La Valse des étiquettes

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« Drôlatiques, coquines ou romantiques, les étiquettes des bouteilles de vin offrent matière à raconter  une histoire… »                 

P. Vavasseur 

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Ne vous est-il jamais arrivé d’acheter une bouteille chez votre caviste de quartier ou au supermarché, uniquement parce que l’étiquette est amusante, le nom du vin original, en clin d’œil ou jeu de mots ?

J’avoue que cela m’arrive souvent… et je suis rarement déçu. Car l’exercice ne souffre pas la médiocrité. Les vignerons qui se prêtent à ce jeu sont en général dotés d’un souci de la qualité doublé d’un solide sens de l’humour voire de la provocation. Ils nomment de façon originale leurs cuvées un peu spéciales, faites de cépages anciens ou interdits dans l’AOP de leur région. Ou bien leurs vins plaisir, à partager entre amis sans se prendre la tête et sans se ruiner. Ils ciblent aussi une clientèle plus jeune, curieuse, moins préoccupée par les méandres et contraintes des appellations officielles. D’ailleurs, ces vins ont souvent l’appellation la plus simple « vin de France », tandis que d’autres arborent toutes les caractéristiques des exigeantes AOP.

Cela a été une joie de découvrir dans le supplément Week-End du journal Le Parisien du 19 juin 2020 [1] un article intitulé « LA VALSE DES ETIQUETTES » qui traite justement de ces (bons) vins achetés pour leur étiquette.

Son auteur, Pierre VAVASSEUR est journaliste, écrivain, grand reporter au Parisien, amoureux des livres et récent créateur d’un très beau blog, lumineux même, consacré à la littérature [2]

Visiblement épicurien, il a composé un poème à partir des vins qu’il aime offrir à ses amis et qu’il choisit, dit-il, en fonction du « petit nom du jaja ».

Je me suis amusé à retrouver les vins qui composent son ode…. Pour une fois, ce n’est pas une, mais près de 75 étiquettes qui nous racontent une histoire !

Voici le poème et son texte d’introduction, reproduits avec l’autorisation de l’auteur et du Parisien, que nous remercions :

« A chaque fois que je suis invité chez des amis, comme l’autre soir par exemple, j’apporte une bouteille choisie en fonction de l’étiquette. Sauf que ce ne sont ni le cru ni le cépage qui m’attirent, mais le petit nom du jaja. Il en existe des amusants, osés, lyriques… tout un poème, autrement dit. Il fallait bien en écrire un. »

Respiration !…..Parmi les 74 noms relevés, des vins de toute la France ou de l’étranger (2 citations), quelques noms de domaines et non de cuvées (la Chouette du Chai, Haut Marin, domaine de la Prose) et même celui d’une brasserie iséroise (la Marmotte masquée) !

Pierre VAVASSEUR, bourguignon de naissance, a très bon goût. En fait de «jaja», sa sélection ne comporte pas de vins bas de gamme, et si quelques-uns ont un prix modéré (entre 5 et 13 euros), la majorité coute quand même  20 à 50 euros et certains atteignent des petits sommets (60 euros les 37,5 cl pour la cuvée Sul Q, on l’est effectivement…). Presque tous sont des vins bio, voire élaborés en biodynamie. Certains vignerons sont très bien représentés, en particulier le domaine d’Anne et Jean-François Ganevat, vignerons réputés du Jura (14 produits). Les vins dont le nom correspond à plus de 3 domaines (ex: cuvées Les Terrasses, les Anges, Plénitude) n’ont pas été détaillés. 

Outre leur habillage, à découvrir dans le carrousel surmontant le poème, les voici par ordre de citation (à consommer avec modération) :

Liens et références :

1. Les mots de Pierre. La valse des étiquettes. © Le Parisien Week-End, supplément au Parisien N° 23376 du vendredi 19 juin 2020.

2. Des minutes de lumière en plus. Blog littéraire de Pierre Vavasseur  

© Texte posté le 10/05/2021

La Pucelle et la Putain

(Dimension des étiquettes originales :  120 x 70 mm et 120 x 100 mm)

Clos de la Pucelle, clos de la Putin. Ainsi se nomment deux parcelles distantes de quelques kilomètres, l’une à Rully, l’autre à Givry, dans la côte chalonnaise, en Bourgogne.

La pucelle est à l’opposé de la putain, dont putin est une variante. Pourquoi les anciens propriétaires de ces vignes (au moyen âge ?) ont-ils choisi des noms de signification aussi éloignée pour des vignobles d’exception ? Peut-être parce que, contrairement aux apparences, pucelle et putain ne sont pas si différentes….

Le site du domaine de Belleville, également propriétaire dans le 1er cru La Pucelle à Rully [1], nous dit  que « L’origine du nom remonte au Moyen Age. L’histoire raconte que le Seigneur de Rully a partagé ses terres et donna à sa fille la plus jeune, la meilleure de ses parcelles. La Pucelle vient de l’adjectif latin « Pulcella » qui se traduit par ‘ Jolie, belle, charmante’. »

En effet, les dictionnaires de latin indiquent que pulcella est le féminin de pulcellus, qui se traduit par « mignon, charmant, joli ». Les dictionnaires étymologiques ou historiques ne sont pas tous d’accord pour affirmer que pucelle provient de pulcella. Mais ils nous confirment que, si le nom de pucelle a désigné dès l’origine « une femme qui n’a pas connu d’homme », il a également été utilisé pour désigner de façon générale une jeune fille, et celui de « pucelette » une fillette. Selon Anatole France, « Dans le langage familier, une pucelle était une fille d’humble condition, gagnant sa vie à travailler de ses mains, et particulièrement une servante. Aussi nommait-on pucelles les fontaines de plomb dont on se servait dans les cuisines. Le terme était vulgaire sans doute; mais il ne se prenait pas en mauvaise part. » (Anatole France, Vie de Jeanne d’Arc, Calmann-Lévy, 1908).

Le plus célèbre des clos de la Pucelle (ou des Pucelles ou Pucelles) est situé à Puligny-Montrachet, dans la côte de Beaune. C’est une des meilleures parcelles (ou climat) de Puligny, classée en 1er cru, et située tout près des plus grands, Montrachet et Chevalier-Montrachet, et contiguë des deux autres grands crus de la commune, Bâtard-Montrachet et Bienvenue-Bâtard-Montrachet. 

La tradition locale rapporte une histoire très voisine de celle de Rully pour expliquer les noms de ces prestigieux climats : le partage, au moyen âge, des terres du seigneur de Puligny entre ses enfants : le fils aîné ou « chevalier », les filles ou « pucelles » et le « bâtard ». Dans les deux cas, la pucelle serait donc simplement la fille de l’ancien propriétaire.

Mais la putain, alors ?

L’étiquette, ainsi que le site de Michel Sarrazin et fils [2], propriétaires du Clos de la Putin à Givry, nous indique que « L’origine du Clos de la Putin remonte au XVIème siècle. Il doit son nom aux qualificatif donné aux très belles filles de l’époque. ». Surprise !

