Vignobles des Hôpitaux (Episode 2). Les Hospices de Côte d’Or et de l’Yonne

Le bien sacré des pauvres… (Résumé des épisodes précédents)

Pendant des siècles, les hôpitaux ont reçu des dons, des legs qui leur ont permis d’accueillir les pèlerins, les malades, les pauvres, les vieillards nécessiteux. Forêts, fermes, mais aussi vignes en faisaient partie. Le vin, considéré comme moins pollué que l’eau et fortifiant, était servi aux malades… et aux religieuses/religieux qui s’en occupaient. De plus, « l’offrande de vignobles était considérée comme une symbolique de l’eucharistie et témoignait, de la part du donateur, sa foi et son grand respect de l’Eglise. Pour l’ensemble de ces raisons, au fil des siècles et partout où poussait la vigne, les hôpitaux se sont constitués des domaines de grande valeur, entretenus avec soin. » [1]. La Révolution en a dispersé une grande part. La pression constante de l’Etat sur les administrations pour qu’elles vendent les biens hospitaliers aux XIXe et XXe siècles a fait le reste. Seuls quelques hôpitaux ont sauvé, non sans difficulté, leurs vignobles et leur vin, qui fut longtemps appelé « le bien sacré des pauvres » [2].

La Bourgogne et le Beaujolais sont les régions qui ont gardé le plus d’hôpitaux propriétaires de vignobles.  Dans l’épisode 1, nous avons vu le cas très particulier du Clos Chaînette d’Auxerre [3]. Dans ce 2ème épisode, ce sont les vignobles de quatre hospices historiques de la Côte d’Or et de l’Yonne qui seront à l’honneur, où les hiérarchies hospitalière et vineuse diffèrent sensiblement.

Les célébrissimes Hospices de Beaune

Le plus célèbre Hôpital-vigneron est bien entendu le Centre Hospitalier (CH) de Beaune qui, notoriété oblige, a repris son ancien nom d’Hospices civils de Beaune [4]. Sur le plan médical, le centre hospitalier de Beaune est l’établissement support de son Groupement Hospitalier de Territoire (Sud Côte d’Or), associé aux hôpitaux de Nuits-Saint-Georges, Arnay-le-Duc, Seurre et plusieurs EHPAD, avec une capacité totale de 967 lits. Il dispose d’une offre de soins en médecine, chirurgie, obstétrique, pédiatrie, réanimation assez complète, d’un service d’urgences, d’un plateau technique classique, d’un SMUR et d’un institut de formation en soins infirmiers et aides-soignants.

Les fondateurs, Nicolas Rolin et Guigone de Salins, leur monogramme et des étiquettes 1959 des cuvées des Hospices leur rendant hommage

Mais c’est pour son patrimoine viticole prestigieux qu’il est mondialement connu. Les Hospices de Beaune sont propriétaires de 70 ha de vignobles bourguignons, dont 61 en premier cru ou grand cru. Ce domaine est issu de legs ou de dons fait à l’hospice à partir de 1457, plusieurs années après la fondation des Hospices par Nicolas Rolin et Guigone de Salins en 1443 [5]. Le CH de Beaune est également propriétaire de l’ancien Hôtel-Dieu, au centre de Beaune, qui a accueilli des malades jusqu’en 1971 puis été transformé en un formidable musée [6]. L’étiquette d’en-tête de cet article (de Beaune 1er cru cuvée Nicolas Rolin) provient de la boutique du musée qui a produit des cartes composées d’une étiquette originale, d’une petite feuille de vigne séchée, d’une enveloppe assortie. Ceci explique l’absence de millésime et de nom d’acquéreur. Une partie de la production, la réserve particulière, est mise en bouteille et commercialisée directement par le domaine des Hospices de Beaune (quelques belles bouteilles sont disponibles dans la boutique du musée).

La vente annuelle des Hospices de Beaune, le 3e dimanche de novembre, est un évènement mondial. Elle rapporte au Centre Hospitalier des revenus importants (plusieurs millions d’euros) qui en font un des rares hôpitaux publics français à l’équilibre financier ! Cet atypie a été soulignée dès 2012 par la Cour des comptes dans un rapport consacré au patrimoine immobilier des hôpitaux non affecté aux soins [7]  : « L’exploitation de ce patrimoine permet aux Hospices de Beaune, non seulement d’en assurer la conservation, mais également d’en tirer des revenus à même de financer, sans s’endetter, une partie des investissements nécessaires à la modernisation des structures hospitalières et à l’accueil des patients (31 M€ de disponibilités figuraient au bilan au 31 décembre 2010). ».

À elle seule, l’histoire et la variété des cuvées et étiquettes des Hospices de Beaune mériteraient un article complet, voire plus. Pour cela, nous conseillons la lecture du livre de Laurent Gotti « Hospices de Beaune. La saga d’un hôpital-vigneron » [8], la découverte du site d’un collectionneur spécialisé dans les Hospices de Beaune [9], à la très riche iconographie, et encourageons les lecteurs à visiter l’Hôtel-Dieu de Beaune et son extraordinaire musée.

