (institut ou atelier d’art lithographique).

Le numéro (7274) est le modèle de l’étiquette. La mention Goldm. 9. per 1000 correspond au prix, non du vin, mais des 1000 étiquettes, exprimé en Mark-or (Goldmark).

Il s’agit donc d’une étiquette de présentation d’un imprimeur allemand, avec numéro de modèle, prix au mille, mise en page, illustration, nom du vin que le client vigneron ou négociant peut personnaliser (et pour l’étiquette factice, pourquoi se priver du nom prestigieux d’Yquem ?!). La mention « ou avec toute autre impression » s’explique mieux. La mention finale Eindruck extra. ne signifie pas « qualité d’impression extra », mais plutôt que l’impression n’est pas comprise dans le prix annoncé des étiquettes.

Pour finir, de quand date cette étiquette ?

On peut l’estimer assez précisément, compte tenu du chaos économique qu’a traversé l’Allemagne dans les années 1920. Le prix sur l’étiquette est indiqué en Marks-or (Goldmark), qui était la monnaie de l’empire allemand indexée sur l’or. A partir de 1914 et le début de la guerre, le Mark-or n’est plus indexé sur l’or et n’existe plus de facto. Il est substitué par le papiermark, de valeur identique, qui subit l’hyperinflation qu’a connue la République de Weimar entre 1922 et 1923 (250% par mois à l’été 1923) [1]. Le cours du mark s’effondre : fin 1923 un dollar vaut officiellement 4,200,000,000,000 marks (quatre trillions deux cents milliards), alors qu’il valait 4,2 marks or avant la guerre [1]. La création en novembre 1923 du Rentenmark, monnaie un peu virtuelle à nouveau indexée sur l’or et réservée aux échanges commerciaux, contribue à stabiliser la situation.

Le 30 août 1924, les anciens marks (Goldmark ou papiermark) sont remplacés par les Reichsmarks, qui laisseront la place au Deutsche Mark en 1948.

On peut donc parier que cette étiquette lithographiée, qui n’a jamais vu une bouteille de près, figurait dans le catalogue 1923-1924 de l’imprimeur Jllert. Une autre étiquette de présentation de cet imprimeur, affichant le millésime 1921 et un prix en Goldm., corrobore cette proposition de datation. Il est intéressant de remarquer que des étiquettes plus tardives du même imprimeur portant des numéros de modèle supérieur à 10 000 voient leur prix exprimé en Reichmarks (Reichm.) et sont probablement postérieures à 1924 [2].

Liens et références :

1. Jean-François Beaulieu, L’hyper-inflation allemande sous la république de Weimar.  http://www.causes-crise-economique.com/hyper-inflation-weimar-allemagne.htm

2. Collection d’étiquettes de Rhum et d’alcools de Petr Hlousek, série d’étiquettes de l’imprimeur Jllert https://rum.cz/result.htm?rp=1&pl=20&qqdt=rum  

© Texte publié le 13/06/2020

Timbre allemand de 50 milliards de marks (1923). Source Wikipedia

Les Cadillac

Tous les éléments sont réunis sur cette étiquette délicieusement kitch de Cadillac « Château Le Gascon » pour raconter une histoire extraordinaire. Celle qui relie le vin de Cadillac et la marque automobile du même nom.

La voiture, d’abord : cette Cadillac est un cabriolet convertible série 6200, fabriqué en 1959. Voiture mythique, voiture de star, …. rose bien sûr !

Le vin, ensuite : le Cadillac est un vin blanc liquoreux du bordelais dont la qualité a été reconnue par une AOC/AOP propre en 1973. La ville de Cadillac est une ancienne bastide située sur la Garonne dans l’Entre deux Mers. La zone de production, qui couvre 22 communes autour de Cadillac, est voisine des AOC/AOP Loupiac et Sainte Croix du Mont. Le vignoble produit également d’excellents vins rouges d’appellation « Cadillac Côtes de Bordeaux », AOC/AOP qui a remplacé en 2009 l’AOC « Premières Côtes de Bordeaux rouges », ainsi que des vins blanc sec « Première Côtes de Bordeaux Blanc ».

Mais quel lien unit les deux « Cadillac », le vin et la voiture ?

C’est un homme, Antoine de Lamothe-Launay, sieur de Cadillac.

.