Putain, parfois orthographié putin (citation de D’Aubigné dans le Littré : « Il fit part de son espouvantement aux assiegeans par un homme hors d’haleine et si estonné qu’à son rapport tout joua à fils de putin le dernier, et chacun quittant ses armes se laissa guider à la peur », Histoire universelle, 1620), est en fait une variante de « pute », comme « nonnain » l’est pour « nonne ».

Pute/putin/putain vient du latin puta qui se traduit par « fille », forme féminine de puer (enfant). Pas de connotation honteuse ou sexuelle, donc, dans cette filiation initiale….

Il semble que l’autre étymologie souvent invoquée pour putain, de l’adjectif put (« sale »), du verbe latin putere (« puer ») ou de putidus (« fétide, puant » et dont viendrait le nom du putois), n’est pas exacte ….

En tout cas, rien de nauséabond, bien au contraire, dans cette belle cuvée de Givry, d’une grande finesse et concentration, un vin équilibré et harmonieux.

Pucelle(s) ou put(a)in, ces cuvées sont « bonnes filles », et procureront à l’amateur ou l’amatrice de vin un immense plaisir !

Dans les livres aussi…

L’opposition de la pucelle et de la putain est un ressort littéraire utilisé dans au moins deux romans. Le premier, La pucelle et la putain d’Ana Planelles [3], raconte dans le Marseille d’après première guerre mondiale l’histoire d’une jeune orpheline recueillie par une vieille prostituée au grand cœur. L’autre,  La pucelle et le démon de Benedict Taffin [4], met en scène Sidoine de Valzan, un officier missionné pour escorter « LA » pucelle, celle d’Orléans, afin qu’elle rejoigne au plus vite le roi de France. Mais Jeanne d’Arc trépasse prématurément et le soldat, qui doit absolument la ramener au Roi, ne trouve comme solution que de remplacer Jehanne par Oriane, une putain de rencontre, qui s’en sort plutôt bien dans son nouveau rôle….

Liens et références :

1. Domaine de Belleville, 71150 Rully. Clos de la Pucelle 1er cru.

2. Domaine de Michel Sarrazin et fils, Charnailles 71640 Jambles

3. Ana Planelles. La pucelle et la putain. © 2007, France Europe Editions. 

4. Benedict Taffin. La pucelle et le démon.  © 2012, ASGARD éditions.

© Texte posté le 30/05/2021, En hommage à Evelyne et Jacques V., grâce à qui j’ai découvert le Givry Clos de la Putin

Les vignerons à l’assaut de la COVID-19 !

(Dimensions de l’étiquette originale :  95 x  68 mm ; contre étiquette 55 x 68 mm)

A nouveau, ce blog présentant des étiquettes de vin rares ou originales est  bousculé par l’actualité. Celle qui bouleverse le monde depuis la fin 2019 : la pandémie de COVID-19.

Vignerons, marchands, négociants, œnologues, tous ont eu des idées pour faire face au virus. Sérieuses ou pas… surtout pas d’ailleurs! Mais l’humour et la dérision aident aussi à survivre, non ? Petit florilège, pour tous les stades de la maladie…

LE DEPISTAGE

Tout le monde sait maintenant que de nombreuses personnes infectées par le virus SARS-CoV-2 perdent l’odorat (anosmie) et le gout (agueusie). Cette atteinte neurologique en général bénigne de la COVID-19 concernerait environ 60% des cas. En contexte pandémique, perdre l’odorat est pour beaucoup un indicateur qu’il ou elle a peut-être attrapé le virus et doit se faire tester.

Avec cette cuvée « TEST COVID », Jean-Christophe Mauro, vigneron et propriétaire de la Chapelle Bérard (68 hectares en bio à Saint-Quentin-de-Caplong entre Libourne et Bergerac) joue avec beaucoup d’humour sur la perte de gout et d’odorat liée à la COVID-19.

L’étiquette au graphisme simple et accrocheur est un mode d’emploi :

« Verse-toi un grand verre de vin et sens le.

Si tu arrives à le sentir, goûte-le.

Si tu arrives à le sentir et à le goûter, tu n’as pas la Covid !!! ».

Partie d’une rigolade entre amis, mais aussi d’un souci réfléchi de se démarquer et relancer la vente des vins de sa région, cette cuvée est un vrai succès commercial. Parce que le vin est très bon, bio, proposé à moins de 10 euros la bouteille, les clients y reviennent pour sa qualité après avoir acheté la première bouteille par curiosité et amusement.

Cette cuvée est aussi (si vous avez toujours votre odorat) une invitation à découvrir les autres vins « transgressifs » de Jean-Christophe Mauro [1] : « les flacons flingeurs », étonnants Bordeaux de monocépages, « OOups », un rouge clairet à l’ancienne, « Censuré », un blanc de noirs aromatique et d’une superbe couleur œil de perdrix, ou encore « le Vin qui claque sa mère » !… Des habillages originaux pour de très bons vins bio, ciblant une clientèle jeune et moins « traditionnelle ».

JC Mauro a été imité (voire plagié…) quelques temps après par un autre vigneron, Christophe Avi, propriétaire du domaine du bois de Simon à Laplume (Lot et Garonne), qui a également proposé pour les fêtes de fin d’année 2020 (photo ci-dessous) une cuvée « TEST COVID », un merlot-Tannat 2018 d’AOP Brulhois. 

Là aussi, l’étiquette donne les 3 indications : 1. Servir un verre 2. Sentir le vin 3. Goûter le vin. Et la conclusion « Si vous trouvez du goût et de l’odeur, vous n’avez pas la Covid »

LA DESINFECTION

En cette période de COVID-19, on n’a probablement jamais autant consommé d’alcool… hélas sous la forme non comestible de gel hydro-alcoolique. Pourrait-on envisager comme désinfectant et virucide des formes plus sympathiques d’alcool ?

L’immense et regretté Jacques Puisais, biologiste, œnologue et philosophe, apôtre du « gout juste », avait établi sa résidence à Chinon, en Touraine. 

A 93 ans, il avait ses propres mesures barrières qu’il appliquait à tous ses visiteurs, comme le rappelle un de ses amis [2] :

« (Jacques) avait mis une barrière stricte pour le rencontrer à son domicile. Je l’ai visité à plusieurs reprises pendant les périodes de déconfinement et la procédure était la suivante :

– Masque obligatoire

– Lavage des mains

– Un verre d’eau de vie de prune pour purifier la bouche !!! »

Hélas, cela n’a pas suffi car le virus a fini par emporter Jacques Puisais le 6 décembre 2020.

LES TRAITEMENTS

C’est aussi en Touraine qu’est domiciliée l’Association Nationale d’Oenographilie ou ANO (les collectionneurs d’étiquettes et de documents sur le vin, la bière, les alcools) . Tous les ans, pour son assemblée générale, elle édite des étiquettes pour des cuvées spéciales. En 2020, à cause de la COVID-19, l’AG n’a pu avoir lieu mais l’ANO a maintenu sa tradition et a commandé une cuvée spéciale de Chinon, cher à Jacques Puisais, décorée d’une étiquette humoristique rendant hommage au personnel soignant (déco pour le tour de France cycliste ?) et comportant  un message fort : 

« Une dose de Chinon 2020, mieux que la Chloroquine« .