Les Hospices de Nuits (Saint-Georges)

Etiquette actuelle des vins des Hospices de Nuits. Nuits-Saint-Georges 1er cru les Vignerondes

L’hôpital de Nuits-Saint-Georges, à 16 kilomètres au nord de Beaune, existe sous la forme d’une maladrerie depuis 1270, d’un hôpital depuis 1633 et d’un hôpital viable grâce à Louis XIV depuis 1696. Peut-être parce que Fagon, son premier médecin, l’avait engagé « à quitter le vin de Champagne et à boire du vin vieux de Bourgogne ». De Nuits ou de Vosne, le débat n’est pas tranché [10]. Le domaine des Hospices de Nuits, d’environ 12 hectares, réparti sur les communes de Nuits-St-Georges, Premeaux-Prissey, Vosne-Romanée et Gevrey-Chambertin, a bénéficié de legs de vignes à partir de 1688, les derniers datant de 1994 (112 ares de vignes à Gevrey-Chambertin) et de 2000 (legs de la famille Jeanniard à Nuits). Il comporte des parcelles dans 9 premiers crus de Nuits-Saint- Georges dont un, « Les Didiers », en monopole. Au total, 19 cuvées sont élaborées, dont une en blanc [11].

Etrange étiquette ancienne du négociant Moillard-Grivot. Les Hospices de Nuits-Saint-Georges ne sont pas une AOC ! Que contenait cette bouteille ?

Le CH de Nuits-St-Georges est aujourd’hui un hôpital local à orientation gériatrique, rattaché depuis 2016 au CH de Beaune dans le cadre du groupement hospitalier de territoire « Sud Côte d’Or ». Ce regroupement administratif s’est accompagné d’une mutualisation de l’exploitation et de la vente des vins des Hospices de Nuits et de Beaune, alors qu’auparavant, l’établissement exploitait et vendait ses vin de façon autonome (photo ci-contre de l’affiche de la vente 1966).

La vente des vins des Hospices de Nuits a lieu traditionnellement le 2ème dimanche de mars, aux enchères à la bougie et en fûts. Chaque année une pièce de charité, dite « Cuvée des Bienfaiteurs », est vendue par souscription au profit d’une association agissant en santé publique. En 2026, la 64ème édition de la vente a rapporté plus de 850 000 euros à l’hôpital (cuvées 2024 et anciens millésimes), la cuvée des bienfaiteurs a dépassé les 50 000 euros.

Cette cuvée Mignotte de Nuits Saint Georges « Les Chaillots » (millésime 1973) n’apparait plus parmi les 19 cuvées élaborées par les Hospices de Nuits en 2026.
Cartes postales anciennes de l’extérieur et la grande salle des malades de la Maison-Dieu, ou Hôtel-Dieu, de Tonnerre

Marguerite de Bourgogne et la Maison-Dieu de Tonnerre

Tout au nord de la Bourgogne, pas loin d’Auxerre dans l’Yonne, le centre hospitalier de Tonnerre a lui aussi gardé son vignoble ancestral. D’une surface de 1,07 ha planté en chardonnay, l’histoire du vignoble n’est pas dissociable de celle de l’hôpital, puisque c’est Marguerite de Bourgogne [12] qui en a fait don lorsqu’elle a fondé en 1293 la Maison-Dieu Notre-Dame de Fontenille, pour accueillir les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle ! Nous sommes un siècle et demi avant la construction de l’Hôtel-Dieu de Beaune. Et dans le cas de Tonnerre, le vignoble a immédiatement accompagné le fonctionnement de l’Hospice [5]. Notre-Dame de Fontenille est un des modèles d’hôpitaux-églises du XIIIe siècle, le plus long et un des plus anciens d’Europe. Le centre hospitalier actuel de Tonnerre, à orientation essentiellement gériatrique, garde des urgences, un service de médecine et un plateau d’imagerie.

Depuis 2025, il a adopté la même stratégie que les hospices de Beaune ou de Nuits : une vente aux enchères de vins, qui a lieu début avril lors des « Vinées tonnerroises » [13]. Le produit des ventes, dont celles de dont la Cuvée Marguerite de Bourgogne, le vin des hospices de Tonnerre, est dévolu à l’entretien et la restauration de l’Hôtel-Dieu, patrimoine architectural exceptionnel dont le centre hospitalier reste propriétaire. Il est également possible d’acquérir des bouteilles en s’adressant à la direction du patrimoine de l’hôpital [14].

Une renaissance, le domaine viticole de l’Hôpital de Dijon

Capitale des Ducs de Bourgogne, chef-lieu de la Côte d’Or, Dijon ne pouvait pas être en reste. Dijon est le siège du centre hospitalier universitaire, qui « chaperonne », dans la hiérarchie médicale, les centres hospitaliers voisins de Beaune et de Nuits, entre autres. Toutefois, le vignoble du CHU de Dijon a une histoire bien différente des trois précédents.

Le premier hôpital de Dijon a été créé en 1204 par Eudes III, Duc de Bourgogne, et doté de ses premières vignes en 1336. Son vignoble, issu de dons et legs pendant plusieurs siècles, couvrait plus de 45 hectares autour de Dijon et sur les communes d’Aloxe Corton, Beaune, Pernand-Vergelesses, Pommard, Puligny-Montrachet, Savigny-les-Beaune. Mais à la suite d’un décret de Charles X en 1833, l’hôpital a dû se séparer de la majorité de ses vignes, le roi estimant qu’il ne devait garder que la surface minimale suffisante pour fournir du vin aux malades. Le vignoble a ensuite été abandonné, comme une grande partie de l’ancien et prestigieux vignoble dijonnais.

Ce n’est que dans les années 1980 que le CHU de Dijon-Bourgogne a progressivement reconstitué un vignoble par transformation de parcelles, achats, dons [15]. Des vignes ont d’abord été plantées en 1986 dans des parcelles acquises sur un domaine situé au nord des communes de Savigny-les-Beaune et Pernand-Vergelesses, en appellation Bourgogne Hautes Côtes de Beaune.

Etiquette de 1995 du domaine de Chenovre-Ermitage, AOC Bourgogne. Les vins de ce domaine sont maintenant vinifiés en Crémant de Bourgogne.