Jeune officier de l’armée française, arrivé en aventurier au Canada et en Amérique du Nord, il y a fait rapidement son chemin, a commandé plusieurs forts et a fondé en 1701 la « Ville d’Etroit», devenue Detroit, future capitale de l’industrie automobile américaine [1]. En 1902, dans l’enthousiasme des commémorations du bicentenaire de la fondation de Detroit, les créateurs de l’entreprise automobile décident de baptiser leur firme « Cadillac », du nom du fondateur de la ville. En 1906, les armoiries du « sieur de Cadillac » sont retenues comme logo par le constructeur. Elles ornent depuis, dans des versions de plus en plus stylisées ou tronquées, les calandres des Cadillac [2, 3].

Le seul accroc à cette belle histoire, c’est que Lamothe-Cadillac n’est pas le vrai nom de notre aventurier, et que ses armoiries ont été bricolées à partir de celles d’autres familles ! Le fondateur de Detroit se nommait en fait Antoine Laumet [1]. Il s’est inventé une nouvelle identité plus flatteuse à son arrivée en Nouvelle-France, pratique courante à l’époque. Sa nouvelle identité, ainsi qu’une partie des armoiries, ont été « empruntées » au baron de Lamothe-Bardigues, seigneur de Cadillac et de Launay. Notre Antoine, natif de Saint-Nicolas de la Grave (Tarn-et-Garonne), n’avait donc aucun rapport direct avec la ville de Cadillac, mais était un véritable gascon.

Notons pour terminer que le château Le Gascon, s’il évoque les vraies origines du faux « Sieur de Cadillac », tient surtout son nom du lieudit « Gascon » de la commune de Loupiac, limitrophe de Cadillac, où est située la propriété. Etonnante coïncidence !

Liens et références :

1. Édouard Forestié, «Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de Détroit (Michigan), gouverneur de la Louisiane et de Castelsarrasin. – Notes complémentaires», Bulletin archéologique et historique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1907, tome 35, p. 175-196. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5663511j/f197.image

2. Cadillac Logo Meaning and History (© 2019 Car Brand Names). http://www.car-brand-names.com/cadillac-logo/

3. Blog oklahoccitania :  http://oklahoccitania.canalblog.com/archives/2009/02/04/12180653.html

© Texte posté le 15/05/2020

Un des premiers trains espagnols

(Dimension de l’étiquette originale : 121 x 70 mm)

Cette belle étiquette de Champagne du XIXè siècle due à l’imprimeur lithographe Eugène Bruaux d’Epernay, associe une maison de Champagne, un hôtel et un évènement ferroviaire illustré par une antique locomotive à vapeur.

Le Champagne, un Sillery Mousseux, a été produit par la maison Bouché Fils et Cie, fondée à Mareuil sur Aÿ en 1821. Cette prestigieuse maison, qui fournissait les cours d’Italie, de Belgique, d’Espagne et du Portugal, était propriétaire du célèbre vignoble « des Goisses », devenu le « Clos des Goisses » depuis son acquisition en 1935 par la maison de Champagne Philipponnat, également installée à Mareuil sur Aÿ [1].

Nous ne savons rien d’Henry Richard, l’hôtelier qui a probablement commandé cette cuvée spéciale, ou du moins l’étiquette commémorative, ni de son « Hôtel Français ». Aucune trace de cet hôtel, à Murcie, à Carthagène, voire à Madrid n’a été retrouvée.

L’évènement ferroviaire commémoré est l’inauguration de la ligne de chemin de fer entre le port de Cartagena (Carthagène) et Murcia (Murcie), en Espagne. Il s’agit d’un tout petit tronçon de 35 km de la future ligne qui allait relier Madrid-Alicante à Albacete, au sud-est de l’Espagne (voir carte). La construction de cette ligne avait été concédée à la Compagnie des chemins de fer de Madrid à Zaragoza (Saragosse) et Alicante (MZA), qui représentait les intérêts de la famille Rothschild dans l’investissement ferroviaire espagnol, en traditionnelle concurrence avec d’autres français, la société des frères Péreire, qui avaient obtenu des concessions au nord [2].

