CIEL ROUGE, une cuvée solidaire après les incendies de l’Aude en 2025

Eté 2026, des incendies géants viennent de dévaster des dizaines de milliers d’hectares de forêts dans les départements de la Gironde et des Landes. Lors de l’été 2025, c’était le département de l’Aude qui était victime de feux répétés de juin à aout. Celui du 5 aout 2025 a été particulièrement dramatique, propagé à très grande vitesse en raison de la sécheresse prolongée du pays des Corbières et d’un mistral à 70 km/h [1]. En quelques jours, 17 000 hectares de forêts et garrigues ont brûlé, et plus de 7000 hectares de vignes ont été impactés. Plusieurs vignerons ont perdu leurs vignes, leur récolte, quand ce n’étaient pas les bâtiments, installations, matériel. La vendange 2025 a été dramatiquement réduite dans les Corbières.

L’incendie du 5 aout 2025 dans le secteur de Ribaute, dans le massif des Corbières. ©Radio France – Stefane Pocher

De nombreuses actions solidaires ont été engagées, parmi lesquelles un concert caritatif au profit des sinistrés « Aidons l’Aude » le 1er décembre 2025 à Narbonne, un repas géant par le chef étoilé Gilles Goujon dont la recette a été reversée aux victimes, un banquet solidaire, et des initiatives pour la reconstruction et la prévention [2]. Des vignerons se sont mobilisés, notamment par des « vendanges solidaires » et des dons de raisins aux exploitants dont les vignes ont totalement brûlé. D’autres initiatives ont abouti à proposer des cuvées solidaires.

Incendie dans les Corbières le 9 aout 2025. Image © TF1

Trois domaines situés à Saint Laurent de la Cabrerisse, un des villages des Corbières les plus touchés, se sont associés pour créer cette cuvée solidaire d’AOP Corbières, nommée CIEL ROUGE. Il s’agit du Château les Palais [3], du Domaine Montjoie [4] et de la cave coopérative le Cellier des Demoiselles [5]. Les bouteilles, bouchons, étiquettes et cartons ont été fournis gratuitement par les fournisseurs habituels des producteurs.

L’étiquette imaginée et offerte par la société Inessens [6] est très belle, expressive, tristement démonstrative de l’enfer auquel ont été confrontés (et le sont à nouveau en 2026) les victimes des feux géants, les riverains, ceux qui ont tout perdu, mais aussi et surtout les sapeurs-pompiers. Un euro par bouteille vendue est reversé aux sapeurs-pompiers de l’Aude. Prévue pour se terminer à la fin 2025, l’opération solidaire à succès a été poursuivie et à l’heure où nous publions cet article, des bouteilles de Ciel Rouge restent disponibles à un tarif très raisonnable [7]. Acheter cette cuvée permet de participer au replantage des vignes et à la reconstruction des paysages des Corbières.

Une autre cuvée nommée L’OGRE DES CORBIERES, en référence au surnom donné à l’incendie géant du 5 aout 2025, a été produite par la famille Verdale au Château de Saint-Eutrope, également à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse [8].

La solidarité, une tradition vigneronne

La cuvée solidaire CIEL ROUGE en rappelle d’autres.

Les 12 et 13 novembre 1999, le Languedoc-Roussillon avait déjà été victime d’une catastrophe climatique majeure, sous la forme cette fois de pluies et de crues torrentielles (35 morts, 4600 ha de vignes détruites ou endommagées [9]).  Les vignerons de Fitou, des Corbières et du Minervois s’étaient unis pour une cuvée solidaire « Coup de Main », dont une partie du prix (10 francs) avait été destinée à aider les vignerons sinistrés à reconstituer leur vignoble.

Une initiative semblable avait été prise en 2003 par les établissements Lelièvre [10], premiers producteurs de Côtes de Toul, après l’incendie du Château de Lunéville. Là aussi, un euro par bouteille était destiné à la reconstruction de cette merveille architecturale du XVIIIe siècle, ancienne propriété des Ducs de Lorraine.

Nul doute que lors des vendanges 2026, des actions solidaires, des cuvées spéciales, viendront en aide aux sapeurs-pompiers et aux sinistrés des incendies de la forêt des Landes et de Gironde de l’été 2026, stabilisés mais toujours actifs lors de la rédaction de cet article.

Liens et références :

  1. Incendie de 2025 dans le massif des Corbières. Notice Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendie_de_2025_dans_le_massif_des_Corbi%C3%A8res
  2. Lauralie Margalejo et Olivier Tallès. Après les incendies, quatre initiatives solidaires pour permettre la reconstruction. © La Croix. Publié le 14 septembre 2025. https://www.la-croix.com/planete/apres-les-incendies-quatre-initiatives-solidaires-pour-permettre-la-reconstruction-20250914
  3. Château les Palais. Corbières. https://www.chateaulespalais.com/
  4. Domaine Montjoie, Corbières, 11220 Saint Laurent de Cabrerisse. (laurent.lignere@orange.fr) https://vins-corbieres.com/fiches-vignerons/domaine-de-montjoie/
  5. Cellier des Demoiselles, Cave coopérative de Saint Laurent de Cabrerisse. https://www.cellierdesdemoiselles.com/
  6. Site de la société INESSENS, imprimeurs. https://www.inessens.fr/
  7. Cuvée CIEL ROUGE. Château les Palais. https://www.chateaulespalais.com/vins/chateau-les-palais-ciel-rouge/corbieres-rouge-2024/47183
  8. Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse : l’ogre maîtrisé est mis en bouteille. ©L’indépendant. Publié le 19/09/2025 https://www.lindependant.fr/2025/09/19/saint-laurent-de-la-cabrerisse-logre-maitrise-est-mis-en-bouteille-12941502.php
  9. Freddy Vinet. Crues et inondations dans la France méditerranéenne. Les crues torrentielles des 12 et 13 novembre 1999 (Aude, Tarn, Pyrénées-Orientales et Hérault). 2003⟨hal-01895590⟩. https://hal.science/hal-01895590v1
  10. https://vins-lelievre.com/

© Texte posté le 02/08/2026

Tous nos remerciements à Béatrice et Jacky Trillou, de l’association nationale d’oenographilie (ANO). Certaines informations sont issues de leur article complet sur la cuvée Ciel Rouge paru dans la revue de l’ANO, n°80, printemps-été 2026.

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Des chiffres et des lettres

Une nouvelle tendance : des étiquettes de vin arborant bien en évidence des chiffres ou plutôt des nombres, plus ou moins énigmatiques… Rappelons déjà la différence : les chiffres sont aux nombres ce que les lettres sont aux mots.

Bien sûr, dès les origines, les étiquettes de vin ont affiché des nombres, calligraphiés à la plume ou imprimés. On ne parlera pas ici de ces nombres figurant en petits caractères, les millésimes, l’année de fondation de la maison, plus récemment les réglementaires volume et degré alcoolique du contenu, ou encore un numéro de bouteille, un code postal, un numéro de série d’imprimeur, etc… On n’évoquera pas non plus les nombres des étiquettes commémoratives, par exemple de l’an 2000, des 50 ans du débarquement allié / de la libération de villes françaises, ou des bicentenaires de la Révolution française ou de la naissance de Mozart…

Premiers millésimes manuscrits (fac simile), imprimés puis lithographiés sur étiquettes de vins

Nous avons déjà parlé de l’étiquette mystère « MT175 », qui célébrait les 175 ans de la naissance de l’inventeur du cépage Müller Thurgau [1]. D’autres nombres ou chiffres bien en évidence ont des inspirations très diverses.