Le domaine, dont l’existence est attestée à l’époque gallo-romaine, a été nommé Chenovre-Ermitage. Il a appartenu au XVIIIe siècle à l’Abbaye cistercienne de Maizières, été vendu comme bien national à la Révolution, puis reconstitué à la fin du XIXe siècle par un négociant en vins. Dans les années 1980-90, les 15 ha du domaine étaient exploités par une convention avec la maison Patriarche et le château de Meursault, avec la participation active d’adultes handicapés du centre d’aide par le travail (actuellement ESAT) du clos Chameroy de Savigny-les-Beaune, pour les travaux dans les vignes.

Etiquette actuelle des vins de  » l’Hospital de Dijon », produits par le Château de Marsannay.

Le CHU a poursuivi ses acquisitions en appellations villages et 1er cru. Le domaine couvre maintenant 23 hectares dont 7 ha en Côtes de Nuits et de Beaune actuellement exploités par le Château de Marsannay . Le reste, dont le domaine de Chenovre-Ermitage, est exploité par la maison Louis Bouillot de Nuits, qui produit du Crémant de Bourgogne, toujours en partenariat solidaire avec l’ESAT de Chameroy [16]. Les revenus des fermages, environ 100 000 euros par an, sont principalement réinvestis dans des équipements lourds qui améliorent le plateau technique et la qualité des soins (à titre indicatif, le budget annuel du CHU de Dijon, à l’équilibre, avoisine les 900 millions d’ euros !). Admirons la composition de l’étiquette actuelle : le terme « Hospices » a été abandonné et remplacé par « Hospital », histoire de se démarquer des célèbres voisins tout en gardant une connotation historique (comment dit-on CHU en vieux François ?). Tout ce qui est écrit sur l’étiquette est exact mais laisse croire à un continuum imaginaire entre les legs du Moyen Âge et la provenance du vin actuel, excellent au demeurant …

(à suivre…)

Liens et références :

  1. Cédric Arcos, Odile Capitani, Philippe Lagier, Valérie Ordonez, Arthus Paty, anciens élèves de l’ENSP/EHESS, . Vignobles et Hôpitaux de Bourgogne. Mémoire de l’ENSP, 2002. Ce mémoire n’est plus disponible en ligne.
  2. Vignobles et hôpitaux de France. Ouvrage collectif coordonné par René Tournier. Supplément au Bulletin de la Société française d’histoire des hôpitaux, 1998.
  3. Histoires d’étiquettes. Vignobles des Hôpitaux (Episode 1), Le Clos Chaînette d’Auxerre. https://histoiresdetiquettes.com/2026/09/08/vignobles-des-hopitaux-episode-1-le-clos-chainette-dauxerre/
  4. Site du Centre Hospitalier de Beaune / Hospices de Beaune. https://hopital.hospices-de-beaune.com/
  5. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, aucun vignoble ne fait partie de la dotation initiale de l’Hôtel-Dieu de Beaune lors de sa fondation par Nicolas Rolin, chancelier du Duc de Bourgogne Philippe le Bon, et sa 3ème épouse Guigone de Salins. Tous deux étaient pourtant déjà propriétaires de vignes à Beaune et dans les environs (très gros propriétaire pour Nicolas Rolin, alors âgé de 68 ans). Ce sont les revenus de l’exploitation du sel (de Salins), pas du vin, qui ont financé l’accueil initial des « pôvres ».
  6. Site de l’Hôtel Dieu et du musée des Hospices de Beaune. https://musee.hospices-de-beaune.com/
  7. Rapport annuel de la cour des comptes 2012. Tome I, Les observations. Chapitre IV, Le patrimoine immobilier des hôpitaux non affecté aux soins https://prd.ccomptes.fr/sites/default/files/EzPublish/Patrimoine_immobilier_hopitaux_non_affecte_aux_soins.pdf
  8. Laurent Gotti. Hospices de Beaune. La saga d’un hôpital-vigneron. Editions Féret, Bordeaux, 2009.
  9. Site de Nicolas Manginot. Magnitifique et complète iconographie d’étiquettes des différentes cuvées des Hospices de Beaune, récentes ou anciennes, voire disparues! https://collection-etiquettes-vins.blog4ever.com/
  10. Une des cuvées des Hospices, un Nuits St Georges 1er cru Saint Georges, est dédiée à Fagon.
  11. Site des hospices de Nuits. https://www.hospicesdenuits.com/le-domaine-des-hospices-de-nuits-saint-georges
  12. Marguerite de Bourgogne – Tonnerre (1249/1250 – 1308), comtesse de Tonnerre, veuve de Charles d’Anjou (roi de Sicile, de Naples, d’Albanie et de Jérusalem), et belle-sœur du roi Saint-Louis. A ne pas confondre avec une autre Marguerite de Bourgogne (v. 1290-1315), reine de Navarre et de France par son mariage avec le roi Louis X le Hutin, célèbre pour avoir été emprisonnée avec sa sœur à la Tour de Nesle avant de finir dans un couvent, pour suspicion d’adultère.
  13. Jean-Michel Brouard, Les hospices de Tonnerre inaugurent leur vente aux enchères. Site Terre de vins, publié le 15/04/2025. https://www.terredevins.com/actualites/les-hospices-de-tonnerre-inaugurent-leur-vente-aux-encheres
  14. Contact en 2026 : Madame Agnès GUINCHARD, responsable du patrimoine, mail : a.guinchard@ch-tonnerre.fr ; 📞 : 03 86 54 35 01. https://www.facebook.com/61558020610750/posts/cuv%C3%A9e-marguerite-de-bourgogne-la-cuv%C3%A9e-marguerite-de-bourgogne-est-arriv%C3%A9e-comme/122179363058267353/
  15. Le patrimoine viticole du CHU de Dijon. Vidéo publiée le 29/10/2018. https://www.youtube.com/watch?v=DSDKTp23n40
  16. Jeannette Monarchi. L’ESAT de Savigny-lès-Beaune à l’œuvre – Vendanges sous le signe de l’inclusion et de la tradition. InfoBeaune.com, Publié le 11 Septembre 2024. https://www.info-beaune.com/articles/2024/09/11/8117/l-esat-de-savigny-les-beaune-a-l-oeuvre-vendanges-sous-le-signe-de-l-inclusion-et-de-la-tradition/