Il est facile de dater cette étiquette car elle est vraisemblablement contemporaine de l’inauguration de la ligne, le 24 octobre 1862. Cette inauguration s’est faite en grand pompe en présence de la reine Isabel II, qui revenait avec mari et enfants d’un voyage à en Andalousie et dont le bateau avait accosté à Carthagène [3]. La ligne n’était pas tout à fait achevée. A Murcie comme à Carthagène, aucune gare n’était encore construite. Mais l’occasion était trop belle ! Le chroniqueur officiel du voyage royal rapporte que plus de 15 000 personnes rassemblées à Murcie pour recevoir la reine ont poussé un « cri unanime d’enthousiasme » à l’apparition de la locomotive et de son panache de fumée :

Les premiers à descendre du wagon furent les enfants; plus tard, le confesseur de la Reine, l’archevêque Antonio María Claret; le roi, qui portait l’uniforme de capitaine général; et enfin, la Reine, qui « portait une élégante robe rose, avec des ornements cramoisis capricieux, un châle blanc et un riche diadème en or, parsemé d’émeraudes et de rubis ». Isabel II a marché sur «un tapis de fleurs qui avait été renversé à cette fin».

Une photo d’époque de Manuel Dorda (grand notable de Carthagène passionné de photographie) montrant le train en gare en 1862 est reproduite dans l’ouvrage Fotografía en la región de Murcia [4]. Elle est légendée « Llegada del tren. Cartagena 1862 » ce qui signifie « l’arrivée du train. Carthagène 1862 ». Il n’est pas du tout certain qu’elle corresponde au jour de l’inauguration de la ligne, puisque le train n’est pas arrivé à mais parti de Carthagène, et que la maigre assistance contraste un peu avec la foule en délire décrite à Murcie… 

La ligne de chemin de fer n’est entrée en service que 6 mois plus tard, le 1er février 1863. La ligne complète de 240 km a été officiellement achevée le 27 Avril 1865.

Manuel Dorda. Llegada del tren. Cartagena 1862. © Archives Roca-Dorda.

La suite…

Plusieurs mois après mise en ligne de ce texte, surprise ! Je découvre que cette étiquette a une grande sœur, conservée par le département Patrimoine de la médiathèque de la ville d’Epernay, et reproduite dans le livre « L’image du Champagne, de la belle époque aux années folles » de Marie Thérèse Nolleau et Pierre Guy [5]. Elle commémore la création de la ligne ferroviaire entre Chalons Sur Marne (maintenant Chalons en Champagne) et Paris, mise en service en novembre 1849. La composition de l’étiquette est voisine, la locomotive est identique, seul son nom change «California» au lieu de «Cartagena» ! La frise végétale est légèrement différente, et le commanditaire est la maison de Champagne E Armand, de Chalons sur Marne. Le vin est, lui aussi, un Sillery Mousseux.

© Médiathèques d’Epernay

Pour boucler la boucle, signalons que le site de la Médiathèque d’Epernay permet la consultation de très beaux documents numérisés sur le Champagne et de catalogues d’étiquettes lithographiées du XIXème siècle, dont une série complète de la Maison Bouché [6].

Liens et références :

1. Site de la maison de Champagne Philipponnat

2. Compañía de los ferrocarriles de Madrid a Zaragoza y Alicante. https://fr.wikipedia.org/wiki/Compa%C3%B1%C3%ADa_de_los_ferrocarriles_de_Madrid_a_Zaragoza_y_Alicante

3. Pedro SOLER. La real inauguración del ferrocarril Cartagena-Murcia. La verdad de Murcia 2012.  https://www.laverdad.es/murcia/v/20121024/murcia/real-inauguracion-ferrocarril-cartagena-20121024.html

4. Manuel Dorda. Llegada del tren. Cartagena 1862. Archives Roca-Dorda. In : Juan Manuel Díaz Burgos; Murcia Cultural.; Sala de Exposiciones Casa Díaz Cassou. Fotografía en la región de Murcia. Ediciones Tres Fronteras, 2003

5. MT Nolleau, P Guy. L’image du Champagne de la belle époque aux années folles. © Editions Dominique Guéniot, Reims, 2015.

6. Médiathèque d’Epernay. Section patrimoine. Fond patrimonial numérisé consultable en ligne.

© Texte publié le 10/05/2020, mis à jour le 20/09/2020

Dernière cuite avant raison?