Le temps qui passe

Sur notre étiquette de « tête » d’article, une cuvée de la maison de champagne Boquet, figure en évidence le nombre 365, le nombre de jours d’une année (non bissextile), entouré des 12 mois de l’année. 365 a été choisi pour la cuvée millésimée du domaine, produite au terme d’une seule année de production et de longues années de vieillissement en cave. Elle est issues de vignes en 1er cru à Vrigny, et composée de 1/3 de Chardonnay, 1/3 de Pinot noir et 1/3 de Pinot Meunier [2]. Cette jolie étiquette fait également référence au cycle de la vigne, au temps qui file inexorablement, comme le font les cadrans solaires…

Un repère géographique universel…

La cuvée Parallèle 45 de la maison Paul Jaboulet Aîné est une référence à la célèbre latitude de 45° nord, à laquelle, selon la maison : « naissent les grands vins du monde entier.  Il (le 45e P) traverse la France et passe par les caves de la Maison Paul Jaboulet Aîné. ».

Effectivement, Bordeaux et son vignoble sont sur le 45è parallèle Nord, ou presque, ainsi que les Côtes du Rhône autour de Valence. La commune de La Roche de Glun, où a été fondée la maison en 1834, est elle pile-poil sur le 45è parallèle, qui traverse ses chais et une partie de ses vignes.

Si on continue le 45e parallèle à l’est, on tombe, comme le montre l’étiquette initiale, sur des régions viticoles d’Italie (Piémont, Lombardie, Vénétie), de Croatie, de Roumanie, de Géorgie, de Chine, du Japon. Au-delà du Pacifique on arrive au niveau de l’État américain d’Oregon, qui produit certes du vin mais moins réputé que celui de Californie… Seraient donc exclus « des grands vins du monde entier » les vins de Bourgogne, de Loire, d’Alsace, de Champagne, les vins du Rhin, d’Autriche, de Toscane ou de l’Italie du Sud, d’Espagne et… de Californie, qui ne sont pas vraiment sur le 45è parallèle ? 
Il serait peut-être plus prudent et moins « chauvin » de remarquer qu’effectivement, dans l’hémisphère nord, les conditions climatiques et géographiques régnant autour du 45è parallèle sont propices à la culture de la vigne. Dans l’hémisphère sud, le 45e parallèle passe au-dessus des océans (95% de son trajet) mais croise les vignobles de Nouvelle Zélande et une partie de ceux d’Argentine. Il faut remonter un peu, entre les 20e et le 40e parallèles sud pour croiser ceux d’Afrique du Sud, d’Australie ou du Chili, qui produisent aussi « des grands vins du monde » ….

Une altitude…

L’étiquette de la cuvée 1050 de ce vin rouge des Canaries facilite le décryptage : « ALTITUDO 1050 metros ». Il s’agit d’un vin rouge issu de vignes d’altitude, le record pour le domaine Agala étant la cuvée 1380 issue de vignes perchées à 1380 m (mais je n’ai pas encore l’étiquette !). C’est haut pour la vigne, mais cela n’en fait pas le vin le plus haut du monde, et peut être pas le vin le plus haut d’Europe, titre discuté qui pourrait faire l’objet d’un article spécial…

Un second vin…

Dans les années 1980, la commercialisation des seconds vins des grands domaines de Bordeaux s’est généralisée. La pratique était assez ancienne pour les Carruades de Lafite, anciennement Moulin des Carruades, mais c’était initialement un domaine distinct dont l’histoire débute au XVIIIe siècle. La plupart des châteaux ont trouvé un joli nom attaché au cru principal pour désigner leur second vin : Le Petit Mouton, La dame de Montrose, la Sirène de Lynch Bages, le Clarence de Haut Brion, Le Pavillon rouge de Château Margaux, les Fiefs de Lagrange, Fleur de Pédescaux, etc….

Le château Lafon-Rochet, grand cru classé de Saint-Estèphe, avait choisi la simplicité et la transparence : « Numéro 2 de Chateau Lafon-Rochet ». Mais cela n’a pas duré, puisque le second vin du château s’appelle désormais « Les Pèlerins de Lafon-Rochet » et parfois aussi « Chapelle de Lafon-Rochet ».

Une parcelle préphylloxérique

La cuvée B418 est un vin de Corbières issu d’une parcelle bien particulière (B418 est le nom de la parcelle cadastrale) puisqu’elle abrite des ceps de carignan greffés âgés de plus de 130 ans, qui ont survécu au phylloxéra.  Le vigneron qui exploite cette parcelle est Michel Raynaud, à Boutenac dans l’Aude. Le vin est disponible en Bibs de 3 litres, commercialisé par la société BiBoViNo. Ecoutez Bruno Quenioux, élu caviste de l’année 2017 par Gault et Millau, en parler dans cette vidéo [3].

Un numéro d’assemblage

Collection 242, 243, 244, 245…. Depuis quelques années, la maison de champagne Louis Roederer égrène des numéros de collection sur ses étiquettes, les autres indications figurant sur les contre-étiquettes. Comme tout champagne non millésimé, ces cuvées collections sont des assemblages. Le site de la Louis Roederer nous indique que les différentes cuvées collection sont créées à partir de vins d’une réserve perpétuelle (débutée avec le millésime 2012) et de vins de réserve vieillis sous bois, complétés par « les meilleurs jus de la vendange la plus récente ».  La cuvée Collection 242 représente le 242ème assemblage de la Maison depuis sa création, et ainsi de suite…. Collection 246 correspond à l’assemblage de la vendange 2021 (55%) associée à la réserve perpétuelle (35%) et aux vins de réserve (10%).

Une date historique

La Cuvée 1582 du Domaine Verchant, situé à Castelnau-le-Lez (34170) tire son nom de la date de l’achat du domaine, alors propriété de l’abbaye de Maguelon, par le sieur Pierre Verchant, bourgeois de Montpelier, à l’évêque de Montpellier. La famille Verchant en a été propriétaire jusqu’en 1762.  Les 16 hectares de vignes du domaine sont plantés dans l’ancien lit du Rhône, en grès de Montpellier, autour d’une magnifique maison de maitre entouré d’un parc. La cuvée 1582 est un vin de pays d’Oc IGP vinifié en blanc demi-sec. Le premier millésime a été mis en bouteille en 2002 lors d’un rachat du domaine par Pierre et Chantal Mestre [4].

Une position !

La Cuvée 96 de Seppi Landmann, truculent et sublime vigneron de la Vallée Noble à Soultzmatt (Alsace) est une invitation polissonne : en 1996, renversez-vous ! Certes, la contorsion proposée en 1996 est plus acrobatique qu’en 1969…

Nous n’en rajoutons pas, afin d’éviter que le site hébergeur, basé dans les très prudes états unis d’Amérique, nous censure cette étiquette suggestive.

Un rapport parfait

Sans lien avec le paragraphe précédent, voici l’étiquette de la « Cuvée Rare LX » de Bandol.

LX pour 60 en chiffres romains… Pourquoi ce nombre ? Il a un rapport avec le diamant rond, dit « brillant », représenté en bas de l’étiquette, mais l’explication n’est pas triviale.

Ce Bandol d’exception est présenté comme un vrai « diamant rosé ». Le nombre 60 renvoie à un type de taille de diamant rond, appelée 60/60… Pendant des années, la taille 60/60 (combinaison d’un diamètre de table de 60 % et d’une profondeur totale de 60 %) a été considérée comme la taille idéale pour révéler tout l’éclat d’un diamant. La cuvée LX Rosé se veut ainsi « un hommage à l’équilibre parfait entre le climat, les cépages et le sol de Bandol, qui permet de créer le Rosé le plus lumineux ». Jusqu’où nous mène le marketing débridé… ?

Une œuvre d’art

Pour conclure, citons cette étonnante étiquette illustrée par une pyramide de chiffres, cette fois.

Il s’agit d’une étiquette du millésime 1988 du Château Grand Puy Lacoste, grand cru classé de Pauillac, très différente de l’habillage classique du château.