Message fort et totalement véridique, car il est maintenant admis que la chloroquine n’a aucun effet bénéfique sur la COVID-19…. Un excellent Chinon ne peut donc pas faire moins bien ! Et peut-être mieux, car consommé avec modération, n’est-ce pas un réel antidote à la morosité ? 

LES VACCINS

On retrouve ici Christophe Avi, propriétaire du domaine du bois de Simon (Lot et Garonne) qui propose sa prochaine cuvée thématique : 

« VACCS’VIN »!!

Disponible uniquement à partir de février 2021, comme cela avait été annoncé pour les vrais vaccins !

Et on retrouve également Christophe Mauro, avec une autre cuvée éphémère brocardant l’absence de vaccin français. On n’a pas de vaccin français, mais….

Dans le domaine des « vaccins » anti COVID, la palme de l’humour revient incontestablement à ce gérant d’un magasin de Bruxelles, qui dès mars 2020 avait exposé dans sa vitrine « LE VACCIN DU MOMENT : DEUX CORONAS ACHETEES, UNE MORT SUBITE OFFERTE ». 

Il parlait de bières bien sûr !….

Hélas, son idée a fortement déplu au responsable de la chaine de magasins dont il dépendait, et son vaccin du moment, pas très efficace au demeurant, a dû être retiré.

LA REEDUCATION OLFACTIVE

Terminons sur du plus sérieux. La perte d’odorat ou de goût régresse spontanément dans 50% des cas, le plus souvent en moins de 8 jours. Mais pour certains, elle persiste et peut durer plusieurs mois. Ce qui n’est qu’un désagrément pour tous, surtout les amateurs de vins, devient un drame pour les professionnels du vin (œnologues, sommeliers, vignerons) ou d’autres secteurs (gastronomie, parfumerie). Des services d’ORL ou de neurologie proposaient déjà des programmes de rééducation olfactive, dont le principe repose sur des stimulations répétées de l’odorat par une série d’odeurs ou de flagrances. L’Institut des sciences de la vigne et du vin de l’Université de Bordeaux a repris cette méthode et mis au point un kit de rééducation pour ses étudiants victimes des troubles sensoriels post COVID. La diffusion de ce kit va être élargie au grand public. A Nice aussi, le CHU remet des kits de rééducation olfactive, à base d’échantillons de cires diversement parfumées (aneth, thym, cannelle, girofle, coriandre, vanille, menthe, lavande,…) aux patients atteints, dans le cadre d’une étude visant à évaluer l’efficacité d’une telle rééducation.

Ces initiatives ne font que reprendre, dans un but thérapeutique, le concept du « Nez du Vin » créé dans les années 1980 par Jean Lenoir [4]. Le coffret, associant un livre sur les principes et étapes de la dégustation et des petites fioles contenant des extraits de parfums basiques, a eu un succès mondial. Réédité en plusieurs langues, il a été étendu depuis à l’Armagnac, au Whisky, au café…

N’attendez pas d’attraper le virus pour vous (ré)éduquer.

A votre santé !

© Le Nez du Vin. Editions Jean Lenoir

Liens et références :

1. Site du domaine La chapelle Berard de JC Mauro. www.chapelle-berard.com

2. Le Goût Juste. Blog de Jacques Puisais. Hommage de Roger Pallone. http://jacques-puisais.over-blog.com/2020/12/a-dieu-jacques.html

3. Site de l’Association Nationale d’oenographilie   http://www.associationnationaleoenographilie.com/

(voir aussi la page «  d’autres belles étiquettes« )

4. Cuvée Vaccs’vin, site des vins de Christophe Avi. https://christopheavi.com/vignobles-de-france/regions-viticoles/extra-terroirs/vaccsvin

5.  Le Nez du Vin. Editions Jean Lenoir. https://www.lenez.com/fr/editions-jean-lenoir/concept

© Texte posté le 12/02/2021

L’arrière grand-père parti vendre son vin au Tsar de Russie

(Dimensions de l’étiquette originale :  140 x 100 mm)

Parmi les étiquettes de ma collection, celle-ci est l’une des plus chargées d’émotions. Il était bien connu dans ma belle-famille qu’un ancêtre, Bernard François (1852-1930) était parti à la fin du XIXe siècle en Russie pour vendre du vin, et avait réussi au point de devenir « fournisseur officiel de Sa Majesté l’Empereur de Russie ».

Retrouver dans les années 1980, au fond d’un tiroir de commode de la maison de famille, une série d’étiquettes lithographiées de cette époque en excellent état a déjà été pour le jeune collectionneur que j’étais un moment d’émotion intense.

Le second événement marquant s’est produit lorsque mon épouse a retourné un petit cadre conservé par son père Jacques François (petit-fils du négociant, 98 ans à l’heure ou sont écrites ces lignes) célébrant le brevet de fournisseur officiel de la cour impériale. 

Au dos de ce carton, quelques mots manuscrits destiné à son fils de 8 ans (Bernard François, 1885-1943, futur médecin à Fayl-Billot), dont voici la transcription:

A mon cher enfant

Son père

B. François

Retour d’un 1er voyage en Russie (St Petersbourg Moscou et Varsovie)

Fays Billot 12 mars 1893

Pourquoi Bernard François avait-il rejoint, depuis sa Haute-Marne natale, un certain Paul Mazet pour reprendre une maison de négoce en vins de Valence et Bordeaux, fondée en 1824 par Duglas et Sylvestre ? Pourquoi avait-il fait le pari avec son associé de se lancer dans l’exportation de vins fins vers la Russie ?Aucune archive familiale ne le commente.

L’année de ce premier voyage en Russie n’est pas neutre : 1893 voit la conclusion de l’alliance commerciale et militaire entre la France et la Russie. De nombreux investissement français sont entrepris en Russie, issus du monde industriel mais aussi du luxe. Les années précédentes, les contacts se sont multipliés entre le Tsar Alexandre III et le président Loubet. Les marines et les armées des deux pays amenés à se soutenir en cas de conflit avec  la triple alliance Allemagne-Autriche Hongrie-Italie, organisent des manifestations communes d’une pompe et d’un luxe qui nous paraissent inouïs aujourd’hui.

Le brevet de fournisseur officiel autorisait l’utilisation des armes du Tsar sur les documents commerciaux, dont les étiquettes de vin. C’est la raison pour laquelle à partir de 1893 trône fièrement l’aigle bicéphale, emblème de la cour impériale russe, sur les étiquettes de la Maison P. Mazet et François.

C’est sous le règne d’Alexandre III (1845-1894), que le brevet a été obtenu. La version de l’étiquette n’est pas marquée du chiffre d’un Tsar particulier, contrairement à ce qu’on peut trouver sur des étiquettes contemporaines. Par exemple sur la production des célèbres vignobles Abrau-Durso [1], créés en 1870 sur les rives du lac Abrau dans la région de Krasnodar à l’initiative du Tsar Alexandre II (1818-1881), les étiquettes semblent afficher le monogramme de son petit-fils Nicolas II (H II) dans l’écu de poitrine de l’aigle. Dans l’étiquette de l’aïeul, c’est un Saint Georges terrassant le dragon, fidèle à l’original des armoiries.