© Texte posté le 03/10/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Louis Bahèzre de Lanlay est un des principaux bienfaiteurs des Hospices, auxquels il légua sa fortune et ses vignobles hérités de son père, en 1884

Vignobles des Hôpitaux (Episode 1) Le Clos Chaînette d’Auxerre

Le bien sacré des pauvres

Depuis le Moyen Âge, les hôpitaux ont reçu des dons, des legs qui leur ont permis d’accueillir les pèlerins, les malades, les pauvres, les vieillards nécessiteux. Forêts, fermes, mais aussi vignes en faisaient partie. Un mémoire collectif d’élèves directeurs d’hôpitaux en résumait parfaitement le contexte [1] : « Pendant des siècles, les hôpitaux ont disposé d’un patrimoine important afin de trouver par eux-mêmes les ressources nécessaires à l’accueil, à l’hébergement et à la nourriture des malades. Le patrimoine hospitalier était en grande partie le fruit de la charité, prenant la forme de dons et legs. Au sein de ces donations de toutes sortes, les vignes tenaient une place importante. On prêtait en effet au vin de nombreuses qualités qui pouvaient s’avérer d’une grande utilité au sein d’un hôpital. Ainsi, le vin à la différence de l’eau n’était pas pollué ni porteur d’épidémies, en outre le vin était considéré comme un fortifiant, voire aussi comme un désinfectant. Enfin, au-delà de ces considérations, l’offrande d’une vigne était par sa forte puissance symbolique l’un des dons les plus nobles. En effet, les hôpitaux étant principalement tenus par des congrégations religieuses, l’offrande de vignobles était considérée comme une symbolique de l’eucharistie et témoignait, de la part du donateur, sa foi et son grand respect de l’Eglise. Pour l’ensemble de ces raisons, au fil des siècles et partout où poussait la vigne, les hôpitaux se sont constitués des domaines de grande valeur, entretenus avec soin. ».

De nos jours, les hôpitaux publics français encore propriétaires de vignobles sont moins d’une vingtaine, 17 en 1998 selon le travail de recensement de la Société Française d’Histoire des Hôpitaux coordonné par René Tournier [2], un peu moins en 2026. La raison, selon les historiens des hôpitaux, est que : « Le pouvoir central s’est toujours efforcé de faire vendre ces « biens de main morte » notamment pour les convertir en rentes sur l’Etat… La Révolution en aliéna une très grande partie, souvent à vil prix. L’Etat pendant les XIXe et XXe siècles fit une constante pression pour la vente des biens hospitaliers. Quelques établissements grâce à la sagesse et la perspicacité de leurs Administrateurs sauvèrent cependant, et non sans difficulté, ce qui fut longtemps appelé « le bien sacré des pauvres » [2].

Carte de la ville d’Auxerre en 1911, millésime de l’étiquette . Tout en haut, le Clos de la Chaînette entourant l’asile d’aliénés, et proche de l’hospice Saint Germain.

Le clos Chaînette, un des plus anciens domaines viticoles de France

Le « Clos Chaînette » d’Auxerre, illustré ici par une étiquette de 1911 et de plus récentes, est remarquable à plus d’un titre. Ancienne propriété des moines de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre [3], c’est l’un des plus anciens domaines viticoles attestés de France, puisqu’on en trouve trace en 680 dans un dans le testament de l’Evêque Saint Vigile (658-683). Parmi ses biens, des vignes du Clos de la Chaînette « … d’où on récolte les meilleurs vins de la contrée ».

Le Clos Chaînette est le dernier survivant des grands vins d’Auxerre, autrefois aussi réputés que les plus grands bourgognes, et la seule vigne urbaine encore exploitée dans la ville d’Auxerre.

C’est également un des derniers représentants des vignobles appartenant à des hôpitaux publics français, en l’occurrence un hôpital psychiatrique ou « CHS », pour Centre Hospitalier Spécialisé départemental, selon la dénomination actuelle.

Etiquettes de Clos Chaînette des années 1970. A l’époque, les hôpitaux psychiatriques s’appelaient… hôpitaux psychiatriques mais plus asile d’aliénés.

Le clos Chaînette et le CHS d’Auxerre

L’acquisition du clos Chaînette par l’hôpital d’Auxerre est tardive. Si le clos a été propriété ecclésiastique de façon continue du VIIe siècle jusqu’à la Révolution française, le premier hôpital d’Auxerre a été construit en 1662 et l’asile pour malades psychiatrique créé en 1838 [4]. Le clos chaînette a été revendu à la révolution comme bien national. Acquis et bien entretenu par des familles bourgeoises, elles l’ont remis en vente après la crise du phylloxéra. Ce n’est qu’en 1890 que l’asile départemental s’en est porté acquéreur « afin d’y faire travailler ses pensionnaires issus pour la plupart du monde rural ; le travail de la terre relevant alors d’une évidence thérapeutique », selon le site du CHS de l’Yonne [5].  Cette utilisation thérapeutique pour les patients internés a perduré jusqu’aux années 1970.