L’étiquette rend hommage au peintre franco-polonais Roman OPALKA (1931-1971). A partir de 1965, ce peintre conceptuel a développé un projet poursuivi jusqu’à sa mort : ne peindre que des nombres (des entiers naturels nous précise Claire Lommé dans son très beau site mathématique « Pierre Carrée » [5]), l’un suivant l’autre dans l’ordre croissant, en commençant par 1 jusqu’à l’infini. Cela explique le titre de l’œuvre inscrite en noir en haut de l’étiquette : OPALKA 1965 / 1 – ∞ (symbole de l’infini). Le concept renvoie, comme pour notre première étiquette mais de façon plus complexe, au défilement du temps et à la mort. L’artiste conceptuel s’en explique dans plusieurs interviews [6], [7]. Initialement, les nombres successifs étaient peints en blanc sur fond noir sur des tableaux verticaux de format identique (195 x 135 cm). A partir de 1972, Opalka a décidé d’éclaircir progressivement le fond pour aboutir à une quasi-monochromie de nombres blancs sur fond blanc (légèrement différent). En parallèle, il s’est photographié tous les ans de face dans un format identique. Le dernier nombre peint par Opalka l’année de sa mort est 5607249.

Pour cette étiquette, l’œuvre choisie n’est pas un nombre, mais une composition mathématique des 8 premiers « entiers naturels », disposés en pyramide, leur nombre égalant leur valeur. Les chiffres sont en noir sur fond gris très clair. La seconde mention dans la partie supérieure de l’étiquette, en allemand, indique que Roman Opalka a été le lauréat 1993 du prix « Kaiserring », attribué par la ville allemande de Goslar à des artistes contemporains [8]. Il est possible que cet étiquetage spécial du château Grand Puy Lacoste ait été commandé à l’occasion de la remise du prix à l’artiste. On remarque que la même année, en 1993, Opalka a offert une composition identique, au feutre sur carton, au médecin organisateur d’un colloque « Art/Fantasme/Cerveau » à Mouans Sartoux [9]  ]. Cette œuvre a été vendue aux enchères à Cannes en novembre 2020 [10] (illustration ci-dessous).

Liens et références :

  1. MT175 : Les 175 ans d’Hermann Müller. Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2025/12/06/les-175-ans-de-hermann-muller/
  2. Site du champagne Boquet. Cuvée 365. https://www.champagne-boquet.fr/champagnes/champagne-cuvee-365.html
  3. Corbières B418 2012. Vidéo du site Bibovino. https://www.youtube.com/watch?v=DaGaj-454Gc
  4. Domaine Verchant. Cuvée 1582. https://www.domainedeverchant.com/fr/nos-vins
  5. Opalka 1965 / 1 – infini. Pierre Carrée, blog de Claire Lommé. https://clairelommeblog.wordpress.com/2014/01/03/opalka-19651-infini/
  6. Roman Opalka, les nombres et la mort. Radio France. Emission La pièce jointe, Interview du jeudi 6 janvier 2022. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-piece-jointe/roman-opalka-les-nombres-et-la-mort-3842341
  7. Opalka- Fondu au blanc. Video INA. https://www.youtube.com/watch?v=p5I0rDF_xpQ
  8. Prix Goslarer Kaiserring, Wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Goslarer_Kaiserring
  9. Association Art Science Pensée/ Colloques. https://art-science-pensee.org/category/colloques/
  10. La gazette de drouot en ligne. https://www.gazette-drouot.com/article/roman-opalka-ou-l-obsession-des-chiffres/18491

© Texte posté le 21/06/2026

En hommage et remerciement au Professeur Damien Metz, pour les belles découvertes de la production champenoise et son sens du partage.

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

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Sur les hauteurs de Fronsac… Puy Guilhem

Trois étiquettes, un même domaine [1], mais trois versions pour le nom du château (Peyguillem, Puy Guilhem, Puy Guillem) et deux AOC différentes (Fronsac et Côtes de Fronsac). Même l’orthographe de la propriétaire fluctue. Il n’y a pas qu’en Bourgogne que les orthographes des noms de vignobles varient.

Le nom du Château

En fait, c’est le même. Pey ou Puy signifient « hauteur, promontoire », l’un en Occitan, l’autre en Français. De très nombreuses localités ou lieux-dits commencent par Pey- ou Puy- ou leurs dérivés (Pui, Pi, Puech), qui qualifient des lieux situés en altitude, aux sommets de collines ou de tertres, voire les sommets eux-mêmes (la chaîne des Puys en Auvergne). Guilhem ou Guillem sont des variantes catalanes et occitanes du nom d’origine germanique « Willahelm » ou « Willehelm », qui a aussi donné Guillaume en France ou William en Angleterre. Dans tous les cas, le nom du château signifierait « Hauteur de Guillaume ». Mais pas de trace d’un Guillem ou Guilhem parmi les notables locaux au Moyen Âge, ou après. Les seigneurs de Saillans, la famille de Carle, avaient leur propre château, voisin de Puy Guilhem, le Château de Carle [2] (ou Château de Carles selon l’orthographe actuelle).  Et Fronsac était érigé en Duché [3].

A Puy Guilhem, le joli château qui domine la propriété vinicole est de style Empire mais construit en 1868. Lui est constant sur les différentes étiquettes. Il est effectivement établi sur le point culminant  du plateau de Saillans, surplombant la vallée de l’Isle.

Fronsac (où Charlemagne aurait érigé un château en 769) et Canon sont eux aussi situés sur des hauteurs ou tertres rocheux, respectivement à 76 et 61 mètres d’altitude, avec vues magnifiques sur les vallées de la Dordogne et de l’Isle et les vignobles voisins de Pomerol et Saint Emilion.

L’appellation d’origine contrôlée (AOC)

Il ne s’agit pas de deux appellations différentes, mais de l’évolution d’une même appellation. Dans les décrets de 1937 et 1939 qui ont créé les deux AOC du Fronsadais, les dénominations officielles étaient « Côtes de Fronsac » et « Côtes de Canon-Fronsac » [4]. Les noms des deux AOC ont été simplifiés en « Fronsac » et « Canon-Fronsac » par décret en 1976 et 1964 [5, 6]. La quasi-totalité des étiquettes portant les AOC « Côtes de Fronsac » et « Côtes de Canon-Fronsac » sont donc antérieures à 1976, rien d’anormal à cela.

Exemples d’étiquettes portant les anciennes appellations « Côtes de » Fronsac ou Canon-Fronsac

Les propriétaires

La propriété de Peyguillem ou Puy Guilhem existerait depuis 1780, elle n’est pas citée, ni ses propriétaires de l’époque, dans les premières éditions du « Bordeaux et ses vins » de Cocks et Féret. Sur les 3 étiquettes du domaine entre 1966 et 1989, la propriétaire est Madame Janine MOTHES (avec un s), également propriétaire à l’époque du Château Puy Saint Vincent à Fronsac.

Etiquettes de Château Puy Saint Vincent, AOC Fronsac, avant et après 1995

Il n’est hélas pas possible de lui demander pourquoi elle a modifié plusieurs fois le nom du château, surtout entre 1966 et 1979, et finalement préféré le nom français au nom occitan [7] car elle est décédée à Saillans en 2017, à 91 ans.

Etiquette de Château Puy Guilhem de 2003, propriété de la famille Enixon.

En 1995, le château Puy Guilhem, dont l’orthographe ne changera plus sur les étiquettes, a été vendu, ainsi que Château Puy Saint Vincent, à Annie et Jean-François Enixon, qui en ont transmis l’exploitation à leur fils l’œnologue Jean-Marc Enixon en 2004.

En 2014, Château Puy Guilhem devient la propriété de Monsieur Gen-Xiong Li, riche investisseur sino-canadien [8] qui possède trois autres domaines, dont le château Plaisance à Capian. Depuis 2016, les vins de Château Puy Guilhem en Fronsac et Canon Guilhem en Canon Fronsac ont bénéficié avec succès de l’expertise de l’agronome Claude Bourguignon pour les sols et de l’œnologue Stéphane Derenoncourt pour la vinification.  Puy Guilhem et Canon Guilhem sont régulièrement cités dans le Guide Hachette des vins, avec des commentaires élogieux. Particularité, la propriété conserve des plants presque centenaires de Malbec, le cépage prédominant du Fronsadais au XIXe siècle, qui intervient encore pour 7 à 10% de l’assemblage des vins actuels, avec le Merlot (90%) et un peu de Cabernet Franc.