Etiquette sobre, texte court : ultima gueula lignea

Le texte, extra brut, signifie « ultime gueule de bois » en latin de cuisine. Si ultima (dernière, ultime) et lignea (féminin de ligneus, de bois) existent effectivement, pas de trace de gueula en latin. Même si Georges Feydeau s’en amuse dans les premières scènes de La dame de chez Maxim et légitime gueula lignea comme traduction latine de gueule de bois. Extrait (Acte 1, Scène 1) :

« (…)

Mongicourt, avec une tape amicale sur l’épaule.

À ce point ? Oh ! la la, mais tu es flappi, mon pauvre vieux !

Petypon.

À qui le dis-tu ! Oh ! ces lendemains de noce !… ce réveil !… Ah ! la tête, là !… et puis la bouche… mniam… mniam, mniam…

Mongicourt, d’un air renseigné.

Je connais ça !

Petypon.

Ce que nous pourrions appeler en terme médical…

Mongicourt.

La gueule de bois.

Petypon, d’une voix éteinte, en passant devant Mongicourt.

Oui.

Mongicourt.

En latin « gueula lignea ». (…)»

Le graphisme et la bichromie noir/blanc de l’étiquette évoquent plus un faire-part de décès qu’une étiquette de vin mousseux. Ce n’est pas un hasard : cette étiquette du début du XXè siècle a été conçue pour habiller une bouteille dédiée à un enterrement de vie de garçon !

D’où l’aspect funèbre de sa présentation, qui contraste avec l’invitation à la beuverie, traditionnelle dans ce rituel de passage de la vie de célibataire à la vie rangée de bon mari. Longtemps réservée aux seuls hommes, cette coutume remonterait au XVIIIème siècle. Le témoin du marié organisait avec ses amis proches un dîner fortement arrosé, souvent suivi par une soirée dans une maison close. Peut-être pour que le futur marié ne soit pas trop emprunté la nuit de ses noces à une époque où il n’y avait ni cours d’éducation sexuelle ni internet.

Chez les garçons, l’enterrement de vie de célibataire a évolué vers l’organisation d’activités sportives collectives, randonnée, saut à l’élastique, baptême de parachute, ou des sorties déguisées avec gages que doit honorer le futur marié. L’alcool reste au rendez-vous.

Les enterrements de vie de jeune fille, organisés uniquement entre filles sur le même modèle, ont débuté dans les années 1970. Ces fêtes sont maintenant parfois mixtes.

Les sociétés commerciales et les sites proposant d’organiser des enterrements de vie de célibataires ont fleuri. Certains d’entre eux, surtout destinés aux filles, voudraient supprimer le nom d’ « enterrement de vie de jeune fille » et proposent à la place EVJF (ce qui change effectivement tout), prétextant le caractère trop triste du mot enterrement pour un tel événement festif !

A l’opposé du caractère funéraire assumé de cette étiquette ancienne, correspondant à une époque où la soirée pouvait comporter un véritable simulacre d’enterrement, avec mise en terre d’un cercueil rempli par le futur marié de ses souvenirs de célibataire.

Texte publié le 02/05/2020

la guerre du Champagne

(Dimension de l’étiquette originale : 120 x 80 mm)

En Champagne, le XXème siècle a débuté par de graves conflits [1] occasionnés par la délimitation de la zone d’appellation « Champagne ». Un premier conflit, violent, oppose en 1910 les vignerons de la Marne aux négociants, qui importent à bas prix des vins d’autres régions qu’ils « champagnisent » et vendent sous étiquette authentique. Des maisons de négociants sont saccagées, des barricades s’érigent, l’armée intervient. Les vignerons marnais obtiennent une délimitation des vignobles, mais qui va entraîner par ricochet une autre révolte, celle des vignerons aubois… Dès décembre 1908, un décret de délimitation exclut l’Aube des zones d’appellation Champagne. Il est complété par une loi de finance votée le 06 février 1911, qui interdit aux vignerons aubois de vendre leur raisin à la Marne pour la fabrication du champagne !

Cette loi ruine les vignerons aubois qui avaient enfin reconstitué leur vignoble après la crise phylloxérique, sortaient d’une très mauvaise récolte 1910, d’un hiver froid, et étaient confrontés à une mévente du vin de consommation courante. Elle provoque dans la région la fameuse révolte des vignerons [2] dirigée par Gaston Cheq [3]. En mars 1911, de gigantesques manifestations, fleuries de drapeaux rouges, ont lieu à Bar sur Aube et à Troyes (20 000 manifestants). 125 conseillers municipaux démissionnent. Le 10 avril, le Sénat demande la suppression de la délimitation mais faute d’une confirmation, les troubles s’aggravent. Le gouvernement envoie l’armée (plus de 3000 hommes) à Bar sur Seine le 3 mai, puis dans les villages environnants pour contrer la fureur des vignerons. 