Le site du CHS précise également que « Les racines des vignes du Clos de la Chaînette puisent leurs ressources dans un sous-sol de formations calcaires, argileuses, du Jurassique portlandien. En 2002, sous l’impulsion de la Direction du Centre Hospitalier Spécialisé de l’Yonne, le Clos de la Chaînette a fait l’objet d’un classement au titre des espaces verts remarquables. »

Etiquette de Clos Chaînette des années 1990, AOC Bourgogne

La production du vin, blanc de chardonnay (3 ha) ou rouge de pinot noir (1 ha), d’appellation d’origine contrôlée Bourgogne puis Bourgogne Côtes d’Auxerre depuis 1993 [6], est toujours assurée par l’hôpital. Le vin est vendu annuellement en bouteilles à une liste fermée de 2600 heureux bénéficiaires. La liste d’attente pour en faire partie est longue !

Etiquette de Clos Chaînette de 2022, AOC Bourgogne Côtes d’Auxerre

Liens et références :

  1. Cédric Arcos, Odile Capitani, Philippe Lagier, Valérie Ordonez, Arthus Paty. Vignobles et Hôpitaux de Bourgogne. Mémoire de l’ENSP, 2002. Ce mémoire n’est plus disponible en ligne. Ses auteurs, anciens élèves de l’ENSP/EHESS, sont actuellement directrices/directeurs d’établissements de santé, financier, ou conseiller d’Etat.
  2. Vignobles et hôpitaux de France. Ouvrage collectif coordonné par René Tournier. Supplément au Bulletin de la Société française d’histoire des hôpitaux, 1998.
  3. Saint Germain l’Auxerrois (vers 378-448), natif et ancien évêque d’Auxerre. A ne pas confondre avec Saint Germain de Paris (496-576), natif d’Autun, évêque de Paris et fondateur de l’abbaye de Sainte-Croix-Saint-Vincent qui deviendra Saint-Germain des Prés.
  4. Création de l’asile départemental de l’Yonne en 1838, conformément à la loi du 30 juin qui fait obligation à chaque département de se doter d’un établissement destiné à l’accueil des personnes souffrant de troubles psychiques, placé sous la surveillance d’une commission administrative nommé par le Ministre. Il est confié à la congrégation religieuse des sœurs de la providence d’Évreux jusqu’en 1840 puis à du personnel laïc.
  5. Clos Chaînette. Site du CHS de l’Yonne. https://www.chs-yonne.fr/clos-de-la-chainette/bienvenue-au-clos/
  6. Décret n° 93-499 du 26 mars 1993 relatif à l’appellation d’origine contrôlée « Bourgogne », publié au JORF no 73 du 27 mars 1993. Il reconnait la sous-région (ultérieurement « dénomination géographique ») Côtes d’Auxerre au sein de l’appellation bourgogne ; autorisation de la mention « Bourgogne-Côtes-d’Auxerre » sur les étiquettes.

© Texte posté le 08/09/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur . Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

La Favorite du Roi Soleil

Cette très belle étiquette de la cuvée « La Favorite » du domaine La Bouche du Roi [1], a tout pour raconter de belles histoires. Le domaine, l’originalité du vin, l’hommage à Louise de La Vallière …

Le renouveau d’un vignoble francilien

Déjà, le site. Pauillac, Saint Emilion, Beaune, Aÿ Champagne, Arbois, Chateauneuf du Pape sont mondialement connues grâce à leurs vins. Faudra-t-il bientôt ajouter… Davron à cette liste (non exhaustive) ?

Davron (78810, moins de 300 habitants) est une petite commune rurale et agricole du département des Yvelines située dans la plaine de Versailles, dans le prolongement du parc du château et de son grand canal, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest des deux villes royales, Saint Germain en Laye au nord et Versailles au sud.

En 2017, trois audacieux professionnels du vin ont décidé, après une analyse soigneuse des sols et des expositions, d’y planter leurs propres vignes. Ou plutôt d’en replanter et de renouer avec la tradition viticole locale, puisque des plans du XVIIIe siècle attestent de la présence de vignes à Davron. Comme dans l’ensemble de l’Ile de France, jadis le plus vaste vignoble de France avec 42 000 hectares, producteur de vins réputés. Fragilisées par l’oïdium (1845-52), le mildiou (1870-78), le black-rot (1885), un hiver très rigoureux (1879), achevées par le phylloxéra (1880-90 en Ile de France), les vignes franciliennes n’ont pas été replantées. L’arrivée des vins du sud par le chemin de fer et l’urbanisation ont fait le reste.

Des ilots ont subsisté ou ont été replantés dans de nombreuses communes, le plus souvent gérées par les municipalités ou des associations.  A Argenteuil, Jacques DEFRESNE, issu d’une lignée de vignerons de père en fils depuis le XIVe siècle (1342 !), a été le dernier exploitant professionnel et a cessé son activité en 1996 [2].