Visitez Fronsac et sa région magnifique et vous aurez certainement un coup de cœur pour ses excellents vins, d’un rapport qualité/prix très attractif !

Liens et références :

  1. Site du Château Puy Guilhem. https://www.chateaupuyguilhem.com/
  2. Histoire de Saillans. Site de la commune de Saillans. https://mairiedesaillans.jimdofree.com/vie-communale/la-commune/histoire/
  3. Les Ducs de Fronsac étaient également Ducs de Richelieu, de la famille du cardinal. Un des plus célèbre, Louis-François Armand Vignerot du Plessis (1696-1788), Maréchal Duc de Richelieu, arrière-petit-neveu du Cardinal, était Duc de Fronsac dans sa jeunesse, propriétaire d’un relais de chasse à Moulis (l’actuel Château Duplessis), gouverneur militaire de la Guyenne, grand buveur et jouisseur devant l’Éternel. C’est lui qui a promu le vin de Bordeaux à la cour de Louis XV, la « Tisane de Richelieu », que nous avons évoquée dans un autre article. Le Château Richelieu de Fronsac, toujours en activité vinicole et dont le propriétaire actuel est également chinois, perpétue par son nom le souvenir de l’illustre famille.
  4. Décret du 4 mars 1937 définissant l’appellation contrôlée « Côtes de Fronsac ». Décret modifié du 1er juillet 1939 définissant l’appellation contrôlée « Côtes Canon-Fronsac ».
  5. Décret du 28 juillet 1964 concernant l’appellation contrôlée « Canon Fronsac ».
  6. Décret du 21 septembre 1976. Modification du nom d’appellation d’origine « Côtes de Fronsac » qui Devient « Fronsac » https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000688281?init=true&page=1&query=21+septembre+1976+fronsac&searchField=ALL&tab_selection=all
  7. L’adresse du siège social de la société créée le 1er janv. 1979 par Madame Janine MOTHES était bien « CHATEAU PEYGUILLEM, 33141 SAILLANS »
  8. Brasseur Béatrice. Heureux comme un Chinois à Fronsac. ©Les Echos. Publié le 2 sept. 2019. https://www.lesechos.fr/weekend/gastronomie-vins/heureux-comme-un-chinois-a-fronsac-1212703

© Texte posté le 28/03/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Ces deux étiquettes anciennes mentionnent le nom de Fronsac mais leur châteaux ne sont pas dans l’aire d’appellation définie en 1937 et 1939. Le Château de Brague produit toujours du vin en AOC Bordeaux Supérieur. Le Domaine de La Rousserie semble avoir cessé toute activité vinicole et a été transformé en un lieu de réception et mariages…

Un cépage rare, l’Egiodola

Rien, en apparence, ne fait apparaitre l’originalité de cette étiquette de cuvée Les Quartz du château de la Mercredière, domaine ancien et renommé du Pallet en Loire Atlantique (44330).

L’originalité est cachée dans le cépage de ce vin de France rouge, produit dans la zone du Muscadet de Sèvre et Maine [1]. Lors de l’achat de la bouteille, j’ai demandé par curiosité au vendeur quel en était le cépage, il m’a répondu « Egiodola » … Egio quoi ? EGIODOLA ! Mais quel est donc ce cépage ?

Bien que son nom évoque une origine ibérique, ce cépage rare dit « métis », est d’origine française. Il a été créé avec beaucoup d’autres par Pierre Marcel Durquety, d’origine basque, chercheur en agronomie à Bordeaux .

Agorra,… Arinarnoa, … Arriloba, … Ederena, … Egiodola, … Ekigaïna, … Liliorila, … Odola, … Perdea, … Semebat.

Pour chaque nouveau cépage, P.M. Durquety a inventé un nom original, souvent par néologisme de forme construit à partir de mots de langue basque qui ne s’assemblent pas habituellement dans l’écriture courante, mais qui une fois associés prennent un nouveau sens.

L’Egiodola, sang pur ou pur-sang ?

Ainsi, Egiodola signifie « le sang pur » ou « le sang véritable », d’egi « la vérité ou la pureté » et odola « le sang » en langue basque. C’est un cépage de cuve noir créé en 1954, homologué en 1978 (numéro de clone 600), issu du croisement des cépages Abouriou, originaire du Lot et Garonne, et Tinta da Madeira, venant comme son nom l’indique de l’ile de Madère.

Agorra est un cépage blanc dont le nom signifierait« épuisé ». Arinarnoa signifie le « vin léger », Arin étant la « légèreté, une chose agréable ou versatile » et arnoa « le vin ».  Arriloba signifierait « le neveu de pierre » (Harri « pierre » et loba « neveu »).

Ederena signifie « le plus beau » et Ekigaïna « soleil haut », même origine que mot basque Ekaina pour le mois de juin.  Liliorila signifie probablement « la fleur jaune », de lili horiaLili « fleur » et horia la couleur « jaune ».

Perdea (comme Odola et Agorra) n’est pas un nom composé, c’est une des formes de Basque désignant la couleur verte. Semebat signifie « un fils », de Seme « fils » et de bat correspondant au chiffre « un » [2].

Pierre-Marcel Durquety

Pierre Marcel Durquety (1923-2016) est un ingénieur agronome issu de l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie (aujourd’hui institut agronomique) de Montpellier. Chercheur à l’INRA de Bordeaux , à la station du Sud-Ouest basée dans le domaine de la Grande Ferrade [3], il a fait de nombreuses recherches sur les maladies de la vigne et sur la création de nouveaux cépages. Entre 1950 et 1980, il a testé de multiples croisements intraspécifiques (c’est-à-dire deux variétés d’une plante d’une même espèce, en l’occurrence vitis vinifera). Parmi eux, l’Egiodola créé en 1954 et les cépages aux noms « basques », détaillés dans le tableau suivant.

Pierre-Marcel Durquety
reproduit avec autorisation © Jean Durquety.

Le but était de trouver des cépages productifs, qualitatifs pour le vin, et résistants aux maladies pour remplacer les cépages peu qualitatifs qui avaient été plantés dans les suites de la crise du phylloxéra.  Sept variétés, 4 rouges et 3 blancs, ont été inscrites officiellement au catalogue des cépages [2]. La plupart s’avèrent assez résistants et adaptés aux changements climatiques récents. En 2020, deux des créations de P.M. Durquety, l’Arinarnoa en rouge et le Liliorila en blanc, ont fait partie des 6 nouveaux cépages autorisés par l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) pour un test à grande échelle dans le Bordelais (4500 vignerons des appellations Bordeaux et Bordeaux supérieur) à des fins d’adaptation du vignoble [4].

A la découverte de l’Egiodola

L’Egiodola est autorisé en France pour faire du vin dans les départements de l’Ardèche, Aude, Aveyron, Corse, Gers, Gironde, Hérault, Landes, Loire-Atlantique, Lot, Lot-et-Garonne, Maine-et-Loire, Nièvre, Pyrénées Atlantiques, Pyrénées Orientales, Tarn-et-Garonne et Var. Sa surface de production est très réduite, 300 hectares en 2004. L’Egiodola donne un vin coloré et très aromatique, assez charpenté, généreux, tannique, avec des notes poivrées et épicées. Il se prête bien aux vins de primeur ou aux vins rosés.

L’Egiodola est souvent utilisé en coupage mais on trouve des cuvées 100% Egiodola rouge ou rosé en Loire Atlantique (au moins 7 producteurs), dans le sud-ouest (au moins 3 producteurs) et dans le Languedoc Roussillon. Les surfaces sont réduites, par exemple 1 ha pour la cuvée Les Quartz du château de la Mercredière qui a motivé cet article [1], entre 0,5 et 1,1 ha pour les autres domaines cités plus loin.  Il s’agit donc de cuvées très confidentielles. L’Egiodola est également cultivé au Brésil [5, 6] et en Suisse [7].