On trouve d’autres étiquetages actuels affichant les armes du Tsar de Russie, en particulier sur la cuvée Cristal de la maison de Champagne Louis Roederer. Cette grande maison a été brevetée fournisseur officiel de la cour de Russie en 1908, sous Nicolas II alors que c’était son grand-père Alexandre II qui avait commandé dès 1876 la fameuse cuvée d’exception en bouteille transparente à fond plat, réalisée en cristal [2].

A la mort du Tsar Alexandre III en 1894, Nicolas II (1868 – 1918), dernier empereur de Russie, lui succède. Francophile, parfaitement francophone (écouter son discours étonnant à Paris en 1902, sans aucun accent ! [3]), Nicolas II était connu pour apprécier les vins, français ou non, à côté d’autres alcools. L’historien Igor Imine rapporte que, « rien qu’en mai et juin 2016, le tsar et sa famille ont vidé quelque 1 107 bouteilles de différents vins, ainsi que 391 bouteilles de madère (un autre favori du souverain), 174 bouteilles de cherry, 19 de porto (presque exclusivement pour l’empereur), 14 de champagne (qu’ils ne consommaient que les jours de fête), 3 de cognac et 158 de diverses vodka. » [4].

Je me plais à imaginer que cette bouteille posée sur la table intime de Nicolas II et son épouse Alexandra Fiodorovna vient de l’aieul…..

© Getty Images

Liens et références :

1. Site du domaine Abrau-Durso. https://fr.rbth.com/histoire/82507-champagne-russe-abrau-durso-histoire

2. Site de la maison de Champagne Louis Roederer. https://www.louis-roederer.com/fr/wine/cristal

3. Discours du Tsar Nicolas II à Paris en 1902. https://www.youtube.com/watch?v=9OR2KnRPgKQ

4. Gueorgui MANAÏEV. Vivre comme un tsar: le somptueux train de vie de Nicolas II. Russia Beyond, 18/05/2018. https://fr.rbth.com/histoire/80760-russie-empereur-nicolas-richesse-vie-loisirs

Différents modèles d’étiquettes de la maison P. Mazet, François et Cie antérieurs et postérieurs à 1893

© Texte posté le 10/01/2021

Abou Nawas, Omar Khayyâm, Samuel Paty, héros de la liberté

(Dimensions de l’étiquette originale 120 x 90 mm)

Aujourd’hui, le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire géographie dans un collège des Yvelines, a été assassiné.

Il est mort de la main d’un homme parce qu’il a fait son métier et enseigné la liberté d’expression. Assassiné parce qu’il a illustré son cours et fait réagir ses élèves de 4ème avec un dessin représentant un être humain nommé Mohamed. Pour les humains, Mohamed (570-632) est un être humain. Pour les musulmans, et pour eux seuls, il est aussi un prophète de leur religion, l’Islam. Et pour les musulmans, on ne doit pas représenter l’image de leur Dieu ni de leur prophète, ne cherchez pas, c’est comme ça.

Et c’est pour ça que Samuel Paty est mort assassiné.

Quel rapport avec cette étiquette hommage à Abou Nawas?

L’Islam, comme toutes les religions, a ses interdits. L’interdit de la représentation graphique de son Dieu unique ou de son prophète, peut-être lié à une idée de perfection inégalable par l’homme, ou plus complexe et énigmatique, est admissible en soi. L’avènement des monothéismes a nécessité l’éradication du culte des « idoles » polythéistes en cours au moyen Orient, et de leur représentation imagée. Les prophètes du Judaïsme étaient « iconoclastes » et il n’y a pas de représentation du Dieu unique des Juifs (le même que celui des Musulmans parait-il) dans les synagogues. Le Christianisme a eu aussi sa période iconoclaste (726-843, tiens, tiens,…), durant laquelle toute représentation de son Dieu unique (toujours le même parait-il), de Jésus, des apôtres, des saints, des prophètes communs au Judaïsme, était proscrite [1]. En témoignent les églises troglodytes de Cappadoce.

Cet interdit est relativement récent dans l’Islam, puisqu’il existe de nombreuses représentations de Mohamed dans des enluminures arabes ou perse d’avant le XVIème siècle. Il cristallise maintenant la fureur et la haine d’islamistes radicaux et liberticides. Mais l’interdit ne concerne en rien les non musulmans, qui ont bien le droit de dessiner ce qu’ils veulent. Et caricaturer qui ils veulent (de toute façon, représenter l’irreprésentable est nécessairement caricature). 

En France, la liberté de pratiquer une religion est garantie par la loi, mais la pratique religieuse est une affaire privée qui ne doit en rien concerner les humains qui adhèrent à d’autres croyances ou qui ne croient pas en un Dieu (probablement majoritaires, en plus).

Cela s’appelle la Laïcité. C’est la loi française.

Quel rapport avec cette étiquette hommage à Abou Nawas?

Un des autres interdits de l’Islam est la consommation d’alcool. Sur terre, car au Paradis, il coulera à flot.

L’interdit de représentation divine, humaine, ou animale a progressivement conduit les artistes musulmans à magnifier d’autres formes d’expression telles que l’architecture, l’art géométrique ou abstrait, la céramique, la calligraphie, la littérature, la poésie…

L’interdiction de l’alcool terrestre s’est heurtée à des oppositions plus marquées, les mêmes artistes ayant souvent besoin, pour créer ou s’élever, de stimulants artificiels voire d’ivresse. L’alcool ou le vin en terre d’Islam, c’est compliqué.

L’écrivain Kamel Daoud l’exprime parfaitement par ces quelques mots [2] :

« Pour toi, un verre de vin est goût, parfums, robe et palais. Pour moi, il est dissidence, désobéissance, infraction et exclusion et honte. Regarde : la poésie bacchanale dans mes parages a toujours été, chez nous les « Arabes », immense et plus fournie que les vins. Il y a plus de poèmes délicats sur le vin que de sortes de vins. Donc, il y a plus de poètes qui chantaient le vin que de vin à boire dans ma géographie. Je veux dire autrefois, à l’époque où le soleil tournait autour de nous et nos empires selon la légende. Quelle belle poésie ! Tu devrais la lire ! La vie de ces gens (Omar Khayyam, Abou Nouwas… ) était si mêlée à la coupe que le vin avait une bouche et une langue et se proposait d’expliquer le ciel et la terre en restant allongé. »

Le vin et les poètes arabes, nous y voilà…

Abou Nawas ou Abû-Nuwâs (757-813/815), de son vrai nom al-Ḥasan Ibn Hāni’ al-Ḥakamī, était de ceux-là. Né en Iran d’une mère iranienne et d’un père d’ascendance yéménite, formé à la linguistique auprès de plus grands savants, initié à tous les plaisirs dans un cercle de poètes de Bassorah, il a vécu à Bagdad, Damas, au Caire, puis est revenu à Bagdad auprès du Calife Abbasside Mohamed al-Amin, son ami et protecteur.

Abou Nawas aimait les hommes et le vin et le clamait haut et fort [3, 4] :

  • « J’ai quitté les filles pour les garçons
  • et pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire.
  • Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon
  • celui du péché, car je le préfère. »

Ce qui ne l’empêchait pas de se considérer comme bon Musulman (sunnite !)