Etiquettes de vin d’Argenteuil, avant et après Defresne…

Le domaine de la Bouche du Roi

Dans les Yvelines, même constat, quelques plants souvent francs de pied cultivés par des particuliers, quelques vignes municipales ou associatives [3].  Le projet du domaine de la Bouche du Roi est d’une toute autre ampleur. Le point de départ est la Winerie Parisienne, négoce parisien de vins produits par achat de raisins de la France entière. En 2017, les trois associés de la Winerie, Adrien Pelissié, Julien Bengué et Julien Brustis [4], décident donc de planter à Davron leur propre vigne, avec l’objectif de produire 30 000 bouteilles (et à terme 150 000) de vins de haute qualité. Démarré avec 3 ha de pinot noir, merlot, chardonnay et chenin, le domaine s’est étendu avec 7 ha de syrah et cabernet franc et atteint maintenant 27 ha d’un seul tenant, dont 10 en exploitation, sur une croupe de calcaire ancien à 140 m d’altitude avec une belle exposition. Le creusement d’une quinzaine de fosses a permis l’analyse de sols et déterminé 19 parcelles cultivées en monocépage. Des conditions très favorables, la plaine de Versailles étant un espace naturel classé et les terrains en jachère depuis plus de 20 ans, ont permis de travailler directement en bio (certification obtenue dès la première vendange officielle en 2020). Les vins du domaines ont l’appellation IGP Ile de France.

Le nom du domaine, sa production, et l’importante communication plutôt élististe font référence constante au Château de Versailles et au Roi Soleil. Le service de la Bouche du Roi désignait, sous l’ancien régime, l’ensemble des offices responsables de la table royale. C’était, en termes de personnel, le plus important des départements de la Maison du Roi. Il était dirigé par le premier maître d’hôtel, et se composait de sept offices touchant tous au ravitaillement et à la cuisine pour la table du Roi, parmi lesquels la « cuisine-bouche » au service exclusif du Roi, « le gobelet » préparant la table et constitué entre autres des goûteurs, et « l’échansonnerie-commun » pour les vins.

Trois cuvées des premières vendanges officielle du Domaine de la Bouche du Roi

La cuvée « Le Grand Lever » (Chenin) renvoie à la vie de la Cour à Versailles. La cuvée « Les Louis d’Or » (Chardonnay) est un hommage à Claude de Bullion (1559-1630) surintendant des finances de Louis XIII, inventeur du louis d’or et ancien propriétaire du château de Wideville et des terres de Davron.

L’habillage des bouteilles est aussi soigné que le contenu, les étiquettes, sobres dans les premières années, se sont enrichies d’un joli feston coloré mais gardent toujours au centre l’emblème doré du Roi Soleil.

La Favorite, un rosé d’exception

Pour la première fois, le domaine a commercialisé un vin rosé dans le millésime 2025. Très pâle, presque blanc, mais concentré, fruité, délicieux et d’un prix très abordable par rapport aux autres cuvées [5], La Favorite s’avère une excellente initiative et une belle découverte.

De plus, ce rosé est produit à partir de Pinot Noir mais également de deux cépages hybrides résistants, le Floreal et le Voltis, auxquels nous avons consacré un article [6]. A côté des grands cépages traditionnels, les propriétaires de la Bouche du Roi ont eu l’excellente idée de planter, dans une parcelle « conservatoire » d’1,5 ha, 8000 pieds de 16 cépages différents de toutes origines, des cépages anciens (chambourcin, romorantin) et des hybrides résistants (floreal, vidoc, voltis) [7]. Cette cuvée prouve que l’on peut obtenir un très bon vin à base d’hybrides et c’est donc un double succès, gustatif et innovant. Bravo la Bouche du Roi !

La Favorite

Comme nous l’explique la contre-étiquette, « La Favorite rend hommage à la duchesse Louise de La Vallière, première favorite de Louis XIV et propriétaire de la seigneurie de Davron où est établi aujourd’hui le chai ». Le site de la Bouche du Roi précise que la seigneurie de Davron aurait été offerte par le Roi : « Patrimoine naturel et terrain de chasse des rois de France, la Plaine de Versailles s’étend dans les Yvelines, du château de Versailles à la vallée de la Mauldre. Le village de Davron y occupe une place singulière : c’est ici qu’ont vécu Claude de Bullion, surintendant des Finances de Louis XIII et créateur du Louis d’Or, et la duchesse de La Vallière, favorite de Louis XIV, à qui le Roi-Soleil offrit ces terres. » [1].

Louise-Françoise de la Baume Le Blanc, Mademoiselle de la Vallière, duchesse de Vaujours  par Jean Nocret (1615–1672). Collection du Château de Versailles.

Magnifique ! Mais…. il est fort possible que les auteurs du texte aient fait une petite confusion entre duchesses et un écart d’environ un siècle…

Louise de La Vallière, née Françoise-Louise de La Baume Le Blanc en 1644 à Tours, a effectivement été l’une des favorites du roi Louis XIV de 1661 à 1667. Lorsque sa notice Wikipédia [8] écrit : « Afin de ménager sa mère, Anne d’Autriche, le roi logea sa maîtresse dans un petit château servant de relais de chasse que Louise apprécia particulièrement, et qui était situé non loin de Saint-Germain-en-Laye, dans la forêt du village de Versailles », on parle bien du relais de chasse de Louis XIII dans la forêt de Versailles, avant que Louis XIV ne le transforme en l’incroyable château actuel. Et lorsque [8] « Le roi y fit donner en 1664 une fête splendide, Les Plaisirs de l’île enchantée, lors de laquelle Molière joua La Princesse d’Élide, Les Fâcheux, Tartuffe et Lully composa les ballets. La reine et la reine-mère en furent les dédicataires officielles mais c’était à Louise que la fête était secrètement dédiée. », les témoignages confirment que Versailles et ses jardins où eurent lieu la fête étaient alors en grand chantier [9].

Durant sa période de première favorite, Louise a reçu en cadeau du Roi la terre de Carrières-Saint-Denis (actuelle Carrières-sur-Seine) où elle fit bâtir un château dont les jardins ont été conçus et ordonnés par Le Nôtre. Et c’est juste avant sa disgrâce au profit de la marquise de Montespan [10], que Louise a reçu le château de Vaujours en Anjou et le titre de duchesse de La Vallière et de Vaujours. Pas de trace d’un don royal de château ni de domaine à Davron….