Cuvées d’Egiodola du Brésil (à gauche) et de Suisse (à droite)

Si vous voulez découvrir d’autres vins français 100% Egiodola, vous pourrez en trouver chez les producteurs suivants (liste non exhaustive) :

En Loire Atlantique, Domaine de la Noë, vignobles Drouard à Château-Thébaud  (44690, IGP Val de Loire, uniquement en rosé) ; Domaine de la Chevrue de Yannick Leblé à Vertou (44120, 1,1 ha d’Egiodola décliné en 4 vins rosé, rosé demi sec, rouge et pétillant) ; Domaine Les Hautes Noëlles à Saint Léger les Vignes (44170, 2000 bouteilles d’une cuvée Pléroma, IGP Val de Loire Rouge) ; Domaine Nicolas Suteau à la Remaudière (44430, 0,5 ha d’Egiodola proposé en rosé sec ou en rouge cuvée Le Rouge, et aussi une cuvée Caelia d’Egiodola/Pinot noir) ; La ferme des confluences, de Thomas Foubert, à Saint-Fiacre-sur-Maine (44690, rosé Egiodola IGP Val de Loire)  ; Domaine Bouchaud, Pierre-Luc et Valérie, également à Saint-Fiacre-sur-Maine (cuvée l’Egérie rosé) ;

Cuvées d’Egiodola de Loire Atlantique

En région Occitanie, Domaine de Revel à Vaïssac (82800, zone d’appellation Coteaux du Quercy, cuvée Revel’ation 100% Egiodola, IGP Comté Tolosan) ; Domaine Philémon à Villeneuve-Sur-Vère  (81130, zone d’appellation Gaillac, cuvée Egiodola produite en primeur) ; Cave des vignerons de Tursan / Cave des vignerons des Landes à Geaune (40320, cuvée rouge Exception 100% Egiodola, IGP Coteaux de Chalosse) ; Chateau de Brau à Villemoustaussou dans l’Aude (Cuvée Pure Egiodola, IGP Aude).

Cuvées d’Egiodola d’Occitanie

Il en existe probablement d’autres encore mieux cachés… Attention, les cuvées d’Egiodola citées, même si elles existent ou ont existé, ne se retrouvent pas toujours sur les sites internet des producteurs, il est donc préférable de les contacter directement.

Liens et références :

  1. Site du château de la Mercredière. Cuvée Les Quartz rouge ou rosé, 100% Egiodola  https://www.lamercrediere.com/nos-vins
  2. Pour chacun des cépages crées par P.M. Durquety, voir le site de l’ENTAV-INRA https://selections.entav-inra.fr/fr  et les sites wikipédia.fr correspondants.
  3. En 1921, à la création de l’INRA, La station du Sud Ouest a été constituée au domaine viticole de la Grande Ferrade, actuellement en AOP Pessac-Léognan. https://uevb.bordeaux-aquitaine.hub.inrae.fr/l-unite3/historique
  4. Laurence Lemaire (avec contribution d’ Olivier Yobregat, de l’Institut de la Vigne pôle Sud-Ouest). Le vignoble de Bordeaux va enfin planter de nouveaux cépages. L’hebdo le vin et la chine. https://www.hebdovinchine.com/vignoble-bordeaux-va-enfin-planter-nouveaux-cepages/
  5. L’Egiodola est cultivé à 100-700 m d’altitude dans les vignobles de la Serra Gaúcha, sud du Brésil. Domaines Pizzato vinhos, https://loja.pizzato.net/produto/vinhos-tintos/vinho-seco/pizzato-egiodola-reserva-1?srsltid=AfmBOootdliKz2za_52sjNQRU5R59RcBdaY7y2_B7TYP-9XItrp-fAzf   ;  
  6. Cave de Pedra, vignobles de la Serra Gaúcha, sud du Brésil https://loja.cavedepedra.com.br/vinhos-tintos/cave-de-pedra-reserva-egiodola-750ml
  7. Vins Badan, Didier et Annick Badan, Aigle, Suisse. Cuvée Sensation. https://badanvins.ch/produit/egiodola/

© Texte posté le 05/11/2025

Remerciements : un grand merci à monsieur Jean Durquety pour sa disponibilité, son aide documentaire et pour avoir fourni la photographie de P.M. Durquety

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Etiquettes et blasons

Comme toute collectionneuse ou tout collectionneur,  l’œnographile amasse des étiquettes de vin (ou d’alcool), les trie, les classe, et commence en général par une approche régionale, le plus souvent par appellation. Puis, immanquablement, arrive une très belle étiquette décorée, un tableau moderne, la commémoration d’un personnage célèbre, d’un évènement sportif, musical, culturel ou historique, un hommage au travail de la vigne …

Alors,  le besoin se fait sentir de constituer des thématiques, dont quelques-unes auront sa préférence et seront approfondies. Parmi elles, l’héraldique, les blasons et armoiries, constituent une thématique de choix. Il faut reconnaître que les étiquettes de cette thématique sont impressionnantes, parfois énigmatiques, toujours richement décorées et colorées, comme le confirmeront quelques spécimens reproduits dans cette page.

Même si les armoiries n’étaient pas réservées aux nobles et au clergé, l’héraldique renvoie à la chevalerie et la noblesse, et l’étiquette armoriée confère, à juste titre ou non, des valeurs d’ancienneté, de sérieux et d’excellence au domaine ou au vin qu’elle représente.

Cette étiquette de Sauternes Château ROCARD 1922 devrait intéresser les amateurs de cette thématique. Non qu’elle affiche des armoiries flamboyantes… Mais par le texte du petit bandeau vert qui souligne le modeste blason.

Il rappelle et célèbre un édit royal de du 22 novembre 1696 dont j’ignorais tout. Cet édit de Louis XIV « porte création d’une Grande Maîtrise, établissement d’un Armorial général à Paris, et création de plusieurs maitrises particulières dans les provinces » [1].

Le but avoué dans le préambule du texte de l’édit royal était de recenser toutes les armoiries existantes en France et d’en réglementer le port, afin d’éviter les usurpations, plagiats, appropriations abusives et les conflits qui s’ensuivaient.

Mais l’autre objectif, inavoué et malin, était de faire rentrer de l’argent dans les caisses du royaume, vidées par les précédentes guerres. En effet, l’inscription des armoiries dans l’Armorial général était payante : 20 livres pour les particuliers, 40 livres pour les comtés et marquisats, 50 pour les duchés et pairies, 50 livres aussi pour les évêchés, les cathédrales et les abbayes, 100 pour les grandes villes ou les archevêchés, et jusqu’à 300 livres pour les provinces, pays d’Etat et grands gouvernements. Une amende était prévue pour l’usage d’un blason non enregistré !

Malgré cela, l’initiative n’eut aucun succès. Les particuliers furent totalement réfractaires à l’enregistrement obligatoire, les charges de commissaires créées pour l’occasion afin de sillonner les provinces ne trouvèrent peu ou pas de candidats. Des mesures d’incitation puis de coercition n’évitèrent pas l’échec de l’entreprise et son abandon 4 ans plus tard.

Cet édit nous laisse quand même, outre un enregistrement même incomplet des principales armoiries de l’époque [2], quelques enseignements :

Le premier, assez peu connu, est que le système des armoiries était totalement libre, non réglementé et non réservé à la noblesse, comme l’explique l’avocat Pierre-Jean Ciaudo [3] : « Bien que leurs racines soient guerrières, et  donc nobiliaires, elles (les armoiries) se généralisent à l’ensemble de la société dès le XIIIème siècle où l’on connaît des bourgeois, puis au XIVème des paysans, qui les utilisent pour sceller leurs contrats. D’abord signe de reconnaissance dans les combats, puis expression sigillaire pour l ‘authentification des actes juridiques, leur extension est telle qu’elles deviennent même des marques de fabrique pour les artisans ».

Le second est que cet édit est la première (et a priori la dernière) tentative de l’état français à s’immiscer dans une quelconque régulation ou contrôle des armoiries.

Le troisième, mais là ce n’est pas une surprise, est que l’inventivité des gouvernants est sans limite pour essayer de remplir les caisses de l’état, et ce de tout temps !