  • « Cinq fois par jour je fais pieusement mes prières.
  • Docile, je confesse l’Unité de Dieu.
  • Je fais mes ablutions lorsqu’il me faut les faire.
  • Je ne repousse pas l’humble nécessiteux.
  • Une fois l’an, j’observe tout un mois de jeûne.
  • Je me tiens à distance de tous les faux dieux.
  • Il est vrai, cependant, que point ne suis bégueule
  • et que j’accepte un verre quand il est en jeu.
  • J’arrose de vin pur la bonne viande
  • de chevreaux et cabris gras et pleins de saveur,
  • avec œufs et vinaigre et des légumes tendres,
  • souverains contre la migraine du buveur.
  • Et quand un gibier passe à ma portée,
  • Je me jette dessus comme un loup affamé.
  • Mais je laisse à l’Enfer l’hérétique portée
  • des Shiites, pour qu’ils y brûlent à jamais. »

Abou Nawas, dont l’œuvre ne se limite pas aux poèmes érotiques ou bacchiques, était considéré comme le plus grand poète de langue arabe au VIIIème siècle. Sa notoriété reste grande dans le monde arabe.

Surtout, il détonne par la liberté de sa parole, difficilement imaginable aujourd’hui pour un Musulman sur de tels sujets tabous. Alors que l’homosexualité est criminalisée, mais existe dans la plupart des pays arabo-musulmans, que l’alcool est prohibé bien qu’assez largement consommé, y compris par les dignitaires de certains régimes, Abou Nawas, comme Omar Khayyâm 300 ans plus tard, exhorte à la transparence de la transgression :

  • « Dis-moi : « voilà du vin ! », en me versant à boire.
  • Mais surtout, que ce soit en public et notoire.
  • Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.
  • Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort.
  • Proclame haut le nom de celui que tu aimes,
  • car il n’est rien de bon dans les plaisirs cachés. »

Résumons,

VIIIème siècle après Jésus Christ, en Orient :

– Des fondamentalistes chrétiens décident que « toute image résultant de l’art maléfique des peintres, quels que soient les couleurs et les matériaux utilisés, doit être rejetée, éliminée, condamnée… » [1]. Des moines chrétiens sont assassinés parce qu’ils veulent conserver des images de Jésus, en opposition au nouveau dogme.

– Abou Nawas, grand poète d’origine iranienne et de langue arabe, ami et protégé du Calife de Bagdad, commandeur des croyants, vante le vin, l’ivresse et la luxure. C’est toléré.

XXIème siècle, en Occident :

– Des fondamentalistes islamiques décident que ceux qui montrent des images de leur prophète méritent la mort. Après des dessinateurs, des journalistes, un enseignant est assassiné pour avoir défendu et expliqué la liberté d’expression à ses élèves, dans un pays laïque et républicain, la France.

– Une cuvée de vin de Guerrouane produit au Maroc, autre grand pays d’Islam, y honore la mémoire du poète Abou Nawas. C’est toléré, mais pour combien de temps ?

Honneur à toi et respect, Samuel Paty. Condoléances fraternelles à ta famille et tes proches, tes collègues, … tes élèves aussi, certains ne savent probablement pas ce qu’ils perdent.

Honte éternelle à ton assassin et aux haineux qui l’ont construit. Courage à ceux qui continuent à fabriquer du vin (et en boire) là où il y en a toujours eu, et où l’Islam est religion dominante.

En ce jour d’immense tristesse, cette petite étiquette nous rappelle que l’Islam a été tolérant lorsque le christianisme ne l’était pas. Continuons l’éternel combat contre l’obscurantisme et pour la liberté d’expression absolue, y compris la liberté de commenter ou critiquer toute religion.

Liens et références :

1) L’iconoclasme byzantin. https://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/iconoclasme.htm

Lors d’un concile qui se déroule au palais d’Hieria du 10 février au 8 août 754, l’empereur Constantin V fait condamner le culte des images comme idolâtrie.

2) Daoud – La métaphore abîmée du vin « arabe ». https://www.lepoint.fr/culture/question-a-kamel-daoud-peut-on-etre-musulman-et-boire-du-vin-08-10-2015-1971627_3.php

3) Abû-Nuwâs (préf. et trad. Vincent-Mansour Monteil), Le vin, le vent, la vie, Sindbad, coll. « La petite bibliothèque de Sindbad », Arles, 1998 (éd. précédentes 1979, 1990), 190 p. (ISBN 978-2-7427-1820-7).

4) Abu Nuwas. Citations. Site Babelio https://www.babelio.com/auteur/-Abu-Nuwas/83457

5) Omar Khayyâm. Sa vie et ses quatrains Rubâ ‘iyât. Par Pierre Seghers. Collection miroir du monde. © Editions Seghers, Paris, 1982

Pour terminer, quelques quatrains d’Omar Khayyâm, honoré d’une cuvée de vin égyptien!

Je bois du vin ! Aux yeux du Seigneur, c’est normal

Les sages le reconnaîtront, Il m’a fait, Il a fait la vigne

Il sait de toute éternité que je boirai le vin vermeil

Si devant Lui je m’abstenais, ce serait tromper sa prescience

O toi qui ne bois pas de vin, ne blâme pas ceux qui s’enivrent

Entre l’orgueil et l’imposture, pourquoi vouloir tricher sans fin ?

Tu ne bois pas, et puis après ? Ne sois pas fier de l’abstinence

Et regarde en toi tes péchés. Ils sont bien pire que le vin.

Quand je serai parti, ô mes amis, retrouvez-vous à la taverne

Réjouissez-vous d’être ensemble, soyez heureux. Quand le saqi

prendra le col du beau flacon, admirez sa main et son geste

et pensez au pauvre Khayyâm. Puis, à ma mémoire, buvez !

Omar Khayyâm, Quatrains [5]

© Texte posté le 18/10/2020

La Lanterne de Rochefort

(Dimension de l’étiquette originale :  mm)

La symbolique de la lanterne, le fond rouge vif, le graphisme accrocheur…. Tout laissait penser que cette étiquette était celle d’un Champagne servi à la fin du XIXème siècle dans une maison close de la ville de Rochefort.

Fausse piste… La Lanterne en question, bien qu’également sulfureuse, n’a rien à voir avec la prostitution.

Il s’agit du journal hebdomadaire satirique fondé en mai 1868 par Henri Rochefort (1831-1913). Descendant d’une famille noble ruinée à la révolution, Victor Henri de Rochefort-Luçay a commencé sa carrière comme journaliste (Le Charivarile Figaro) et auteur de vaudevilles, avant de créer ses propres journaux, La Lanterne, La Marseillaise, Le Mot d’ordre, l’Intransigeant.

La Lanterne est donc le premier d’entre eux, créé à la faveur de la nouvelle loi de libéralisation de la presse de 1868. Polémiste acharné, Rochefort y défend des idées politiques radicales, socialistes, très hostiles à l’empire. Le premier numéro [1], publié le 30 mai 1868, est un succès. Tiré à 15 000 exemplaires, il est réédité pour atteindre plus de 100 000 exemplaires. Son format est compact, sa couverture rouge, le graphisme du titre et la lanterne allumée se retrouvent sur notre étiquette. L’introduction de son éditorial est resté célèbre : « La France contient, dit l’Almanach impérial, trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement.» 