Le Château situé à cheval sur les communes de Davron et Crespières, dont les terres incluent les actuelles vignes du domaine de la Bouche du Roi, s’appelle le château de Wideville.

Reconstruit sur un ancien manoir à la fin du XVIe siècle, le château a été acheté en 1630, comme on l’a déjà vu, par Claude de Bullion (1569-1640), qui a fait redessiner et embellir les jardins, les sculptures et fait réaliser la grotte (classée, elle existe toujours) [11]. A sa mort, le château semble être resté dans la famille de Bullion. On retrouve comme propriétaire au début du XVIIIe siècle le duc d’Uzès (Jean-Charles de Crussol, 1675-1739), époux en 1706 d’Anne Marguerite de Bullion (1684-1760), elle-même arrière-petite-fille de Claude de Bullion [12]. Les propriétaires sont ensuite leur fille Anne-Julie-Françoise de Crussol d’Uzès (1713-1797) qui a épousé en 1732 Louis-César, duc de La Vallière, et leur petite-fille Adrienne Émilie Félicité de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière (1740-1812).

Là encore, pas de trace d’une acquisition du château de Wideville par Louis XIV et d’un don à sa favorite dans la période 1661-1667. Une duchesse de La Vallière a bien été propriétaire du château et de ses terres, mais il s’agit d’Adrienne, descendante lointaine et indirecte de notre favorite, un siècle plus tard [13].

Mais gardons le bénéfice du doute, l’histoire est tellement belle qu’on l’adopte sans barguigner. Vive la Favorite !

Le domaine propose également le Bal du Roi, vins d’IGP Ile de France, provenant de raisins de divers producteurs d’Ile de France partenaires

Liens et références :

  1. Domaine de LA BOUCHE DU ROI, vignoble de la plaine de Versailles. 12 Rue Saint Jacques 78810 Davron. https://www.la-bouche-du-roi.com/
  2. Les vendanges en Ile de France. Reportage de FR3 du 10 octobre 1992. INA. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/pac02027085/les-vendanges-en-idf
  3. Parmi les autres domaines viticoles significatifs dans les Yvelines, citons :  Le domaine des grottes à Saint-Germain en Laye, 2000 pieds de pinot noir plantés en 2000 par la municipalité sous les terrasses du château, certifié bio depuis 2017 ; Le clos du prieuré de Saint Arnoult En Yvelines, 3,6 ha municipaux replantés en 2002, 1260 pieds de chardonnay, vendanges et vinification gérées par l’association « Le Sarment Arnolphien » ; La vigne municipale  d’Auteuil-le-Roi, gérée par l’association  « L’Arpent de Bacchus » qui produit un vin blanc acidulé, le « Clos Saint Sanctin » ; Plus récent, le projet de Vignes à Nézel, « Les côteaux de la Mauldre » qui vise une surface de 12 ha, déjà 2500 pieds de chardonnay et 1000 de pinot noir plantés en 2020, première vendange faite en 2023. La vigne de Bougival, ancienne propriété de Monsieur André Bourdin qui l’a exploitée jusqu’aux années 2010, a été donnée à la municipalité et est maintenant gérée par l’association « les vignes de Bougival ». D’autres vignes sont exploitées à Meulan, Triel, Chanteloup-les-vignes, Conflans Saint Honorine, Monchavet, Crespières, …
  4. Des trois associés co-fondateurs, Adrien Pélissié, le spécialiste en marketing œnologique de l’équipe, semble rester seul aux commandes comme directeur général. Julien Bengué, devenu développeur indépendant en intelligence artificielle, n’apparait plus sur le site du domaine mais reste actionnaire. Julien Brustis, œnologue bordelais, passé par Château l’Angelus puis la Napa Valley, a rejoint en 2023 le château Tour des Termes, à Saint Estèphe, dont il est directeur général.
  5. Acheté en juin 2026 à la boutique de produits régionaux de la biscuiterie Les deux gourmands à Crespières, 14,90 euros la bouteille. Les cuvées traditionnelles en rouge et en blanc se vendent à 29 euros.
  6. Les cépages entrent en résistance. © Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2026/04/23/les-cepages-entrent-en-resistance/
  7. Frédérique Hermine. La Bouche du Roi, le domaine versaillais de la Winerie Parisienne. © Terre de vins, publié le 03/07/2020
    https://www.terredevins.com/actualites/la-bouche-du-roi-le-domaine-versaillais-de-la-winerie-parisienne
  8. Louise de La Vallière. Notice Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_de_La_Valli%C3%A8re
  9. Christian Biet, « Molière et l’affaire Tartuffe (1664-1669) », Histoire de la justice, no 23,‎ 2013, p. 65-79. Extrait cité dans la notice Wikipedia « Fêtes à Versailles ». https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_%C3%A0_Versailles#Biet_2013
  10. Voir notre article : Montespan, le cocu le plus célèbre de France.  © Histoires d’étiquettes. https://histoiresdetiquettes.com/2020/04/16/montespan-le-cocu-le-plus-celebre-de-france/
  11. Le couturier Valentino et le château de Wideville. Blog haute décoration.overblog. Publié le 18/09/2011. https://haute-decoration.over-blog.com/article-le-couturier-valentino-et-le-chateau-de-wideville-84581975.html
  12. Claude de Bullion était une des plus grosses fortunes de l’époque, il avait acquis de très nombreuses propriétés. A sa mort, ses héritiers (5 enfants) se sont partagés près de huit millions de livres. Ses seigneuries se répartissaient dans quatre zones géographiques : entre l’Eure et la Seine, en Brie, en Champagne, en Normandie. Son fils aîné, Noël de Bullion (1615-1670) a pris les titres de marquis de Gallardon et seigneur de Bonnelles (Yvelines), qu’il a transmis à son tour à son fils aîné, Charles-Denis de Bullion (1651-1721. Anne Marguerite de Bullion était la 6ème enfant et première fille de Charles-Denis.
  13. Au moins 5 enfants sont nés de l’union de Louise de La Vallière et de Louis XIV, dont 2 ont survécu plus d’un an et ont été légitimés. Son fils est mort à 16 ans, sa fille s’est mariée et a eu une descendance. Après avoir été délaissée par le Roi, Louise de La Vallière est entrée dans les ordres (couvent des carmélites à Paris, vœux définitifs en 1675), confiant l’éducation de ses enfants à la maison d’Orléans. Elle a transmis ses titres de noblesse à un cousin, dont Adrienne est la descendante directe.