Le 7 juin 1911, le gouvernement crée par décret une appellation de « Champagne deuxième zone » pour l’Aube. L’agitation se poursuit car les Aubois veulent l’intégration pure et simple. Arrive la guerre, qui détruit nombre de villages viticoles de la Marne, puis l’armistice. 

Après des années de pression, la loi du 22 juillet 1927 réintègre toutes les communes auboises dans la zone appellation «Champagne ».

Cette étiquette de  » Champagne  deuxième zone  » aubois, vendue par un négociant d’Epernay, date donc de la période comprise entre 1911 et 1927. L’étoile rouge fait peut être écho à la révolution bolchevique russe de 1917, ou bien renvoie à la couleur rouge des manifestations de la ligue de défense des vignerons aubois ?… Rouge des drapeaux et des macarons arborés par les manifestants, sur lesquels était inscrite cette devise :

Champenois nous fûmes

Champenois nous sommes

Champenois nous resterons

Et ce sera comme ça !

Troyes, 9 avril 1911. Manifestation des vignerons champenois de l’Aube

Autres exemples d’étiquette de Champagne première et deuxième zone de négociants d’Epernay

Liens et références :

1. François Bonal. Encyclopédie du Champagne. La révolution vigneronne. Site des Grandes Marques de Champagne.

2. Dominique Fradet, « 1911 en Champagne. Chronique d’une révolution« . Éditions Fradet, Reims, 2011.

3. Site du Champagne Gaston Cheq (coopérative des Coteaux du Landion, 10200 Meurville).

Texte publié initialement le  21/04/2020 sur le site https://des-etiq-racontent.monsite-orange.fr/

Les quatre sergents de La Rochelle

(Dimension de l’étiquette originale : 118 x 77 mm)

Nous sommes en 1821, la monarchie est restaurée en France après presque 20 années de Révolution et d’Empire. Les ultra-royalistes règnent en maîtres, la presse est bâillonnée. Les partis d’opposition privés de représentation parlementaire se tournent vers l’action clandestine. 

La « charbonnerie », société secrète issue des carbonari italiens, vise à renverser la monarchie restaurée. Elle comporte des membres célèbres, comme le marquis de La Fayette, des savants et d’autres plus modestes, des étudiants et de nombreux militaires des armées napoléoniennes hostiles à la restauration monarchique imposée par l’ennemi. Ceux du 45e régiment de ligne se font remarquer en refusant de crier «Vive le Roi !». Le régiment basé au quartier latin à Paris, foyer de contestation des étudiants, est transféré à La Rochelle en janvier 1822.

Le « Grand soir » de la charbonnerie est fixé au 29 décembre 1821. Des coups de force éclatent à Saumur, Thouars, Belfort, mais La Fayette ayant refusé de s’engager, les opérations échouent. La police chargée de retrouver les comploteurs arrête sur dénonciation quatre jeunes sergents du 45e régiment de La Rochelle, membres de la charbonnerie : François Boriès, 26 ans, Jean Pommier, 25 ans, Charles Raoulx, 24 ans et Charles Goubin, 20 ans.

Ils sont jugés à Paris le 22 août 1822. Fidèles à leur engagement, et malgré les menaces, les pressions et les promesses de grâce, ils refusent de dénoncer les responsables de leur organisation. Les quatre sous-officiers sont condamnés à mort et guillotinés publiquement en place de Grève le 21 septembre 1822.

« Vive la liberté ! » crièrent chacun des quatre condamnés en grimpant sur l’échafaud. « Rappelez-vous que c’est le sang de vos fils qu’on fait couler aujourd’hui ! » ajouta François Boriès. Accusés sans preuve et n’ayant participé à aucune rébellion, ils sont rapidement considérés comme des « martyrs de la liberté ». Leur sacrifice est exploité par l’opposition républicaine, bonapartiste et orléaniste contre le gouvernement de la Restauration.