Résultat rapide : A partir d’août 1868 ( et le n° 11) La Lanterne est interdite et Rochefort emprisonné !

Couverture de La Lanterne et fac-similé du début de l’éditorial du premier numéro

Libéré, Rochefort s’exile en Belgique ou il est hébergé par un autre opposant célèbre à Napoléon III, Victor Hugo. La Lanterne poursuit ses parutions depuis la Belgique et se vend clandestinement en France, toujours avec succès.

Rochefort revient en France, est élu député d’extrême-gauche de Paris en 1869. Il arrête La Lanterne pour fonder La Marseillaise. Bien que n’ayant pas directement participé à la Commune de Paris, son opposition au gouvernement de Thiers provoque son emprisonnement puis sa déportation le 8 août 1873, avec Louise Michel, au bagne de Nouméa, dont il réussit à s’évader. En 1874 il se réfugié à Londres et y recrée temporairement La Lanterne, dont la deuxième série paraîtra de 1874 à 1876.

A son retour en France il abandonne définitivement La Lanterne et fonde L’intransigeant, dans lequel il continue, par ses talents de polémiste et son opiniâtreté, à récolter duels, procès et condamnations. 

Il finit assez mal, bascule progressivement de l’extrême gauche au boulangisme, puis à l’ultra-nationalisme et l’antisémitisme, en particulier lors de l’affaire Dreyfus.

Le titre La Lanterne est repris en 1877 pour recréer un quotidien se revendiquant «journal républicain anti-clérical», édité jusqu’en 1938 [2].

Etonnamment, le nom d’Henri Rochefort et son triste parcours final sont réapparus lors de l’écriture de ces lignes, dans un éditorial de Jean-François Kahn pour le journal Marianne [3], en écho à l’évolution jugée « droitière » des positions du philosophe Michel Onfray, et la création par ce dernier de la revue dite «souverainiste» Front Populaire, dont le tirage des premiers numéros égala, en passant, celui du premier numéro de La Lanterne. Rapprochement de parcours récusé par l’intéressé et ses soutiens…

Pour en revenir à l’étiquette, elle a très probablement été imprimée entre 1868 et 1876, années de parution de La Lanterne et période d’activité de l’imprimeur bordelais Louis-Antoine Tanet, né en 1823, qui a obtenu en 1854 le brevet l’autorisant à exercer comme imprimeur-lithographe [4].

Liens et références :

1.  Archives de La Lanterne, sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. texte de 3 numéros de la première série, du 30 mai 1868 (n° 1), du 18 octobre 1868, et du 20 novembre 1869 (n°77), https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32805103j/date&rk=21459;2

2. Archives du quotidien La Lanterne, 1877 à 1928, sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328051026/date

3. Jean-François Kahn. L’heure de vérité. Editorial, Marianne, numéro 1211 du 29 mai 2020. https://www.marianne.net/debattons/editos/heure-de-verite

4. Élisabeth Parinet, Corinne Bouquin. Ecole des Chartes et bibliothèque nationale de France. Dictionnaire des imprimeurs lithographes du XIXè siècle. http://elec.enc.sorbonne.fr/imprimeurs/node/24700

Affiche d’Eugène Ogé pour le quotidien La Lanterne (1902). 

Photo d’Henri Rochefort

© Texte posté le 27/08/2020

Vins disparus, le vin des Queyries…

(Collection particulière)

Contrairement à la première impression, il ne s’agit pas d’une étiquette de Champagne, mais d’une étiquette lithographiée de vin de Bordeaux, rouge très probablement, appelé vin des Queyries. Il provenait de La Bastide, cité intégrée en 1865 à la ville de Bordeaux, qui a connu une grande prospérité entre le XVIIIème siècle et les années 1950.

Dans la seconde édition de 1845 de leur « Traité sur les vins du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde » [1], Franck et Fauré citent les vins de Queyries comme les meilleurs vins girondins dits « de Palus » :

« La nature a spécialement consacré le département de la Gironde à la culture de la vigne : les vignobles y prospèrent dans tous les terrains, dans les graves, sur les coteaux, et même dans le sol d’argile qui borde les rivières de la Garonne et de la Dordogne. Ces rivages plantureux qui ont conservé le nom latin de Palus, produisent des vins rouges justement appréciés. La première de toutes les palus est celle des Queyries, située vis-à-vis Bordeaux. C’est cette langue de terre qui des coteaux du Cypressat s’avance, sur la rive droite du fleuve, vers le magnifique croissant que forme le port. »

Plan de Bourdeaux et de ses environs. Fait par Matis [Hippolyte], géographe ordinaire du roy (s.d.) [1716-1717]. Détail sur les vignes du palus de Qaéry et La Bastide, face au port de la lune et aux Chartrons

Vins robustes de coupage, mais aussi vins consommés en propre, en cuvée millésimée et avec étiquetage assez luxueux, comme le prouve cette étiquette de 1839. Selon Franck et Fauré, les vins des Queyries se prêtaient bien à la l’épreuve du « retour des Indes », consistant à faire voyager aux tropiques les vins dans les cales des voiliers, aller et retour, afin de les bonifier. « Alors que les voyages de long cours étaient moins rapides, les Queyries étaient très recherchés; on aurait eu crainte d’exposer longtemps aux ardeurs tropicales des vins plus légers ; on en faisait même revenir d’outre-mer pour leur donner par ce double voyage une haute valeur très-renommée. ».

Cette technique étonnante et coûteuse s’adressait essentiellement aux vins robustes : «Certains vins très alcooliques, chargés d’éléments qu’ils ont besoin de dépouiller pour vieillir, les Porto, les Xérès, parfois même des Bordeaux ou des Bourgognes très corsés, mûrissent plus rapidement si on les soumet pendant un certain temps à un brassage, particulièrement à celui d’un voyage en mer. » (Paul Cassagnac Les Vins de France Hachette 1927).

Bouteilles et étiquettes de  cuvées « Retour des Indes » de Château Pontet Canet, Château Lafitte, et de Château Chasse Spleen 1864. source : Page FB Duperé BarreraL’origine de ces vins remonterait à Gaspard d’Estournel, propriétaire du Château Cos d’Estournel à Saint Estèphe [2]

La vigne a déserté les palus de ces bords de la gironde, industrialisés et urbanisés depuis bien longtemps. Le site « quai de Queyries, mon amour » rappelle l’histoire des queyries, liées aux pierres de l’Entre-Deux-Mers acheminées à Bordeaux par voie fluviale [3]. Extrait :

« Les pierres des coteaux de l’Entre Deux Mers étaient transportées jusqu’à la Garonne, par voie fluviale, le long des « esteys » (cours d’eau) qui traversaient les plaines des Queyries, anciens marécages nouvellement asséchés. Dans ces plaines fertiles, on faisait pousser des vignes de palus, qui donnaient les vins des Queyries, très connus et appréciés au XVIIIème siècle.