© Texte posté le 07/07/2026

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou de copies d’écran des sites internet consultés. Article écrit sans le recours à l’intelligence artificielle générative.

L’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Politique étrangère en deux mots !

L’image de cette étiquette et le court message central qui l’accompagne, légèrement irrévérencieux, ne sont pas le fruit d’un robot génératif nourri d’« intelligence artificielle » par une société chinoise. Ça aurait pu.

Il s’agit d’une étiquette de Chardonnay australien créée en 2016, année de la première élection de DT à la présidence des Etats Unis d’Amérique. Son message a, hélas, gardé toute sa pertinence en 2025…

L’auteur facétieux de cette cuvée limitée est Nicolas Peterkin, fondateur en 2013 de la « Winery L.A.S. Vino » dans la région de Margaret River, à la pointe sud-ouest de l’Australie [1]. L.A.S. pour Luck, Art, and Science (Chance, Art et Science). Une « intervention minimale pour une saveur maximale », c’est ce qui guide ce vigneron-négociant talentueux, qui travaille essentiellement avec des producteurs utilisant des conduites de vignoble durables, biologiques ou biodynamiques.

Le style de l’étiquette, très reconnaissable, est proche de la production habituelle du domaine :

Avant de revenir en Australie où son père avait planté ses premiers ceps en 1980, Nicolas a pas mal étudié et bourlingué, complétant sa formation viti-vinicole au Portugal, au Mexique, aux USA, à Londres, et à Adelaïde. Willyabrup, le nom de la ville de Margaret River où siège sa société, viendrait d’un nom noongar, un peuple qui habitait à cet endroit il y a 17 000 ans…. La région, magnifique avec ses falaises côtières, reste considérée par le peuple aborigène Wadandi comme culturellement importante, ayant été un site cérémoniel important.

« Ce qui nous guide, c’est la beauté et l’émerveillement de la découverte, que ce soit à travers le site, la méthode ou la saveur. Notre philosophie consiste à utiliser la chance, l’art et la science (L.A.S.) pour créer des vins absolument délicieux et uniques. Des vins qui vous font ressentir des émotions. … Je suis heureux des vins que je fais, mais j’apprends toujours, j’apprécie les petites choses et je m’améliore petit à petit. »

On comprend mieux pourquoi cette cuvée porte un message universaliste et fraternel, tout ce que le sinistre Donald semble haïr. Sur l’étiquette, des mots sont calligraphiés en peu en vrac autour du profil de l’individu (qui préfigure celui de ses récentes photos d’identité judiciaire !). Ils ne sont pas faciles à décrypter. Aussi, nous remercions chaleureusement Vincent Pousson, œnophile-rêveur et bloggeur au franc-parler [2], pour en avoir proposé dans son blog la traduction française, que nous nous reproduisons ici [3] :

« Ce Chardonnay 2016 a été élaboré à Margaret River, en Australie, à partir de raisins vendangés par un groupe d’Irlandais, d’Allemands, d’Estoniens et de Coréens sous la supervision d’un Sud-Africain dans des vignes importées de France, sous irrigation israélienne et travaillées par un tracteur italien.
Nous avons pressé les grappes à l’aide d’un pressoir suisse, un œnologue mexicain et une Hollandaise ont versé le vin dans du chêne français. Il a ensuite été bouché avec un liège du Portugal et de la cire provenant de la République tchèque. La mise en bouteille s’est opérée grâce à une lesbienne et les cartons ont été fabriqués en Indonésie.
Ce texte lui-même a été écrit en utilisant un programme téléchargé d’Inde sur une étiquette conçue par une légende des États-Unis, il a été corrigé par une australienne eurasienne vivant à New York et exporté vers Singapour, Tokyo, Chine et le Royaume-Uni. Et tout cela sera bu par des gens qui veulent avoir des amis de tous les pays, de toutes les ethnies, de tous les sexes, de toutes inclinations sexuelles et de toutes les religions.
Des quantités très limitées sont disponibles, achetez-les avant que nous ne soyons attaqués en Justice.
Fuck him ! »

En deux mots, tout est dit.

Liens et références :

  1. Site de L.A.S Vino. https://www.lasvino.com
  2. Idées liquides & solides – Les @-propos de table de Vincent Pousson. https://www.ideesliquidesetsolides.com/
  3. Article « Fuck him » de 2017 sur l’ancien site de Vincent Pousson. https://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/search?q=fuck+him

© Texte posté le 03/02/2025

Les étiquettes de vin illustrant cet article sont issues de la collection de l’auteur ou des sites internet consultés.