Extrait de l’Armorial de France de Charles D’Hozier, généralité de Chalons

Liens et références :

1. Édit… portant création d’une grande maistrise générale et souveraine, et établissement d’un armorial général à Paris, ou dépost public des armes et blasons du Royaume ; et création de plusieurs maistrises particulières dans les provinces… Registré en la Chambre des Comptes Louis XIV (1638-1715; roi de France). https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86019266.image

2. Charles D’Hozier. Armorial général de France. BNF. Accessible via le site du centre de recherches du Château de Versailles. https://www.chateauversailles-recherche.fr/francais/ressources-documentaires/corpus-electroniques/sources-manuscrites/armorial-general-de-france-par.html

3. Pierre-Jean Ciaudo. L’application de l’édit de novembre 1696 dans la région grassoise. Cahiers de la Méditerranée  Année 1977  15  pp. 49-73. https://www.persee.fr/doc/camed_0395-9317_1977_num_15_1_1441

© Texte posté le 30/11/2021

A part la première, les étiquettes illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur. Choix a été fait de ne sélectionner que des blasons et armoiries comportant du bleu, pardon d’Azur… et des étiquettes décollées qui ont vécu et en gardent quelques traces. Parce que la couleur bleue est assez rare sur les étiquettes et qu’elle ressort particulièrement bien. Et puis aussi parce que ce texte a été débuté avec l’épopée écourtée des bleus lors de l’euro de football et terminé le jour de la victoire historique d’autres valeureux bleus face à l’équipe de Nouvelle Zélande!

La Valse des étiquettes

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« Drôlatiques, coquines ou romantiques, les étiquettes des bouteilles de vin offrent matière à raconter  une histoire… »                 

P. Vavasseur 

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Ne vous est-il jamais arrivé d’acheter une bouteille chez votre caviste de quartier ou au supermarché, uniquement parce que l’étiquette est amusante, le nom du vin original, en clin d’œil ou jeu de mots ?

J’avoue que cela m’arrive souvent… et je suis rarement déçu. Car l’exercice ne souffre pas la médiocrité. Les vignerons qui se prêtent à ce jeu sont en général dotés d’un souci de la qualité doublé d’un solide sens de l’humour voire de la provocation. Ils nomment de façon originale leurs cuvées un peu spéciales, faites de cépages anciens ou interdits dans l’AOP de leur région. Ou bien leurs vins plaisir, à partager entre amis sans se prendre la tête et sans se ruiner. Ils ciblent aussi une clientèle plus jeune, curieuse, moins préoccupée par les méandres et contraintes des appellations officielles. D’ailleurs, ces vins ont souvent l’appellation la plus simple « vin de France », tandis que d’autres arborent toutes les caractéristiques des exigeantes AOP.

Cela a été une joie de découvrir dans le supplément Week-End du journal Le Parisien du 19 juin 2020 [1] un article intitulé « LA VALSE DES ETIQUETTES » qui traite justement de ces (bons) vins achetés pour leur étiquette.

Son auteur, Pierre VAVASSEUR est journaliste, écrivain, grand reporter au Parisien, amoureux des livres et récent créateur d’un très beau blog, lumineux même, consacré à la littérature [2]

Visiblement épicurien, il a composé un poème à partir des vins qu’il aime offrir à ses amis et qu’il choisit, dit-il, en fonction du « petit nom du jaja ».

Je me suis amusé à retrouver les vins qui composent son ode…. Pour une fois, ce n’est pas une, mais près de 75 étiquettes qui nous racontent une histoire !

Voici le poème et son texte d’introduction, reproduits avec l’autorisation de l’auteur et du Parisien, que nous remercions :

« A chaque fois que je suis invité chez des amis, comme l’autre soir par exemple, j’apporte une bouteille choisie en fonction de l’étiquette. Sauf que ce ne sont ni le cru ni le cépage qui m’attirent, mais le petit nom du jaja. Il en existe des amusants, osés, lyriques… tout un poème, autrement dit. Il fallait bien en écrire un. »

Respiration !…..Parmi les 74 noms relevés, des vins de toute la France ou de l’étranger (2 citations), quelques noms de domaines et non de cuvées (la Chouette du Chai, Haut Marin, domaine de la Prose) et même celui d’une brasserie iséroise (la Marmotte masquée) !

Pierre VAVASSEUR, bourguignon de naissance, a très bon goût. En fait de «jaja», sa sélection ne comporte pas de vins bas de gamme, et si quelques-uns ont un prix modéré (entre 5 et 13 euros), la majorité coute quand même  20 à 50 euros et certains atteignent des petits sommets (60 euros les 37,5 cl pour la cuvée Sul Q, on l’est effectivement…). Presque tous sont des vins bio, voire élaborés en biodynamie. Certains vignerons sont très bien représentés, en particulier le domaine d’Anne et Jean-François Ganevat, vignerons réputés du Jura (14 produits). Les vins dont le nom correspond à plus de 3 domaines (ex: cuvées Les Terrasses, les Anges, Plénitude) n’ont pas été détaillés. 

Outre leur habillage, à découvrir dans le carrousel surmontant le poème, les voici par ordre de citation (à consommer avec modération) :

Liens et références :

1. Les mots de Pierre. La valse des étiquettes. © Le Parisien Week-End, supplément au Parisien N° 23376 du vendredi 19 juin 2020.

2. Des minutes de lumière en plus. Blog littéraire de Pierre Vavasseur  

© Texte posté le 10/05/2021

Les vignerons à l’assaut de la COVID-19 !

(Dimensions de l’étiquette originale :  95 x  68 mm ; contre étiquette 55 x 68 mm)

A nouveau, ce blog présentant des étiquettes de vin rares ou originales est  bousculé par l’actualité. Celle qui bouleverse le monde depuis la fin 2019 : la pandémie de COVID-19.

Vignerons, marchands, négociants, œnologues, tous ont eu des idées pour faire face au virus. Sérieuses ou pas… surtout pas d’ailleurs! Mais l’humour et la dérision aident aussi à survivre, non ? Petit florilège, pour tous les stades de la maladie…

LE DEPISTAGE

Tout le monde sait maintenant que de nombreuses personnes infectées par le virus SARS-CoV-2 perdent l’odorat (anosmie) et le gout (agueusie). Cette atteinte neurologique en général bénigne de la COVID-19 concernerait environ 60% des cas. En contexte pandémique, perdre l’odorat est pour beaucoup un indicateur qu’il ou elle a peut-être attrapé le virus et doit se faire tester.

Avec cette cuvée « TEST COVID », Jean-Christophe Mauro, vigneron et propriétaire de la Chapelle Bérard (68 hectares en bio à Saint-Quentin-de-Caplong entre Libourne et Bergerac) joue avec beaucoup d’humour sur la perte de gout et d’odorat liée à la COVID-19.

L’étiquette au graphisme simple et accrocheur est un mode d’emploi :

« Verse-toi un grand verre de vin et sens le.

Si tu arrives à le sentir, goûte-le.

Si tu arrives à le sentir et à le goûter, tu n’as pas la Covid !!! ».

Partie d’une rigolade entre amis, mais aussi d’un souci réfléchi de se démarquer et relancer la vente des vins de sa région, cette cuvée est un vrai succès commercial. Parce que le vin est très bon, bio, proposé à moins de 10 euros la bouteille, les clients y reviennent pour sa qualité après avoir acheté la première bouteille par curiosité et amusement.

Cette cuvée est aussi (si vous avez toujours votre odorat) une invitation à découvrir les autres vins « transgressifs » de Jean-Christophe Mauro [1] : « les flacons flingeurs », étonnants Bordeaux de monocépages, « OOups », un rouge clairet à l’ancienne, « Censuré », un blanc de noirs aromatique et d’une superbe couleur œil de perdrix, ou encore « le Vin qui claque sa mère » !… Des habillages originaux pour de très bons vins bio, ciblant une clientèle jeune et moins « traditionnelle ».