Lors de la construction du premier pont de Bordeaux, le Pont de pierre, en 1822, les quais Queyries et Deschamps, l’un en aval, l’autre en amont du pont, sur la rive droite, dans le quartier de la Bastide, commencèrent à s’industrialiser. Les industries firent disparaître les vignobles. La première grande gare bordelaise, desservant la ligne Bordeaux Paris, fut construite sur le quai des Queyries en 1852. La Bastide était riche et puissante. La ville de Bordeaux réussit alors, après de nombreuses difficultés [4], à annexer ce quartier qui faisait pourtant partie de la commune de Cenon. En 1865 Cenon la Bastide devint Bordeaux Bastide.

Le quai des Queyries, avec sa gare, sa gare maritime, ses appontements, ses entreprises, ses usines, son transbordeur aérien pour le charbon, ses docks, ses chantiers navals, connut jusque dans les années 1950 une prospérité inégalée. Abandonné à partir des années 1970, il se couvrit de friches industrielles envahies par les ronces. »

Actuellement, il existe un Clos des Queyries situé dans le quartier de La Bastide à Bordeaux, très joli bâtiment du XVIIIè-XIXè siècle entourée d’un parc, transformé en chambre d’hôtes de charme et de luxe [5]. Peut-être le château d’une ancienne propriété viticole ?

Le Clos des Queyries, matin de septembre. Un havre de calme, de verdure, de fraicheur proche du centre historique de Bordeaux. Accueil très chaleureux, on recommande !

Liens et références :

1. Jean-Joseph Fauré et William Franck. Traité sur les vins du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde (2e édition revue, augmentée et accompagnée d’une carte…)Chaumas Editeur, Bordeaux1845. Accédé par le site GALLICA https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6529165f/texteBrut

2. Indiablognote. Retour des Indes, l’explication.  http://www.indiablognote.com/article-retour-des-indes-l-explication-45588529.html (lien inaccessible depuis 2021)

3. Site internet « quai de Queyries, mon amour ». Ce site créé en 2003 par Christophe Laichouchen, riche de textes et de photographies, était accessible en 2020 lors de la première publication de cet article, reste référencé sur wordpress mais hélas non accessible lors de la mise à jour de 2023.  Espérons une prochaine remise en ligne de ce très beau site … http://www.quaidequeyries.net/

4. Alexandre Saramite, Essai d’un point de vue géopolitique sur le pont Bacalan-Bastide à Bordeaux, 2011. Les premiers chapitres de ce travail sur le « pont Chaban Delmas » détaillent de façon vivante et illustrée l’historique des difficultés de communication entre les deux rives de la Garonne à Bordeaux. https://www.academia.edu/12225180/Essai_dun_point_de_vue_g%C3%A9opolitique_sur_le_pont_Bacalan_Bastide_Chaban_Delmas_%C3%A0_Bordeaux

5. Site du Clos des Queyries. https://www.leclosdesqueyries.com/

© Texte posté le 27/06/2020, mis à jour le 04/09/2023

les Sexe-Symboles !

En 2007, la société de négoce bordelaise Omnivins a lancé, à grand renfort de marketing, une gamme de vins de pays baptisée « Soif de Cœur » [1], couplée à un site de rencontres sur Internet. Chaque vin était décliné en deux présentations : étiquette rose pour les femmes, étiquette bleue pour les hommes. La contre-étiquette donnait toutes les informations pour se rendre sur le site de rencontres. Un code d’accès apparaissait au dos de la contre-étiquette lorsque la bouteille était vide, et permettait à l’acheteur ou l’acheteuse d’avoir un contact avec un autre amateur de Soif de cœur !

A l’achat, les seuls repères dont disposait le consommateur pour différencier une bouteille « masculine » d’une bouteille « féminine » étaient la couleur dominante bleue ou rose de l’étiquette et de la capsule, ainsi que les symboles de sexe ou de genre, bien visibles en blanc sur fond coloré : le rond surmonté d’une flèche pour les hommes, le rond surplombant une croix pour les femmes.

Ces deux « symboles sexuels » sont universels et reconnus par tous, du moins dans les pays occidentaux. Mais qui connaît leur provenance ? Evocation d’un spermatozoïde et de sa « cible » ? Symbolique de l’action (la flèche) pour les hommes et de l’ancrage dans la terre, du foyer et de la maternité pour les femmes ? … Pas du tout.

Ces symboles viennent de la Grèce antique, qui avait établi des liens entre les astres, le travail des métaux, et le genre des humains… C’est ainsi que, par rapport à l’or, métal le plus précieux associé au soleil, le fer qui se travaille dans la force et le bruit était associé à Thouros (la planète Mars) et à la masculinité, tandis que le cuivre, plus doux, l’était à Phosphoros (la planète Venus) et à la féminité. Vénus avait d’ailleurs deux noms, un pour l’astre du matin et un autre pour l’astre du soir, jusque à ce que les anciens comprennent qu’il s’agissait de la même planète. Phosphoros, littéralement « qui apporte la lumière », qualifiait la Vénus visible à l’aube, annonciatrice du lever du soleil. Elle a donné plus tard son étymologie au phosphore, élément chimique qui brille à la lumière.

Le schéma ci-dessous montre comment les lettres grecques utilisées dans Thouros, le theta et le rho, ainsi que que le phi de Phosphoros, ont formé progressivement par contraction les symboles que nous connaissons aujourd’hui [2].

Ces « sexes-symboles » confirment l’adage selon lequel « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus »…

Mais pas de confusion, on parle bien des planètes et non des dieux : la déesse de l’amour, Vénus latine, se nommait Aphrodite chez les Grecs, et Mars le dieu de la guerre, Adès.

A propos de la déesse de l’amour, voici une autre représentation de nos deux « sexe-symboles» en version plus érotique  …

Liens et références :

1. « Soif de coeur » est une marque déposée de la société Hausmann Famille. https://marques.expert/haussmann-famille/soif-de-coeur-3456531.html

2. G D Schott. Sex symbols ancient and modern: their origins and iconography on the pedigree. British Medical Journal 2005; vol 331:p1509-10. doi:10.1136/bmj.331.7531.1509 https://www.bmj.com/content/331/7531/1509

© Texte posté le 30/06/2020

Sang et or des barres catalanes

De nombreuses étiquettes de vins du Roussillon et de Catalogne arborent les bandes rouges et jaunes, historiquement « Sang et Or », symboles de la Catalogne.