Leur destin tragique émeut la France entière. Gravures, chansons, pamphlets, œuvres littéraires (Balzac) en font de véritables héros populaires. A La Rochelle, la Tour de la Lanterne où ils ont été emprisonnés porte maintenant leur nom. Par solidarité, plusieurs cabarets se sont rebaptisés “ Aux Quatre Sergents de la Rochelle ”. Les corps des 4 martyrs ont été inhumés à Paris au cimetière du Montparnasse où un monument perpétue leur souvenir.

Cette étiquette de « Royal Champagne des quatre sergents de La Rochelle » n’est pas contemporaine des événements, son style la rapproche des étiquettes lithographiées du début du XXème siècle. Elle a pu être éditée pour le centenaire de leur mort, en 1922, ou signer une cuvée réservée d’un des nombreux restaurant portant leur nom. 

Dans tous les cas, la mention « Royal Champagne » est pour le moins malheureuse, pour une cuvée commémorant quatre martyrs républicains, morts pour la seule raison d’avoir milité contre la monarchie !

Tour des 4 sergents, port de La Rochelle

Liens et références

  • L’histoire des quatre carbonari, bientôt bicentenaire, a fait l’objet d’un essai publié le 3 mars 2021. L’auteur, Jacques-Olivier Boudon, est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris IV la Sorbonne, spécialiste de la Révolution et de l’Empire.
  • Jacques-Olivier Boudon. Les quatre sergents de la La Rochelle. Le dernier crime de la monarchie. Editions Passés Composés, 2021, ISBN 2379332568

Texte publié initialement le 15/04/2020, modifié le 15/05/2021

La véritable histoire du Cid

Dimension de l'étiquette originale : 99 x 130 mm

(Dimension de l’étiquette originale : 99 x 130 mm)

Pour la majorité des lecteurs francophones, « Le Cid » évoque en premier lieu la pièce de théâtre écrite par Pierre Corneille en 1636 et le nom de son héros principal, personnage de fiction. Pour les Espagnols, tel qu’il est représenté sur cette étiquette de Jerez AmontilladoEl Cid correspond à un personnage certes légendaire, mais qui a bel et bien existé. 

Né Rodrigo Díaz de Vivar à Burgos en 1043, chevalier espagnol chrétien puis mercenaire, le Cid a eu une vie mouvementée. Il s’est tout d’abord battu pour les rois de Castille contre le roi Maure de Séville, puis au service des princes de toute l’Espagne orientale, tant chrétiens que musulmans. De cette époque date son surnom de el Cid, qui viendrait de l’arabe assayyid (le seigneur), ou bien al Ka’id (caïd) grade équivalent à celui de général dans les armées mauresques. Il a été effectivement marié à une Chimène (Jimena Díaz), nièce du roi de Castille, qui lui restera fidèle malgré ses alliances opportunistes et ses nombreux revirements. Il est mort le 10 juillet 1099 roi de Valence, ville qu’il avait conquise par les armes quelques années auparavant. Sa veuve Chimène tiendra Valence contre les Maures jusqu’en 1102 avec ses maigres forces, sans véritablement être aidée par son oncle roi de Castille. En évacuant la ville avec sa petite armée, elle emportera les restes du Cid. La légende dit que, pour ne pas décourager ses soldats, Chimène le fit tenir sur son cheval Bavieca, en lui plaçant son épée Tizona dans la main, de façon à ce que tous le croient encore en vie.

Réputé invaincu, le Cid devint rapidement une figure légendaire, symbole de la reconquista espagnole. Son épopée a fait l’objet de récits dès le 12è siècle. Pour sa pièce, Corneille s’est inspiré de faits réels et d’un récit plus tardif Las Mocedades del Cid [1], épopée dramatique de Guillén De Castro (1618).

Le tombeau du Cid, ainsi que celui de sa femme Chimène sont visibles dans la Cathédrale Santa María de Burgos. Ses restes, volés par un soldat de Napoléon Bonaparte en 1809, seraient actuellement en France, en Saône-et-Loire. Son épée Tizona, représentée sur l’étiquette, longtemps exposée au musée de l’armée à Madrid, est actuellement conservée au musée de Burgos [2].