JC Mauro a été imité (voire plagié…) quelques temps après par un autre vigneron, Christophe Avi, propriétaire du domaine du bois de Simon à Laplume (Lot et Garonne), qui a également proposé pour les fêtes de fin d’année 2020 (photo ci-dessous) une cuvée « TEST COVID », un merlot-Tannat 2018 d’AOP Brulhois. 

Là aussi, l’étiquette donne les 3 indications : 1. Servir un verre 2. Sentir le vin 3. Goûter le vin. Et la conclusion « Si vous trouvez du goût et de l’odeur, vous n’avez pas la Covid »

LA DESINFECTION

En cette période de COVID-19, on n’a probablement jamais autant consommé d’alcool… hélas sous la forme non comestible de gel hydro-alcoolique. Pourrait-on envisager comme désinfectant et virucide des formes plus sympathiques d’alcool ?

L’immense et regretté Jacques Puisais, biologiste, œnologue et philosophe, apôtre du « gout juste », avait établi sa résidence à Chinon, en Touraine. 

A 93 ans, il avait ses propres mesures barrières qu’il appliquait à tous ses visiteurs, comme le rappelle un de ses amis [2] :

« (Jacques) avait mis une barrière stricte pour le rencontrer à son domicile. Je l’ai visité à plusieurs reprises pendant les périodes de déconfinement et la procédure était la suivante :

– Masque obligatoire

– Lavage des mains

– Un verre d’eau de vie de prune pour purifier la bouche !!! »

Hélas, cela n’a pas suffi car le virus a fini par emporter Jacques Puisais le 6 décembre 2020.

LES TRAITEMENTS

C’est aussi en Touraine qu’est domiciliée l’Association Nationale d’Oenographilie ou ANO (les collectionneurs d’étiquettes et de documents sur le vin, la bière, les alcools) . Tous les ans, pour son assemblée générale, elle édite des étiquettes pour des cuvées spéciales. En 2020, à cause de la COVID-19, l’AG n’a pu avoir lieu mais l’ANO a maintenu sa tradition et a commandé une cuvée spéciale de Chinon, cher à Jacques Puisais, décorée d’une étiquette humoristique rendant hommage au personnel soignant (déco pour le tour de France cycliste ?) et comportant  un message fort : 

« Une dose de Chinon 2020, mieux que la Chloroquine« .

Message fort et totalement véridique, car il est maintenant admis que la chloroquine n’a aucun effet bénéfique sur la COVID-19…. Un excellent Chinon ne peut donc pas faire moins bien ! Et peut-être mieux, car consommé avec modération, n’est-ce pas un réel antidote à la morosité ? 

LES VACCINS

On retrouve ici Christophe Avi, propriétaire du domaine du bois de Simon (Lot et Garonne) qui propose sa prochaine cuvée thématique : 

« VACCS’VIN »!!

Disponible uniquement à partir de février 2021, comme cela avait été annoncé pour les vrais vaccins !

Et on retrouve également Christophe Mauro, avec une autre cuvée éphémère brocardant l’absence de vaccin français. On n’a pas de vaccin français, mais….

Dans le domaine des « vaccins » anti COVID, la palme de l’humour revient incontestablement à ce gérant d’un magasin de Bruxelles, qui dès mars 2020 avait exposé dans sa vitrine « LE VACCIN DU MOMENT : DEUX CORONAS ACHETEES, UNE MORT SUBITE OFFERTE ». 

Il parlait de bières bien sûr !….

Hélas, son idée a fortement déplu au responsable de la chaine de magasins dont il dépendait, et son vaccin du moment, pas très efficace au demeurant, a dû être retiré.

LA REEDUCATION OLFACTIVE

Terminons sur du plus sérieux. La perte d’odorat ou de goût régresse spontanément dans 50% des cas, le plus souvent en moins de 8 jours. Mais pour certains, elle persiste et peut durer plusieurs mois. Ce qui n’est qu’un désagrément pour tous, surtout les amateurs de vins, devient un drame pour les professionnels du vin (œnologues, sommeliers, vignerons) ou d’autres secteurs (gastronomie, parfumerie). Des services d’ORL ou de neurologie proposaient déjà des programmes de rééducation olfactive, dont le principe repose sur des stimulations répétées de l’odorat par une série d’odeurs ou de flagrances. L’Institut des sciences de la vigne et du vin de l’Université de Bordeaux a repris cette méthode et mis au point un kit de rééducation pour ses étudiants victimes des troubles sensoriels post COVID. La diffusion de ce kit va être élargie au grand public. A Nice aussi, le CHU remet des kits de rééducation olfactive, à base d’échantillons de cires diversement parfumées (aneth, thym, cannelle, girofle, coriandre, vanille, menthe, lavande,…) aux patients atteints, dans le cadre d’une étude visant à évaluer l’efficacité d’une telle rééducation.

Ces initiatives ne font que reprendre, dans un but thérapeutique, le concept du « Nez du Vin » créé dans les années 1980 par Jean Lenoir [4]. Le coffret, associant un livre sur les principes et étapes de la dégustation et des petites fioles contenant des extraits de parfums basiques, a eu un succès mondial. Réédité en plusieurs langues, il a été étendu depuis à l’Armagnac, au Whisky, au café…

N’attendez pas d’attraper le virus pour vous (ré)éduquer.

A votre santé !

© Le Nez du Vin. Editions Jean Lenoir

Liens et références :

1. Site du domaine La chapelle Berard de JC Mauro. www.chapelle-berard.com

2. Le Goût Juste. Blog de Jacques Puisais. Hommage de Roger Pallone. http://jacques-puisais.over-blog.com/2020/12/a-dieu-jacques.html

3. Site de l’Association Nationale d’oenographilie   http://www.associationnationaleoenographilie.com/

(voir aussi la page «  d’autres belles étiquettes« )

4. Cuvée Vaccs’vin, site des vins de Christophe Avi. https://christopheavi.com/vignobles-de-france/regions-viticoles/extra-terroirs/vaccsvin

5.  Le Nez du Vin. Editions Jean Lenoir. https://www.lenez.com/fr/editions-jean-lenoir/concept

© Texte posté le 12/02/2021

Vins disparus, le vin des Queyries…

(Collection particulière)

Contrairement à la première impression, il ne s’agit pas d’une étiquette de Champagne, mais d’une étiquette lithographiée de vin de Bordeaux, rouge très probablement, appelé vin des Queyries. Il provenait de La Bastide, cité intégrée en 1865 à la ville de Bordeaux, qui a connu une grande prospérité entre le XVIIIème siècle et les années 1950.

Dans la seconde édition de 1845 de leur « Traité sur les vins du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde » [1], Franck et Fauré citent les vins de Queyries comme les meilleurs vins girondins dits « de Palus » :

« La nature a spécialement consacré le département de la Gironde à la culture de la vigne : les vignobles y prospèrent dans tous les terrains, dans les graves, sur les coteaux, et même dans le sol d’argile qui borde les rivières de la Garonne et de la Dordogne. Ces rivages plantureux qui ont conservé le nom latin de Palus, produisent des vins rouges justement appréciés. La première de toutes les palus est celle des Queyries, située vis-à-vis Bordeaux. C’est cette langue de terre qui des coteaux du Cypressat s’avance, sur la rive droite du fleuve, vers le magnifique croissant que forme le port. »

Plan de Bourdeaux et de ses environs. Fait par Matis [Hippolyte], géographe ordinaire du roy (s.d.) [1716-1717]. Détail sur les vignes du palus de Qaéry et La Bastide, face au port de la lune et aux Chartrons

Vins robustes de coupage, mais aussi vins consommés en propre, en cuvée millésimée et avec étiquetage assez luxueux, comme le prouve cette étiquette de 1839. Selon Franck et Fauré, les vins des Queyries se prêtaient bien à la l’épreuve du « retour des Indes », consistant à faire voyager aux tropiques les vins dans les cales des voiliers, aller et retour, afin de les bonifier. « Alors que les voyages de long cours étaient moins rapides, les Queyries étaient très recherchés; on aurait eu crainte d’exposer longtemps aux ardeurs tropicales des vins plus légers ; on en faisait même revenir d’outre-mer pour leur donner par ce double voyage une haute valeur très-renommée. ».