Ce n’est pas le moindre mérite du producteur de cette cuvée « Sang et Or, pure légende » d’AOC Côtes du Roussillon, que de nous conter l’origine des « Quatre Barres » ou « Barres Catalanes ». Ainsi désigne-t-on le signe héraldique qui constitue l’écu Catalan, à l’origine d’un des drapeaux actuels les plus anciens d’Europe. Citons le texte de la contre étiquette :

« La légende confère à ce blason glorieux le qualificatif de « sang et or » : le comte de Barcelone, Guifred « El Pilos » était venu au secours du roi de France, Charles le Chauve (823-877), attaqué par les Normands. Les agresseurs furent repoussés, mais Guifred, qui s’était couvert de gloire, avait été grièvement blessé dans les combats. Le roi vint lui rendre visite et lui jetant les bras autour du cou lui dit : « Que puis-je faire pour vous, noble et vaillant guerrier ? ». Alors Guifred pria le roi de lui donner un blason pour son écu. Le champ à fond d’or était absolument nu. « Devise qui avec le sang s’acquiert, avec le sang doit être écrite » prononça le roi et approchant sa main droite de la blessure d’où le sang coulait en abondance, il y trempa ses doigts moins le pouce, puis les passa de haut en bas sur la face dorée de l’écu. L’écu fut aussitôt présenté au noble guerrier et le roi Charles lui dit : « voilà quelles sont vos armes ». »

Selon une notice de l’ancien site de l’office de tourisme de Perpignan, également consultable sur le site officiel du tourisme catalan [1], le premier témoignage de l’existence de l’écu catalan serait un sceau du Comte Ramon Berenguer IV de Barcelone, descendant de Guifred el Pelut (version catalane de Guifred el Pilos ou Wilfrid « le Velu » !), sur un document provençal datant de 1150. C’est ainsi que les armoiries personnelles du Comte seraient devenues les armoiries de la dynastie catalane puis le drapeau catalan.

Ce site nous rappelle comment ce drapeau, nommé Senyera par les Catalans, fut étroitement associé au combat toujours actuel de la Catalogne pour son indépendance [2], mais aussi à la démocratie face aux dictatures espagnoles:

« L’Union des Peuples Catalans fit des Quatre Barres son emblème officiel. Pendant la dictature du Général Primo de Rivera (1923-1930) puis pendant la période franquiste (1939-1975), le drapeau catalan fut interdit, mais son usage clandestin de disparut jamais. Les Diades Nacionals (fêtes nationales) de 1976, 1977 et 1978 furent marquées par le déploiement de milliers de drapeaux catalans qui flottaient partout en Catalogne. Le Statut d’autonomie de 1979 a repris le texte républicain de 1933 de L’Estatut Interior de Catalunya (Le Statut Intérieur de la Catalogne) : « Le drapeau de Catalogne est le drapeau traditionnel, à quatre barres rouges sur fond jaune ». 

Photo illustrant l’article de Sud-Ouest en ligne [2], légendée : « Un an après le référendum du 1er octobre 2017, le 11 septembre 2018, près d’un million d’indépendantistes ont de nouveau défilé dans les rues du centre de Barcelone, à l’occasion de la fête nationale catalane, la « Diada ». © Crédit photo : LLUIS GENE / AFP »

Liens et références :

1. Le drapeau catalan. Catalunya Experience, site officiel du tourisme catalan. https://www.catalunyaexperience.fr/non-classe/le-drapeau-catalan#:~:text=La%20Generalitat%20de%20Catalogne%20le,barres%20rouges%20sur%20fond%2

2. Cathy Lafon, Indépendance de la Catalogne : la longue histoire d’un vieux rêve. Journal Sud-Ouest. Publié le 01/10/2017, mis à jour le 19/10/2019. https://www.sudouest.fr/2017/10/01/referendum-en-catalogne-la-longue-histoire-d-un-vieux-reve-d-independance-3818929-6109.php

© Texte posté le 13/06/2020

Une Yquem dans la tourmente

(Collection particulière)

Voici une étiquette allemande de Château Yquem assez énigmatique, surtout pour les non germanophones.

Sous le nom « Chat. de Yquem », de formulation déjà un peu étrange, l’appellation BORDEAUX. On s’attendrait plutôt à Sauternes… ou à rien, tellement la mention Yquem est connue et se suffit à elle-même en des temps où l’étiquette n’était pas le réceptacle obligé de multiples mentions légales.

La mention en petit caractères en dessous de BORDEAUX intrigue d’avantage. Elle se traduit en Français par « ou avec toute autre impression», on va voir pourquoi.

Suit un nom de société  familiale, Gebrüder (frères) Jllert, située dans la ville de Klein-Auheim-Hanau, dans l’état de Hesse. On pourrait penser qu’il s’agit du négociant ayant importé et mis en bouteilles le vin. En fait, il s’agit d’un imprimeur, comme le désigne la mention lithographische Kunstanstalt (institut ou atelier d’art lithographique).

Le numéro (7274) est le modèle de l’étiquette. La mention Goldm. 9. per 1000 correspond au prix, non du vin, mais des 1000 étiquettes, exprimé en Mark-or (Goldmark).

Il s’agit donc d’une étiquette de présentation d’un imprimeur allemand, avec numéro de modèle, prix au mille, mise en page, illustration, nom du vin que le client vigneron ou négociant peut personnaliser (et pour l’étiquette factice, pourquoi se priver du nom prestigieux d’Yquem ?!). La mention « ou avec toute autre impression » s’explique mieux. La mention finale Eindruck extra. ne signifie pas « qualité d’impression extra », mais plutôt que l’impression n’est pas comprise dans le prix annoncé des étiquettes.

Pour finir, de quand date cette étiquette ?

On peut l’estimer assez précisément, compte tenu du chaos économique qu’a traversé l’Allemagne dans les années 1920. Le prix sur l’étiquette est indiqué en Marks-or (Goldmark), qui était la monnaie de l’empire allemand indexée sur l’or. A partir de 1914 et le début de la guerre, le Mark-or n’est plus indexé sur l’or et n’existe plus de facto. Il est substitué par le papiermark, de valeur identique, qui subit l’hyperinflation qu’a connue la République de Weimar entre 1922 et 1923 (250% par mois à l’été 1923) [1]. Le cours du mark s’effondre : fin 1923 un dollar vaut officiellement 4,200,000,000,000 marks (quatre trillions deux cents milliards), alors qu’il valait 4,2 marks or avant la guerre [1]. La création en novembre 1923 du Rentenmark, monnaie un peu virtuelle à nouveau indexée sur l’or et réservée aux échanges commerciaux, contribue à stabiliser la situation.

Le 30 août 1924, les anciens marks (Goldmark ou papiermark) sont remplacés par les Reichsmarks, qui laisseront la place au Deutsche Mark en 1948.

On peut donc parier que cette étiquette lithographiée, qui n’a jamais vu une bouteille de près, figurait dans le catalogue 1923-1924 de l’imprimeur Jllert. Une autre étiquette de présentation de cet imprimeur, affichant le millésime 1921 et un prix en Goldm., corrobore cette proposition de datation. Il est intéressant de remarquer que des étiquettes plus tardives du même imprimeur portant des numéros de modèle supérieur à 10 000 voient leur prix exprimé en Reichmarks (Reichm.) et sont probablement postérieures à 1924 [2].

Liens et références :

1. Jean-François Beaulieu, L’hyper-inflation allemande sous la république de Weimar.  http://www.causes-crise-economique.com/hyper-inflation-weimar-allemagne.htm

2. Collection d’étiquettes de Rhum et d’alcools de Petr Hlousek, série d’étiquettes de l’imprimeur Jllert https://rum.cz/result.htm?rp=1&pl=20&qqdt=rum  

© Texte publié le 13/06/2020

Timbre allemand de 50 milliards de marks (1923). Source Wikipedia