Liens et références :

1. Site Babelio https://www.babelio.com/auteur/Guillen-de-Castro/291815

2. Espada Tizona. Site du musée de Burgos. https://museodeburgos.net/2021/11/24/1087/

Texte publié initialement le 12/04/2020 sur le site orange « des étiquettes racontent » (https://des-etiq-racontent.monsite-orange.fr/page-5e92e6a927a7f.html)

Les cépages des héros de la guerre de 1914-1918

(Dimensions de l’étiquette originale : 125 x 83 mm)

Curieuse étiquette que celle de ce vin rouge de monocépage « Maréchal Foch », produit par une cave coopérative de Bourgogne dans les années 1970 !

Le « Maréchal Foch » est un cépage de raisins noirs créé par Eugène Kuhlmann vers 1911 dans les installations de l’Institut Viticole Oberlin à Colmar, en Alsace, et commercialisé à partir de 1921. D’abord nommé « 188-2 Kuhlmann », il a été dédié au maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées en 1918. Ce cépage a été obtenu par croisement (Vitis riparia x Vitis rupestris) x Goldriesling, comme plusieurs autres cépages du même inventeur : « Lucie Kuhlmann », « Léon Millot », « Maréchal Joffre », « Pinard », « Etoile  I», « Etoile II » et « Triomphe d’Alsace ». On voit que pour nommer ses créations, l’inventeur a été fortement influencé par la guerre de 14-18 et son issue heureuse pour l’Alsace francophile.

Le cépage Maréchal Foch produit des vins rouges tanniques, colorés, et des rosés fruités. Il est vigoureux, résiste bien aux parasites et aux climats froids. C’est probablement la raison pour laquelle il subsiste aux Etats-Unis dans l’état d’Oregon et au Canada, particulièrement au Québec, où il représente le premier cépage rouge! Le « Clos du Maréchal », vin québécois produit avec ce cépage (domaine du Ridge, Saint Armand [1]), a été primé à plusieurs reprises. Le cépage Maréchal Foch est autorisé dans de nombreux vignobles français (Bourgogne-Franche Comté, Auvergne, Lorraine, Vallée du Rhône, Provence, Languedoc). Il connaît un certain renouveau en Europe. En 1990, un vigneron breton a planté 600 pieds de Maréchal Foch dans les côtes d’Armor et réussi à garder l’autorisation d’exploiter, soutenu par l’association des vignerons bretons [2]. L’expérience viticole débutée au Danemark en 2000 utilise pour les vins rosés ce cépage et ses cousins, en particulier le Léon Millot, adaptés aux saisons courtes et froides. Pour cette raison, on en cultive encore en Suisse. Ce cépage résistant et nécessitant moins de traitements antifongiques pourrait s’avérer également intéressant pour la viticulture biologique.

Cette étiquette prouve qu’il existait encore récemment des plantations de « Maréchal Foch » à Sainte Marie la Blanche, commune située en Côte d’Or à quelques kilomètres de Beaune, mais dans la plaine et hors appellation.

A l’inverse du Maréchal Joffre, rien dans la biographie de Ferdinand Foch, promu Maréchal de France en août 1918, n’indique un lien quelconque avec le vin ou l’activité viticole. L’hommage d’Eugène Kuhlmann au Maréchal Joffre était doublement heureux puisque en plus d’être un des héros de la grande guerre, il était propriétaire vigneron à Rivesaltes dans le Roussillon, où il est né d’un père tonnelier. Son domaine de 8 hectares, le « Mas Joffre », a été racheté en 1927 par Michel et Aimé Cazes, fondateurs d’un des meilleurs domaines actuels du Roussillon. Cette maison produit un excellent « Canon du Maréchal » rouge, IGP Côtes catalanes, vin produit en biodynamie et composé de … 50% de Syrah et 50% de Grenache [3]. Donc sans lien avec le cépage du même Maréchal.

Liens et références :

1. Site du domaine du Ridge, Québec. http://domaineduridge.com/vins/clos-du-marechal/

2. Association pour la reconnaissance des vins bretons (« Bevet gwin vreizh »). http://vigneronsbretons.over-blog.net/article-21164851.html ; Compte rendu de l’assemblée générale 2017: https://abp.bzh/reunion-et-assemblee-generale-des-vignerons-de-bretagne-43310

3. Site du domaine Cazes à Rivesaltes. https://www.cazes-rivesaltes.com/boutique/canon-du-marechal-rouge/

© Texte initialement publié le 11/04/2020