Cette technique étonnante et coûteuse s’adressait essentiellement aux vins robustes : «Certains vins très alcooliques, chargés d’éléments qu’ils ont besoin de dépouiller pour vieillir, les Porto, les Xérès, parfois même des Bordeaux ou des Bourgognes très corsés, mûrissent plus rapidement si on les soumet pendant un certain temps à un brassage, particulièrement à celui d’un voyage en mer. » (Paul Cassagnac Les Vins de France Hachette 1927).

Bouteilles et étiquettes de  cuvées « Retour des Indes » de Château Pontet Canet, Château Lafitte, et de Château Chasse Spleen 1864. source : Page FB Duperé BarreraL’origine de ces vins remonterait à Gaspard d’Estournel, propriétaire du Château Cos d’Estournel à Saint Estèphe [2]

La vigne a déserté les palus de ces bords de la gironde, industrialisés et urbanisés depuis bien longtemps. Le site « quai de Queyries, mon amour » rappelle l’histoire des queyries, liées aux pierres de l’Entre-Deux-Mers acheminées à Bordeaux par voie fluviale [3]. Extrait :

« Les pierres des coteaux de l’Entre Deux Mers étaient transportées jusqu’à la Garonne, par voie fluviale, le long des « esteys » (cours d’eau) qui traversaient les plaines des Queyries, anciens marécages nouvellement asséchés. Dans ces plaines fertiles, on faisait pousser des vignes de palus, qui donnaient les vins des Queyries, très connus et appréciés au XVIIIème siècle.

Lors de la construction du premier pont de Bordeaux, le Pont de pierre, en 1822, les quais Queyries et Deschamps, l’un en aval, l’autre en amont du pont, sur la rive droite, dans le quartier de la Bastide, commencèrent à s’industrialiser. Les industries firent disparaître les vignobles. La première grande gare bordelaise, desservant la ligne Bordeaux Paris, fut construite sur le quai des Queyries en 1852. La Bastide était riche et puissante. La ville de Bordeaux réussit alors, après de nombreuses difficultés [4], à annexer ce quartier qui faisait pourtant partie de la commune de Cenon. En 1865 Cenon la Bastide devint Bordeaux Bastide.

Le quai des Queyries, avec sa gare, sa gare maritime, ses appontements, ses entreprises, ses usines, son transbordeur aérien pour le charbon, ses docks, ses chantiers navals, connut jusque dans les années 1950 une prospérité inégalée. Abandonné à partir des années 1970, il se couvrit de friches industrielles envahies par les ronces. »

Actuellement, il existe un Clos des Queyries situé dans le quartier de La Bastide à Bordeaux, très joli bâtiment du XVIIIè-XIXè siècle entourée d’un parc, transformé en chambre d’hôtes de charme et de luxe [5]. Peut-être le château d’une ancienne propriété viticole ?

Le Clos des Queyries, matin de septembre. Un havre de calme, de verdure, de fraicheur proche du centre historique de Bordeaux. Accueil très chaleureux, on recommande !

Liens et références :

1. Jean-Joseph Fauré et William Franck. Traité sur les vins du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde (2e édition revue, augmentée et accompagnée d’une carte…)Chaumas Editeur, Bordeaux1845. Accédé par le site GALLICA https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6529165f/texteBrut

2. Indiablognote. Retour des Indes, l’explication.  http://www.indiablognote.com/article-retour-des-indes-l-explication-45588529.html (lien inaccessible depuis 2021)

3. Site internet « quai de Queyries, mon amour ». Ce site créé en 2003 par Christophe Laichouchen, riche de textes et de photographies, était accessible en 2020 lors de la première publication de cet article, reste référencé sur wordpress mais hélas non accessible lors de la mise à jour de 2023.  Espérons une prochaine remise en ligne de ce très beau site … http://www.quaidequeyries.net/

4. Alexandre Saramite, Essai d’un point de vue géopolitique sur le pont Bacalan-Bastide à Bordeaux, 2011. Les premiers chapitres de ce travail sur le « pont Chaban Delmas » détaillent de façon vivante et illustrée l’historique des difficultés de communication entre les deux rives de la Garonne à Bordeaux. https://www.academia.edu/12225180/Essai_dun_point_de_vue_g%C3%A9opolitique_sur_le_pont_Bacalan_Bastide_Chaban_Delmas_%C3%A0_Bordeaux

5. Site du Clos des Queyries. https://www.leclosdesqueyries.com/

© Texte posté le 27/06/2020, mis à jour le 04/09/2023

Les Cadillac

Tous les éléments sont réunis sur cette étiquette délicieusement kitch de Cadillac « Château Le Gascon » pour raconter une histoire extraordinaire. Celle qui relie le vin de Cadillac et la marque automobile du même nom.

La voiture, d’abord : cette Cadillac est un cabriolet convertible série 6200, fabriqué en 1959. Voiture mythique, voiture de star, …. rose bien sûr !

Le vin, ensuite : le Cadillac est un vin blanc liquoreux du bordelais dont la qualité a été reconnue par une AOC/AOP propre en 1973. La ville de Cadillac est une ancienne bastide située sur la Garonne dans l’Entre deux Mers. La zone de production, qui couvre 22 communes autour de Cadillac, est voisine des AOC/AOP Loupiac et Sainte Croix du Mont. Le vignoble produit également d’excellents vins rouges d’appellation « Cadillac Côtes de Bordeaux », AOC/AOP qui a remplacé en 2009 l’AOC « Premières Côtes de Bordeaux rouges », ainsi que des vins blanc sec « Première Côtes de Bordeaux Blanc ».

Mais quel lien unit les deux « Cadillac », le vin et la voiture ?

C’est un homme, Antoine de Lamothe-Launay, sieur de Cadillac.

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Jeune officier de l’armée française, arrivé en aventurier au Canada et en Amérique du Nord, il y a fait rapidement son chemin, a commandé plusieurs forts et a fondé en 1701 la « Ville d’Etroit», devenue Detroit, future capitale de l’industrie automobile américaine [1]. En 1902, dans l’enthousiasme des commémorations du bicentenaire de la fondation de Detroit, les créateurs de l’entreprise automobile décident de baptiser leur firme « Cadillac », du nom du fondateur de la ville. En 1906, les armoiries du « sieur de Cadillac » sont retenues comme logo par le constructeur. Elles ornent depuis, dans des versions de plus en plus stylisées ou tronquées, les calandres des Cadillac [2, 3].

Le seul accroc à cette belle histoire, c’est que Lamothe-Cadillac n’est pas le vrai nom de notre aventurier, et que ses armoiries ont été bricolées à partir de celles d’autres familles ! Le fondateur de Detroit se nommait en fait Antoine Laumet [1]. Il s’est inventé une nouvelle identité plus flatteuse à son arrivée en Nouvelle-France, pratique courante à l’époque. Sa nouvelle identité, ainsi qu’une partie des armoiries, ont été « empruntées » au baron de Lamothe-Bardigues, seigneur de Cadillac et de Launay. Notre Antoine, natif de Saint-Nicolas de la Grave (Tarn-et-Garonne), n’avait donc aucun rapport direct avec la ville de Cadillac, mais était un véritable gascon.

Notons pour terminer que le château Le Gascon, s’il évoque les vraies origines du faux « Sieur de Cadillac », tient surtout son nom du lieudit « Gascon » de la commune de Loupiac, limitrophe de Cadillac, où est située la propriété. Etonnante coïncidence !

Liens et références :

1. Édouard Forestié, «Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de Détroit (Michigan), gouverneur de la Louisiane et de Castelsarrasin. – Notes complémentaires», Bulletin archéologique et historique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1907, tome 35, p. 175-196. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5663511j/f197.image

2. Cadillac Logo Meaning and History (© 2019 Car Brand Names). http://www.car-brand-names.com/cadillac-logo/

3. Blog oklahoccitania :  http://oklahoccitania.canalblog.com/archives/2009/02/04/12180653.html

© Texte posté le 15/05/2020